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Le Pakistan s’apprête à élire un Trump bis à sa tête

Temps de lecture : 14 min

Il est issu de l'élite et du showbizz mais les dénonce, critique les médias «corrompus», veut «nettoyer» son pays, présente quelques tendances à la mégalomanie et au harcèlement sexuel. Et il a de fortes chances d'être élu Premier ministre le 25 juillet prochain.

Candidat au poste de Premier ministre pour les élections législatives du 25 juillet, Imran Khan prononce un discours le 30 juin 2018 à Islamabad. | Aamir Qureshi / AFP
Candidat au poste de Premier ministre pour les élections législatives du 25 juillet, Imran Khan prononce un discours le 30 juin 2018 à Islamabad. | Aamir Qureshi / AFP

PAKISTAN

Abbottabad, à trois heures de route au nord de la capitale pakistanaise, sur les contreforts de l’Himalaya. Ce 8 juillet, cette bourgade d’habitude tranquille est prise d’une rare ferveur. Plusieurs milliers de personnes –presque exclusivement des hommes– se pressent dans l'enceinte d'une vaste cour d'université, au milieu de collines jaunies par les trente-et-un degrés ambiants.

Ils sont venus de loin, parfois de l'autre bout du pays, pour applaudir leur champion, dont le visage orne les rues de la ville en format XXL: Imran Khan.
 «Mais ici tout le monde l'appelle IK, sourit Muneeb, 25 ans, soutien de la première heure. Everybody loves him!»
 Sur l’estrade dressée pour l’occasion, des enceintes géantes crachent de la musique locale à plein volume. Un élu du coin, micro en main, chauffe la foule pour l’arrivée de la star.

Salwar kameez immaculé et lunettes de soleil sur le nez, Imran Khan surgit, accueilli par un tonnerre de hurlements et d’applaudissements. Un drone virevolte au-dessus de la foule pour ne rien rater de cette liesse rouge et verte, aux couleurs du parti, dont les images seront retransmises sur les réseaux sociaux. Poing dressé en l’air, Imran Khan porte le sourire d'une veille de victoire annoncée. «Ça ne fait aucun doute, s'extasie Muneeb. Inch'Allah, il sera notre prochain Premier ministre.»

Cette ferveur qui frise l'hystérie est de celles réservées aux héros. Un statut dont Imran Khan peut s’enorgueillir sans rougir.

Un boulevard vers le poste de Premier ministre

Capitaine de l'équipe nationale de cricket quand elle a gagné la Coupe du monde en 1992, il est vénéré comme celui qui a battu l’ancien colon anglais dans un sport qui a valeur de seconde religion. Aujourd'hui, il est candidat au poste de Premier ministre pour les élections législatives du 25 juillet. L'emblème de son parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI, Mouvement du Pakistan pour la Justice): une batte de cricket, évidemment.

Ces meetings géants, voilà vingt-deux ans qu'Imran Khan en organise. Car en dépit de son exploit sportif, qui en a fait l'une des personnalités les plus populaires du pays, l’ex-champion échoue depuis 1996 à emporter les élections, au point d'être devenu, avec le temps, la risée des dîners en ville. Mais en cette ère de chamboule-tout mondial où la prime est aux outsiders et où des stars du showbiz accèdent aux affaires, Imran Khan, 65 ans, pourrait bientôt faire partie de la photo de famille. Lui, Imran, premier dans le cœur des Pakistanais mais éternel troisième homme de l’arène politique, n’a jamais été aussi proche du pouvoir.

Des supporters du PTI célèbrent la condamnation de l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif à dix ans de prison pour corruption, le 6 juillet 2018, à Lahore. Au premier plan, une batte de cricket, symbole du parti. | Arif Ali / AFP

Après des années passées à battre le pavé, à enchaîner croisades anti-corruption, happenings médiatiques et réquisitoires enfiévrés contre les dynasties qui se partagent le pouvoir, il est parvenu à évincer son principal adversaire, l’ancien Premier ministre Nawaz Sharif, destitué pour corruption en août 2017 par la Cour suprême suite au scandale des Panama Papers (qui révélait sa possession de quatre appartements de luxe à Londres, payés par des fonds d’origine inconnue).

