Politique

Sommet social: la double impatience d’Emmanuel Macron

Temps de lecture : 3 min

Syndicats et patronat ont été reçus le 17 juillet à l'Élysée. Si le ton s'est adouci, le président compte bien sur les partenaires sociaux pour épouser à la perfection la courbe de son «virage» social.

Emmanuel Macron et les principaux leaders des syndicats et du patronat à l'Élysée, le 17 juillet 2018 | Jean-Francois Badias / Pool / AFP
Emmanuel Macron et les principaux leaders des syndicats et du patronat à l'Élysée, le 17 juillet 2018 | Jean-Francois Badias / Pool / AFP

Pour s’être lancé dans la présidentielle sans passé, sans troupes, sans argent, on le devinait envahi d’une caractéristique forte: l’impatience. Emmanuel Macron est tout de hâte. La France s’était enfoncée à cause de trente ans d’immobilisme, il y avait urgence.

Sitôt élu, il a réformé seul, sans tenir compte des partenaires sociaux, parce qu’il savait quoi faire et parce qu’ils sont lents. Il vient de le reconnaître lors du mini-sommet social tenu mardi 17 juillet à l’Élysée, en résumant sa première année de mandat: «Je suis allé vite, c'était ma volonté, je l'assume», selon les mots rapportés par François Asselin, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME).

Un an plus tard –aujourd’hui, donc– s’ouvre une «nouvelle séquence» dans laquelle il va «avoir besoin de s'appuyer sur les partenaires sociaux, sur les corps intermédiaires».

Du remue-méninges et un état d'esprit

Pourquoi ce changement social, sinon ce «virage», maintenant? Les partenaires sont-ils devenus véloces ? Non. Mais l’État ne peut pas tout, et le président de la République est le premier à le savoir. Pas tout dans la définition des bonnes politiques dans le détail, pas tout dans leur mise en œuvre sur le terrain.

Pour le code du travail, pour l’école, pour l’apprentissage, les réformes à engager étaient prêtes, le programme du candidat donnait la ligne à suivre. Il suffisait de l’appliquer et d’aller vite. Mais pour la suite, comme la dépendance, les retraites, l’assurance chômage, le programme n’est pas tout tracé, il est vague, sinon sec. Bref, il faut du remue-méninges et des idées. Et pour en avoir, l’administration des finances ne suffit pas: la mobilisation des partenaires et de la société civile est indispensable.

La deuxième raison est la mise en place des réformes sur le terrain. Ici, ce n’est pas le manque de réflexions préalables qui explique le changement présidentiel, mais la déception. Le code du travail a été imaginé, il a été voté, les décrets ont été publiés, le tout avec vitesse, mais... bien peu d’entreprises ont ouvert des discussions avec leurs partenaires pour les transcrire. La loi ne suffit pas. Manque cette fois l’état d’esprit.

On pouvait dire la même chose des baisses du coût du travail par le CICE sous François Hollande: les baisses ont eu lieu, la conséquence sur les embauches et sur l’investissement se sont longtemps fait attendre.

Aucune indulgence pour l'absence de vision

Mais attention: dans cette nouvelle séquence va jouer la deuxième impatience d’Emmanuel Macron. Non plus celle du temps qui presse, mais celles des femmes et des hommes. On connait tous des êtres supérieurement intelligents qui ont compris en deux secondes ce que vous avez à leur dire et qui passent à autre chose en vous faisant lourdement savoir que vous êtes un traînard. Emmanuel Macron n’a pas ce défaut-là, il conserve l’écoute. Seulement, son jugement est vite fait. Il est sans aucune indulgence pour les gens qui n’ont pas d’idée, pas de plan, pas de volonté. Les médiocres, il n’en veut pas.

La discussion avec les partenaires sociaux, maintenant officiellement ouverte, va avoir ceci de rugueux que le président attend une véritable transformation des politiques sociales et que les éternels demandeurs de crédits l’horripilent.

Il l’avait expliqué à Montpellier le 13 juin, lors de la conférence annuelle de la Mutualité: «Il faut regarder la réalité de notre société en face [...], une société qui ne peut pas uniquement racheter cette faillite politique et morale (de trente ans d’immobilisme) par de la redistribution monétaire, forcément toujours insuffisante». Le système social français est en échec, «ses beaux principes de justice sociale, solidarité, dignité, sont tous les jours remis en cause, l'universalité est mitée d'exceptions, de disparités, d'impasses, de situations où les droits promis ne sont pas des droits réels».

L’économie a changé, les technologies ont bouleversé le travail, il ne suffit pas de rétablir l’État-providence, il faut le transformer. «Nous avons hérité du XXe siècle un État-providence de l'assurance, et nous devons le conforter, mais nous devons bâtir pour le XXIe siècle un État-providence de la dignité et de l'émancipation.»

Menace d'un retour à la gouvernance pressée

Quels partenaires sociaux tiennent en France un tel discours, à l’exception notable de la CFDT? Emmanuel Macron va vite être impatient si, dans les discussions, lesdits partenaires veulent défendre les «totems» d’hier.

Prévention, universalité, accompagnement individuel: le président a exposé les nouvelles lignes à suivre. Il sait ce qu’il veut, la transformation est énorme. «L'État devra prendre sa part de responsabilité, mais l'ensemble des acteurs qui font la solidarité nationale devront apprendre à réinventer leur rôle pour penser ces défis.»

La deuxième impatience d’Emmanuel Macron se fera rapidement sentir dans son attitude si les partenaires n’ont compris le virage que comme un retour au train-train d’hier. Le changement n’est que de méthode, et certainement pas chez lui sans l’exigence du but. Sans transformation de l’état d’esprit et des engagements chez les syndicats ouvriers et au Medef, le président reviendra vite à sa gouvernance pressée.

Eric Le Boucher Cofondateur de Slate.fr

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