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Un discours pour relancer la marque Obama

John Dickerson, mis à jour le 28.01.2010 à 17 h 25

Il est revenu aux thèmes qui l'ont fait élire: espoir, courage et politique bipartisanne.

Le hasard a finalement bien fait les choses: l'iPad a été dévoilé le jour du premier discours sur l'état de l'Union du président Obama. Les deux étaient centrés autour de Jobs [Steve pour l'un, l'emploi pour l'autre], et les deux avaient pour but de donner aux gens quelque chose d'utile qu'ils pourraient s'approprier.

L'emploi, priorité n°1

Obama a répondu à ceux qui se plaignaient de son manque de présence sur la question de l'économie en annonçant un projet de loi pour l'emploi et une série d'autres mesures pour soutenir les classes moyennes. Aucune de ces idées n'était nouvelle ou révolutionnaire (le projet de loi pour l'emploi a déjà été voté à la Chambre des représentants), mais le but du discours était d'enfoncer le clou. Le président américain avait prévu de se concentrer sur l'économie, lors de ce discours et plus généralement pour l'année 2010, mais il a désormais mis le sujet au-dessus de tous les autres, chose qu'il n'avait pas faite avant. Il a invité le Congrès à faire passer le projet de loi pour l'emploi avant toute autre chose. La réforme du système de santé est aujourd'hui clairement reléguée à la deuxième place des priorités, si ce n'est plus bas encore.

Le discours a laissé une impression de redémarrage. Tant dans le ton que dans l'esprit, le président a constamment fait appel aux thèmes sur lesquels il avait fait campagne -un appel à mettre fin à la politique partisane et à l'influence des intérêts particuliers, et à créer un gouvernement qui reflète l'esprit du peuple américain. «Ce qu'espère le peuple américain -et ce qu'il mérite- c'est que nous tous, démocrates et républicains, travaillions ensemble au-delà de nos différences; que nous nous débarrassions du poids immobilisant de nos querelles politiques.»

Le retour de l'espoir

Il a pris le point de vue de ceux qui étaient frustrés avec la politique de Washington, mais s'est également mis dans la perspective des grandes batailles historiques américaines, de la Guerre civile à la Seconde Guerre mondiale. Citant une femme qui lui a écrit, il a déclaré: «Nous sommes fatigués mais plein d'espoir, nous nous battons, mais sommes encouragés.»

«L'espoir»: revoilà ce mot. Après s'être rapproché des électeurs, Obama est allé plus loin que le simple «je vous ai compris». Il a pris leur espoir et l'a fait sien. «C'est grâce à ce courage -cette grande moralité et cette grande force- que je n'ai jamais été plus optimiste quant au futur des Etats-Unis que ce soir. Malgré nos difficultés, notre union est forte.»

Il est animé par la foi et l'espoir des électeurs. C'est son meilleur visage. (Après tout, c'est grâce à ce message d'espoir et de courage qu'il s'est fait élire). On pouvait le voir jusque dans son attitude: il était presque sur la pointe des pieds, blaguant avec les républicains et lançant des plaisanteries éculées. Il a établi une connexion émotionnelle. Il a terminé comme il l'a souvent fait au cours de sa campagne: avec des récits de gens qui se battent, utilisant leur histoire pour donner un caractère à la fois poignant et urgent à son appel pour que tout le monde se conduise en adulte.

C'est un message inspirant, et le congrès ferait bien de s'en servir. Juste après le discours, les sénateurs Dick Durbin (républicain de l'Illinois) et Eric Cantor (démocrate de Virginie) se sont abaissés à une prise de bec en direct sur CBS. Si leurs chamailleries avaient duré une minute de plus, les noms d'oiseaux auraient sans doute commencé à fuser.

Est-ce bon pour les démocrates?

La question est de savoir, un an après qu'Obama a été élu sur ce message d'espoir, si les Américains croient encore à sa marge d'action face aux blocages et aux copinages qui règnent à Washington. Arrivera un moment où, à force de ne pas voir de résultats, les gens perdront espoir.