La condamnation de l’ancien leader à dix ans de prison début juillet et la faiblesse historique des autres partis offrent à Imran Khan un boulevard vers le poste de Premier ministre, l’été où le Pakistan, seul État musulman doté de l’arme nucléaire, fête son 70e anniversaire, à un moment de son histoire où les tensions avec l’Inde sont au plus fort et le défi terroriste plus périlleux que jamais.

Slogan vaporeux et saillies contradictoires

À Abbottabad, Imran Khan savoure. Il est ici en terrain conquis: d'origine pachtoune, l'ethnie majoritaire de la province du Khyber-Pakhtunkhwa, il y est acclamé en enfant du pays. Cette région pauvre et montagneuse est tombée dans l’escarcelle de son parti lors des élections de 2013. Première percée électorale, première sidération de la classe politique pakistanaise. Cette victoire de 2013 et sa popularité sondagière sonnent comme une délicieuse revanche contre une presse qui a souvent raillé sa virginité politique, ses sorties à l’emporte-pièce et ses solutions simplistes, comme sa fameuse promesse de «vaincre la corruption et le terrorisme en quatre-vingt-dix jours».

«Le projet central d’Imran Khan est un discours anti-corruption qui vise tous les acteurs politiques, explique Salman Zaidi, fondateur du think tank Jinnah Institute à Islamabad. Mais sa particularité, c’est qu’il fait l’objet d’un culte de la personnalité. Il est apprécié pour sa personne et son charisme, pas vraiment pour ce qu'il propose. Il n’a aucun équivalent dans toute l’Asie du Sud.»

À la présentation de son programme à l'hôtel Marriott d'Islamabad, le 9 juillet, événement attendu par les médias tant le programme du candidat se limitait jusque-là à un slogan vaporeux («Naya Pakistan», Nouveau Pakistan) et à des saillies aussi contradictoires que polémiques, Imran Khan butte sur les mots, cherche ses notes, provoque des sourires dans le parterre de journalistes.

Aux côtés des leaders du PTI, Imran Khan présente le programme de son parti pour les élections législatives, le 9 juillet 2018 à Islamabad. | Aamir Qureshi / AFP

«Là où il est bon, c’est dans la rhétorique de l’homme fort», conclut Zaidi. Une rhétorique dans l’air du temps, qu’Imran Khan emploie pour attaquer les États-Unis, bille en tête.

En la matière, la ville d’Abbottabad n'est pas qu'un fief électoral. Elle est le symbole d'une humiliation qui ne passe pas. C’est ici, à quelques rues de son grand show, que les forces spéciales américaines ont débusqué et éliminé Oussama Ben Laden le 2 mai 2011, infligeant au Pakistan une déculottée diplomatique sans précédent… Et soulevant des doutes sur la possible complicité du pays dans la cavale du chef d’Al-Qaida. L'épisode a servi de carburant à l’anti-américanisme virulent des Pakistanais. Et de pain béni au mantra souverainiste de Khan, qui appelle depuis plusieurs années à rompre l’alliance avec les États-Unis et à sortir de la «guerre contre la terreur», qui aurait coûté au pays plus de 100 milliards de dollars et 70.000 vies depuis dix-sept ans.

Dans sa province du Khyber-Pakhtunkhwa, déjà traumatisée par les frappes de drones américaines, la rhétorique fait mouche. Au micro, l’ancien sportif exhorte la foule à ne plus être les «esclaves» des États-Unis. «Je ne veux pas d’une relation dans laquelle le Pakistan jouerait le rôle de mercenaire, payé pour faire leur guerre en échange d’une poignée de dollars.»

Le visage souriant et moderne d’un pays épuisé

Pourtant, de cet Occident qu’il défie le poing levé, Imran Khan est un emblématique rejeton. Né à Lahore, la grande ville frontalière de l’Inde, il fut envoyé à 17 ans au Royaume-Uni pour terminer ses études, comme tout bon fils de la haute société pakistanaise. Contrat de cricket en poche dans un club du Worcestershire, Imran intègre Oxford, où il se distingue par ses talents de batsman.

Son allure exotique et son physique de playboy font le reste: il devient la coqueluche de la jet-set oxfordienne des années 1970, enchaîne les conquêtes et les sorties dans les boîtes de nuit de Mayfair où, selon la légende, on le voit débouler en pantalon léopard aux côtés de Mick Jagger et d’autres célébrités du moment. Nommé capitaine de l’équipe pakistanaise de cricket en 1982, Imran partage alors sa vie entre Londres et Lahore, enchaînant séances photos pour la presse papier glacé et tournages de publicités.

