Sports / Culture

Comment les Européens ont appris à nager

Temps de lecture : 3 min

Pendant 1.500 ans, l'Europe occidentale a oublié comment nager, fuyant l'eau par peur.

Les monstres marins  | Olaus Magnus via Wikimédia CC License by
Les monstres marins | Olaus Magnus via Wikimédia CC License by

Les paléoanthropologues attestent des aptitudes à la natation de l'Homo Erectus. Il y a 1,8 million d'années et jusqu'à l'Antiquité, les relations entre les humains et l'eau étaient positives, aidées par un panthéon de divinités aquatiques, de nymphes et de tritons.

Mais à partir de l'époque médiévale, la plupart des Européens qui n'étaient pas des pêcheurs ont oublié comment nager. Pourquoi avoir abandonné une activité utile pour se nourrir, vitale pour ne pas se noyer et apaisante pendant l'été?

Selon Eric Chaline, auteur de Strokes of Genius: A History of Swimming (Éclairs de génie: l'histoire de la natation), tout aurait commencé à la fin de l'Antiquité, autour du Ve siècle après J.-C.

Avec l'arrivée des bains publics, il n'était plus nécessaire d'aller se nettoyer dans les rivières –en 33 av J.-C., Rome comptait 170 bains publics, à la fin du IVe siècle, 856. Les bains romains, de la largeur d'une piscine, n'ont pas la profondeur adéquate pour nager. Entre cela et la concentration de la population dans les zones urbaines, l'Empire romain a oublié peu à peu l'art de la natation. Les ponts et les transports s'améliorant, tout comme l'agriculture, le peuple romain est devenu de moins en moins dépendant aux ressources aquatiques.

La religion

Au Ve siècle, les cultures païennes sont abolies et avec elles les dieux et déesses des mers. Les seules créatures mythiques aquatiques à subsister sont les sirènes. La Petite sirène d'Hans Christian Andersen s'inspire d'ailleurs des croyances du Moyen-Âge: des êtres hybrides, mi-humains, mi-poissons, dépourvus d'âme, dont la morale douteuse est symbolisée par leur habileté à séduire des hommes mariés et à entraîner les marins vers la noyade. Elles deviennent alors le symbole des dangers de la mer auprès des communautés maritimes. Cette peur des eaux se prolonge au-delà du Moyen-Âge, le roi soleil et l'aristocratie ne rejoignant les bains que pour guérir de maladies.

En 1530, il est encore interdit de nager dans les écoles et universités germaniques. De même qu'en Angleterre, à Cambridge en 1571. Dans les deux pays, la natation est passible de coups de fouets, des amendes et d'autres sanctions.

L'arrivée des Lumières

Le chemin du retour à la natation fut long et débute au XVIe siècle. Ce sont des intellectuels qui ouvrent la voie. En 1587, Everard Digby publie De arte natandi, L'Art de nager, un texte majeur jusqu'au XIXe siècle. Dans le premier tome, Digby définit la théorie de la natation comme un art mécanique permettant d'«améliorer sa santé et de prolonger sa vie en évitant de se noyer». Le deuxième tome explore les aspects plus techniques: comment entrer dans l'eau, se propulser, tourner, flotter, nager sous l'eau et plonger. L'ouvrage se distingue par sa méthode: c'est le premier livre explicatif illustré de la langue anglaise.

Avec les progrès de la médecine et les réformes des Lumières, on commence à défendre l'importance de l'excercice physique dans l'éducation des enfants. Doucement, certaines écoles anglaises, en particulier autour de la Tamise, recommandent l'activité pour éviter les noyades. Dans la ville de Harrow, l'une d'elles enseigne à ses élèves à nager dans une «marre aux canards» –une grande piscine sans ligne partagée avec des poissons et des grenouilles, sûrement la première piscine construite dans une école anglaise.

En Allemagne, l'auteur Johann Guts Muths publie un Petit guide de l'art de nager pour les autodidactes en 1789. Il parle du bain comme étant très important pour l'hygiène mais aussi pour sauver des vies et pratiquer une activité physique. À la différence de Digby, il ne recommande pas de pratiquer la natation nu, mais fait référence à «un linge de baignade, allant jusqu'à mi-cuisses» –probablement la première évocation du maillot de bain.

Militarisation

Dans l'ancien régime français, c'est surtout aux militaires qu'on doit la popularisation de la baignade. Après une catastrophe maritime dans laquelle de nombreux soldats se noient, Barthélémy Turquin ouvre la première École de natation dans une piscine flottante sous un pont de Paris.

Les campagnes de Napoléon, de la fin du XVIIIe au début du XIXe siècle, systématisent l'apprentissage de la natation. Constatant la victoire des Français, les armées prusse, autrichienne et allemande ouvrent des classes d'entrainement pour les soldats et chevaux.

Tout s'enchaine ensuite au XIXe siècle, l'amélioration des infrastructures de transports rendant l'accès à la mer plus simple. Très vite, les villes européennes sont autorisées à construire des piscines. Aujourd'hui, de plus en plus de personnes nagent, comprenant l'importance de l'eau qui recouvre les trois quart de notre planète.

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