Si le message du président rappelle à ses électeurs pourquoi ils l'aiment tant, ce n'est pas dit qu'il aide le camp démocrate au Congrès. Au contraire: il pourrait lui nuire. Obama a admis avoir commis certaines erreurs, expliquant même que certains de ses revers politiques étaient mérités, mais il s'est mis à l'écart de son public, irrité par l'immobilisme du Congrès.

C'est bon pour lui -mais cela donne du grain à moudre au public, qui a toujours le sentiment que le problème vient du Congrès. Or les démocrates contrôlent le Congrès, l'agacement vis-à-vis de cette institution devient donc un agacement vis-à-vis des démocrates (qui auront aussi du mal à endosser le message dénigrant le Congrès dans leurs propres courses électorales).

De l'inconsistance

Le discours comprenait aussi des inanités. Lorsqu'il a expliqué pourquoi le bipartisme s'était effondré si vite après le 11 Septembre, il a souligné qu'il ne voulait pas remuer le passé. Il ne s'en est pourtant pas privé dans une première partie du discours: lorsqu'il a détaillé comment les politiques conduites par les républicains avaient détruit l'économie. (Ceci dit, il était toujours plus mesuré que Reagan, qui, dans son discours sur l'état de l'Union de 1982 avait accusé Jimmy Carter d'être responsable des souffrances du pays.)

Les auditeurs ont aussi pu estimer que le président était inconsistant lorsqu'il a déclaré: «Non, je ne renoncerai pas à changer la teneur de notre système politique. Je sais que c'est une année d'élections. Et après la semaine qui vient de passer, il est clair que la fièvre de la campagne est montée plus tôt encore que d'habitude. Mais il faut pourtant bien gouverner.» Les plaidoyers pour une rectitude morale excessive sont toujours un peu durs à avaler. (Obama lui-même s'est moqué de John Edwards pendant la campagne pour des déclarations semblables.) Ils sont même encore plus durs à avaler lorsqu'on se rappelle qu'Obama se lâchait sur Scott Brown dans le Massachusetts il y a de cela quelques semaines. Bien qu'il ait avoué qu'il ne savait pas grand-chose de son programme, il a affirmé que le candidat républicain était acquis à la cause des assureurs et des banques et qu'il n'était qu'un imposteur qui essayait de tromper les électeurs.

Ces contradictions existaient déjà lors de la campagne, bien sûr, mais les gens étaient prêts à pardonner ou à les ignorer. Maintenant qu'il est président depuis un an, Obama ne peut plus espérer que les électeurs soient aussi magnanimes.

Comme prévu, le président américain a demandé un gel des dépenses et a annoncé qu'il allait nommer une commission pour s'occuper du déficit. Il a dit qu'il allait travailler avec le Congrès et les militaires pour annuler l'interdiction des gays dans les forces armées. Il a demandé au Congrès de reconsidérer la réforme du système de santé, mais son appel à l'action n'était pas plus énergique qu'auparavant. Obama avait affirmé qu'il voulait que cette réforme soit terminée avant l'état de l'Union, et cela s'est peut-être produit -mais pas dans le sens de ce qu'il espérait. Rien dans le discours n'a changé cette dynamique.

Le discours sur l'état de l'Union avait pour but, au moins dans une certaine mesure, de rappeler aux électeurs que leur président est la même personne qu'ils ont élu il y a 14 mois. C'est une autre similitude avec l'iPad: tous deux étaient attendus comme pouvant possiblement relancer la machine (de l'industrie de l'édition et de la marque Obama). Le discours de l'état de l'Union fait partie des bons discours du président. Mais comme l'iPad avec l'édition, difficile de savoir si le bel emballage va pouvoir réellement aider l'entreprise.

John Dickerson

Traduit par Charlotte Pudlowski et Grégoire Fleurot

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Image de Une: Poster de Barack Obama, Steve Rhodes, Flickr, CC

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