En parallèle, l’athlète se fait philanthrope. L'ouverture en 1992 d’un hôpital oncologique à Lahore, le plus grand du Pakistan, créé en hommage à sa mère emportée par un cancer, fait l’unanimité, notamment pour la gratuité des soins qui y sont prodigués. Imran Khan organise des concerts de charité, réunissant d’anciens partenaires de soirée, comme Mick Jagger ou la star de Bollywood Amitabh Bachchan. La victoire de 1992 le consacre dans le cœur des Pakistanais. Imran, le «Captain», devient le visage souriant et moderne d’un pays épuisé par dix ans de dictature militaire.

Mais depuis la tribune d’Abbottabad, ce 8 juillet 2018, les années folles paraissent bien révolues. Entre ses charges contre les deux partis qui se partagent le pouvoir depuis dix ans («ils se lancent dans la politique pour se faire de l'argent», tonne-t-il d’une voix de baryton), Khan évoque la «décadence morale» du pays, son nouveau cheval de bataille.

Ses saillies des dernières semaines ont fait tressaillir celles et ceux qui rêvaient de voir en lui un progressiste acquis au libéralisme; qu’il brocarde le féminisme occidental (responsable d’avoir «dégradé» le rôle de la mère) ou qu’il promette de protéger la loi controversée sur le blasphème (un crime passible de la peine de mort au Pakistan, souvent brandi à tort et à travers pour régler des différends particuliers). Une droitisation du verbe qui n’est pas récente.

En 2014 déjà, pris dans ses alliances avec des clercs locaux, il plaidait pour un rapprochement avec les talibans pakistanais, si bien que ces derniers le sollicitèrent pour qu’il les représentât lors de négociations avec le gouvernement. Quand un journaliste lui demandait en 2016 si Ben Laden était un terroriste, Imran Khan refusait de répondre. Les libéraux lui trouvèrent alors un surnom qui lui colle encore à la peau: «Taliban Khan».

Rebranding rigoriste

Quelques jours après le grand raout d’Abbottabad, Imran Khan nous reçoit chez lui. Une résidence posée tel un nid d’aigle au sommet d’une colline qui domine la vallée d'Islamabad. Les accès à sa forteresse privée sont filtrés par sa directrice de la communication, une ex-enseignante originaire de Brighton, sosie confondant de Monica Bellucci. Chez Imran, le Royaume-Uni n’est jamais très loin.

Sur les murs: des peintures à l’effigie du maître des lieux, des photos de la Mecque, des versets du Coran, et des clichés jaunis de sa vie passée, où l’on voit un jeune Khan en sueur embrasser un trophée dans un stade survolté.

«Mon modèle de société est celui du premier État musulman instauré à Médine il y a 1.400 ans», confie-t-il d’une voix de velours teintée d’accent britannique, en triturant son chapelet qu’il ne quitte jamais. «C’était le premier État-providence de l’histoire de l’humanité, qui a apporté l’État de droit, la méritocratie, et qui s’occupait des plus faibles.» Après quelques secondes de réflexion, Khan tente une comparaison audacieuse: «Pour moi, les pays scandinaves sont ceux qui ressemblent le plus à ce modèle islamique». Énigmatique Imran Khan. Depuis ses jeunes années, l’ancien sportif assure avoir pris un virage spirituel. Avoir tué le bringueur qui sommeillait en lui pour renaître en janséniste de bon aloi apprécié de la ménagère pakistanaise.

Apogée de ce rebranding rigoriste: son mariage en février 2018 avec Bushra Maneka, sa «conseillère spirituelle», mis en scène dans une séance photo stupéfiante où l'heureuse élue apparaît entièrement voilée.

Déplacez le curseur pour voir les photos. À gauche: le mariage d'Imran Khan et Jemima Goldsmith, le 20 juin 1995 à Londres. | Johnny Eggitt / AFP • À droite: le mariage d'Imran Khan et Bushra Maneka, le 19 février 2018 à Lahore. | Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI) / AFP

S'agit-il bien du même homme? Celui qui fit la une des tabloïds en 1995 en épousant en grande pompe la Britannique Jemima Goldsmith, amie de Lady Diana, héritière d'un millionnaire juif, septième fortune d'Angleterre? Cet enfant chéri des paparazzis qui s'attira les foudres du clergé pakistanais en posant en caleçon à la une du Daily Mirror?

