Sports

La victoire des Bleus n'est pas franchement une aubaine pour le sport amateur

Temps de lecture : 4 min

L'équipe de France serait-elle devenue championne du monde sans une politique ambitieuse en faveur du sport amateur?

Au club de Ménival à Lyon, où Samuel Umtiti a commencé à jouer au football, le 12 juillet 2018 | Jean-Philippe Ksiazek / AFP
Au club de Ménival à Lyon, où Samuel Umtiti a commencé à jouer au football, le 12 juillet 2018 | Jean-Philippe Ksiazek / AFP

Les Bleus sont sur le toit du monde. Vingt ans après 1998, les hommes de Didier Deschamps ont remporté la Coupe du monde. Une deuxième étoile sera arborée sur le maillot de l’équipe de France, pour le plus grand plaisir des supporters.

Mais après ces beaux moments impérissables, il convient de s’intéresser aux conséquences et de réfléchir aux solutions pour pérenniser cet exploit et faire de la France le centre névralgique du football international –et pendant de longues années, si possible.

Formation française prestigieuse

Le pays a été acclamé et félicité pour sa formation élitiste, connue et reconnue à travers le monde, souvent citée, parfois copiée. C’est simple: depuis la fin des années 1990, la France est devenue le premier pays producteur et exportateur de footballeurs en Europe, et le deuxième au monde derrière le Brésil.

En 2018, cinquante des 736 joueurs du Mondial ont été formés en France. Tous ceux passés par un centre de formation hexagonal ont pu profiter de la qualité pédagogique des coachs, éducateurs, préparateurs et tacticiens français. Même le Croate Ivan Perišić, auteur d’un but en finale contre les Bleus, a été formé en Franche-Comté, au FC Sochaux.

Notre formation est si réputée que différentes études économétriques montrent qu'un joueur français coûtera toujours plus cher qu’un joueur d’une autre nationalité à talent, poste, compétence et âge égaux.

Cette force a permis à la France de se hisser, en vingt ans, en finale de Coupe du monde à trois reprises (1998, 2006 et 2018) et deux fois en finale de coupe d’Europe (2000 et 2016) –sans oublier le titre de vice-champion d’Europe des espoirs en 2002 et de nombreux trophées dans les catégories les plus jeunes.

Discours politique contradictoire

À l’Élysée, au lendemain de la victoire des Bleus, Emmanuel Macron n’a pas manqué d’appuyer ce talent, en félicitant notamment «les petites mains» du football, toutes celles et ceux qui participent quotidiennement à la formation et à l’éducation des futurs sportifs et sportives: «Merci aux éducateurs et aux équipes qui sont là. [...] Il y a des clubs de la France entière, des éducateurs et parents qui n'ont pas compté leur temps».

Sans elles et eux, il est vrai que nous ne serions qu’un nain sportif sur la scène internationale. Seulement, il faut maintenir nos efforts en matière de politique sportive, si l’on souhaite rester au plus haut niveau et conserver notre réputation exceptionnelle.

Le Parti socialiste et le député de La France insoumise Ugo Bernalicis n’ont pas hésité à souligner le caractère contradictoire du discours du président de la République.

La politique concrète d'Emmanuel Macron n'est en effet pas au diapason de ses félicitations du 16 juillet: plus de 120.000 contrats aidés vont disparaître en 2018, et le budget structurel du Centre national pour le développement du sport a été divisé par deux entre 2017 et 2018.

Efforts budgétaires insuffisants

Ce problème a également été soulevé par Éric Thomas, président de l'Association française de football amateur (Affa): «Nous sommes le poumon du football français. Mais on ne nous considère pas. Nous aurons peut-être quelques miettes… Pourtant, il y a urgence. Pendant que les caisses de la fédération se remplissent, celles des petits clubs se vident dangereusement!».

Sur la prime de trente-deux millions d’euros versée par la Fifa à la Fédération française de football pour la Coupe du monde, seulement sept millions seront consacrés au foot amateur, alors que les vingt-trois champions se partageront 9,8 millions d’euros –soit 30% du total de la prime.

Quant au budget de la FFF, il va augmenter de 22% sur la saison 2018-2019, passant à 250 millions d’euros. La part allouée au soutien du foot amateur ne va, elle, croître que de 12%.

Tant du côté des actions politiques, où rien n’est fait pour soutenir, protéger et défendre le sport amateur, que du côté des instances fédérales, où la FFF semble mettre le secteur local au second plan, l’avenir de l’amateurisme semble bel et bien compromis.

Échange gagnant-gagnant

Le rôle du sport amateur est pourtant indispensable, tant au niveau de la cohésion des territoires, de l’intégration et du vivre-ensemble qu'à celui du prestige, de la réputation et de la force sportive.

En 1998, sitôt le titre de champions du monde glané par les coéquipiers de Zinédine Zidane, le gouvernement de Lionel Jospin avait décidé de subventionner et de financer plus de 2.000 projets sportifs amateurs grâce à l’argent du Mondial. Une initiative qui a eu des conséquences durables et pérennes, et bien plus enrichissante qu’un énième plan banlieues ou politique de la ville.

D’une certaine manière, l’action de 1998 a contribué à offrir à la génération 2018 une deuxième étoile. Les joueurs français récemment sacrés avaient 5, 6 ou 7 ans en 1998 –voire n’étaient pas nés– et ont pu profiter, durant les années 2000, de l’engouement et des investissements apportés au sport amateur. Quand vous consacrez un budget conséquent pour le sport, vous plantez des graines; une génération plus tard, vous en récoltez les fruits.

Aujourd’hui, le secteur amateur semble pourtant totalement abandonné et aux prises avec de nouvelles contraintes locales, nationales et internationales. Si nous ne faisons rien maintenant, c’est tout le sport français qui risque d’en pâtir –malgré les prochains Jeux olympiques de Paris en 2024 et malgré l’espoir de remporter une nouvelle Coupe du monde de football.

Il faut impérativement faire ruisseler le sport du professionnalisme à l’amateurisme, que les gains économiques du monde professionnel soutiennent l’organisation et les infrastructures du monde amateur et que les gains sportifs du monde amateur participent à la réussite et à l’essor du monde professionnel. Cet échange gagnant-gagnant doit subsister, pour la force du sport français et sa réussite totale.

Pierre Rondeau Professeur d'économie à la Sports Management School

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