Un homme, deux visages

«C’est clair qu’il a beaucoup évolué, confie un ami d’enfance, qui souhaite rester anonyme. Au fond, je pense que son mode de vie à l’occidentale ne le satisfaisait pas. Il a toujours cherché plus de profondeur. Ç'aurait été facile pour lui de rester à Londres et d’y vivre de sa célébrité. Mais il ne l’a pas fait, il a décidé de revenir au Pakistan pour servir son pays.»

Depuis son bureau, enfoncé dans un fauteuil en daim, Imran Khan grince: «Qu’est-ce que ca veut dire être libéral? Le problème avec les Occidentaux, c’est qu’ils sont coincés dans un dogme, et ils mettent les gens dans des cases. Ils croient que lorsque vous êtes religieux, vous êtes forcément illibéral et de droite. Ça n’a aucun sens». Il ajoute: «Tout ça vient du marxisme, qui a supprimé la religion de la société... Alors que mon modèle d’État musulman est un état de gauche».

«Il n’a aucune cohérence. C'est un opportuniste et un démagogue, qui veut accéder au pouvoir à n'importe quel prix.»

Afrasiab Khattak, ancien sénateur de la province du Khyber-Pakhtunkhwa, connaît bien le personnage. «Il y a une grande contradiction entre sa vie privée et sa vie publique, atteste-t-il. Il veut être perçu comme un homme spirituel et religieux, mais dans sa vie privée, il est plus libéral que le plus libéral des Pakistanais!»

Une contradiction qui se reflète dans ses prises de position politiques? «Depuis vingt ans, cet homme flirte avec la gauche et la droite», poursuit Khattak, rappelant qu'Imran Khan s'était allié en 2014 avec le leader islamiste Tahir ul-Qadri, lors de manifestations contre le Premier ministre Nawaz Sharif. «Il n’a aucune cohérence. C'est un opportuniste et un démagogue, qui veut accéder au pouvoir à n'importe quel prix.»

Et pourtant. Le «en même temps» de ce Janus politique fonctionne. La promesse d'une social-démocratie à la scandinave matinée de charia réussit le tour de force de parler aux ruraux des zones tribales comme aux étudiants des grandes villes. Des chauffeurs de rickshaw de Peshawar à la jeunesse dorée de Karachi, un argument revient sans cesse en sa faveur: «Il est le seul qu’on n’a jamais essayé».

À mi-chemin entre Trump et Kadhafi

Et si Imran Khan était une lointaine réplique du séisme Trump, ce président qu’il abhorre et qui lui ressemble trop?

À cet autre enfant du showbiz qui a construit son charisme politique sur sa célébrité télévisuelle, Imran Khan emprunte la même rhétorique gagnante, celle de «nettoyer le marécage» de la politique et de congédier les médias traditionnels, «corrompus», en privilégiant un usage sanguin et volcanique des réseaux sociaux. Ceux qui connaissent Imran Khan décrivent le même tempérament impétueux et irascible.

«Le parti pris flagrant de Dawn [journal en langue anglaise le plus lu au Pakistan, ndlr] contre PTI a été dévoilé. Voilà pour les références neutres et libérales de Dawn! Énorme farce! Bravo à Stephen Sackur d'avoir exposé Dawn dans le HardTalk de la BBC.»

En 2012, l’écrivain britannique Salman Rushdie l’accusait même d'être un «dictateur en devenir», soulignant la ressemblance physique qu’il partageait avec le guide libyen Mouammar Kadhafi.

Imran Khan –comme Trump– veut aussi faire oublier qu’il vient de cette même élite qu’il veut envoyer valdinguer. N’a-t-il pas partagé les bancs d’Oxford avec Benazir Bhutto (Première ministre de 1988 à 1990 puis de 1993 à 1996, assassinée en 2007), dont le fils est aujourd'hui candidat à la même élection législative? Ne jouait-il pas, le week-end, dans le même club de cricket que Nawaz Sharif à Lahore?

Le succès d’Imran Khan en 2018 ne relèverait pas que de sa faconde et de sa réputation d’incorruptible Robin des Bois. Car au Pakistan, les tribulations politiques n’échappent jamais au regard des «agencies», euphémisme récurrent pour désigner l’ISI (les services secrets pakistanais) et l’armée, dont Abbottabad, lieu de villégiature des généraux et siège de l'académie militaire, est aussi le symbole.

La main de l’armée dans le gant de la justice

Derrière la destitution du Premier ministre Nawaz Sharif, sa condamnation à dix ans de prison puis son arrestation spectaculaire à l'aéroport de Lahore le 13 juillet dernier, Imran Khan se félicite du succès de sa campagne anti-corruption, et notamment du siège de la capitale qu’il avait orchestré pendant plusieurs mois pour réclamer le départ de Sharif. Mais journalistes et activistes s’interrogent sur la disproportion de la peine, et devinent la main de l’armée dans le gant de la justice.

«C’est un coup d’État judiciaire, dénonce Afrasiab Khattak, vieux briscard de la politique pakistanaise. L'armée veut à tout prix briser le parti de Nawaz Sharif, qui a eu le malheur de s’opposer aux militaires. Sharif voulait développer de bonnes relations avec l'Inde, faire juger le général Pervez Musharraf et avait même évoqué le rôle de l’ISI dans les attentats de Bombay de 2008», une faute impardonnable pour l’armée et les services secrets. «D’ailleurs, Imran Khan s'exprime peu sur les relations qu'il veut avoir avec les pays voisins»… Comme si le nouvel homme fort de la politique pakistanaise avait compris que certaines prérogatives ne lui appartiendraient jamais.

«Il y a un trucage massif de la campagne en faveur d’Imran Khan, abonde Salman Zaidi. Cette élection appartient à l’armée et à l’ISI.»

Imran Khan, pion de l’establishment sécuritaire? Journalistes et experts s’accordent: l’armée utilise le succès de la rhétorique anti-corruption de Khan pour punir Sharif. Et rappeler à l’ordre toute velléité d’autonomie d’un gouvernement civil.

Les derniers jours de campagne se sont déroulés dans un climat délétère. D'après de nombreux témoignages, de grands électeurs influents auraient subi des pressions pour rejoindre le camp d'Imran Khan, notamment dans la province du Punjab, fief électoral de Nawaz Sharif. Des candidats adverses auraient directement reçu des coups de téléphone des services secrets et auraient même été agressés pour ne pas se présenter sous l’étiquette du PMLN, le parti de Nawaz Sharif.

Les journalistes pakistanais sont quant à eux soumis à une censure sans précédent. En mars, la chaîne Geo News, réputée proche de Sharif, a cessé d'émettre. Dawn, le plus grand quotidien anglophone, a même été interdit à la vente dans certaines régions. Des retransmissions de discours du PMLN ont été déprogrammés et des journalistes interdits de couvrir ses meetings.

Certain de sa victoire

Dans son bureau, Imran Khan balaie ces accusations et botte en touche: «On disait la même chose de moi lors des élections de 2013, que j’étais soutenu par l’ISI et l’armée. Mais regardez autour de vous, on est le parti qui réunit les plus grosses foules. Attribuer notre succès à un soutien de l’armée n’a aucun sens». Mais le danger pourrait venir de son passé.

Dans une autobiographie publiée le 12 juillet, qui a eu l’effet d’une bombe, à deux semaines du scrutin, Reham Khan, journaliste et une de ses ex-épouses, brosse le portrait d’un prédateur sexuel violent, accro à la cocaïne et aux parties fines. Des «révélations» que la presse juge tirées par les cheveux, mais qui font écho à d’autres accusations de harcèlement sexuel. Une députée de son parti affirme notamment avoir reçu des propositions sexuelles par SMS de la part du candidat. Une enquête parlementaire est en cours.

En dépit des obstacles, le centaure Khan est certain de sa victoire, avec ou sans l'aide de l’ISI et de l'armée. Avec sa promesse de tout décaper, il incarne ce début de siècle mieux qu'il ne pense, une époque qui recycle des élites en se persuadant qu'elles n'en sont pas, et qui embrasse la confusion des genres dans l’espoir d’y trouver du nouveau.

Imran Khan nous raccompagne à la sortie de son bureau. Les yeux baissés, il murmure spontanément: «Vous savez, je me souviens à peine de mes amis britanniques...». Rangeant son chapelet dans la poche, il conclut, un brin mélancolique: «Les temps ont changé».

Paul Gasnier

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