Société

Procès d'Angel Valcarcel: «J’ai buté ma belle-fille. À présent, mon fils est vengé»

Temps de lecture : 7 min

[1/4] Le 27 juin s'ouvrait devant la cour d'assises de l'Hérault le procès d'Angel Valcarcel. L'homme s'était spontanément rendu à la police après avoir tué la compagne de son fils, le 30 août 2014.

Entrée de la cour d'assises de l'Hérault, à Montpellier | Pascal Guyot / AFP
Entrée de la cour d'assises de l'Hérault, à Montpellier | Pascal Guyot / AFP

Cet article est le premier volet du récit en quatre épisodes du procès d'Angel Valcarcel, accusé de l'assassinat de sa belle-fille, Vanessa Mayor, en 2014.

Pour lire la suite:
> Procès d'Angel Valcarcel: «Le monde tourne, et il n’y adhère plus»
> Procès d'Angel Valcarcel: «C'est pas une gitane, elle n'a pas le savoir-vivre de chez nous»

Au matin du 30 août 2014, une voiture de police patrouille dans les petites rues d’Agde. C’est l'une de ces journées où l’on roule fenêtres ouvertes, pour respirer l’air frais que la nuit a laissé. L’horloge du tableau de bord indique huit heures passées quand l’officier de police Cuq reçoit un appel du commissariat.

Angel Valcarcel vient de s’y présenter: «J’ai buté ma belle-fille. À présent, mon fils est vengé». La voiture fait volte-face. Le policier sait où habite la belle-fille d’Angel Valcarcel. Elle s’appelle Vanessa Mayor, et a deux enfants.

«Gitan de cœur»

À la cour d’assises de l’Hérault où se tient son procès pour assassinat, Angel Valcarcel arrive, les yeux rivés au plancher. Sa fille, Angelina, sort la convocation de son sac. La greffière doit lui donner le jour et l’heure de son passage à la barre des témoins.

Pendant qu’elle attend, Angelina regarde en direction du box des accusés, où est assis Angel Valcarcel, tête baissée, menton sur la poitrine. Elle veut qu’il la voit, on le comprend à ses œillades et à sa façon de se rapprocher de lui. Elle insiste, en vain; Angelina quitte la cour d’assises, comme le veut la procédure. Elle ne reverra son père que le lendemain, lors de son témoignage, prévu à dix-sept heures trente.

La présidente Anne Haye récapitule les faits décrits dans l’ordonnance de mise en accusation, qui est souvent longue, puis referme la pochette, qui est souvent rose ou verte. Elle relève la tête et demande à l’accusé de se lever: «Nous ne jugeons pas un dossier, Monsieur Valcarcel. Nous jugeons un homme. Pour cela, il est indispensable de comprendre qui vous êtes. Quels ont été les moments importants de votre vie?».

Angel Valcarcel est né à Barcelone à l’été 1960. On lui a donné le nom de son grand-père paternel, mort fusillé durant la guerre civile espagnole. Il est encore enfant quand son père, menuisier ébéniste, décide de s’installer avec toute sa famille en France. Ils déménagent à Nérac, une petite commune du Lot-et-Garonne, près d’Agen.

- Votre maman, Joaquina, est aussi née en Espagne. Elle est décédée en mars 2017, et vous avez eu une permission de sortie pour aller à l’enterrement, c’est bien ça?
- Oui, je ne pensais pas qu’on me l’accorderait. Ça a été énorme pour moi, car j’ai pu dire au revoir à ma maman.

«Depuis tout petit, j’étais tout le temps avec eux… Je me sentais bien avec eux.»

Angel Valcarcel

Il raconte qu’il s’est éloigné de sa mère quand il a épousé sa femme, Antoinette, le premier jour de l’an 1981. Antoinette vient de la communauté gitane. Il a fait sa connaissance avant d’être envoyé à la maison d’arrêt de Béziers pour vols à la roulotte –il fera l’objet d’autres condamnations par la suite, notamment pour homicide involontaire, après un malaise au volant pendant lequel il percute un couple de motards.

Angel et Antoinette se marient à la prison et Angel sort peu de temps après, «avec les grâces de Mitterrand» du 14 juillet. Sa famille vit mal cette union. «Le problème, dit-il, plus que la communauté gitane, c’était surtout que l’on se marie en prison.» Angel Valcarcel est en revanche tout de suite accepté par la famille de sa femme.

La présidente précise: «Vous avez dit être “gitan de cœur”». «Oui. Depuis tout petit, j’étais tout le temps avec eux, je sortais avec eux, faisais des activités avec eux… Je me sentais bien avec eux.» Il dit que ce qu'il aime chez eux, c'est l’amour de la famille, la grande fraternité et le respect des traditions.

«Mon fils, c’était mes yeux»

Avec sa femme, il se rend tous les dimanches à l’église. Ils sont chrétiens évangélistes. Au début, Antoinette ne savait pas ce que c’était. Face à la cour, elle se rappelle: «Chez nous, on n'a pas tout ça. J’y suis d’abord allée par curiosité. Et juste après, je suis tombée enceinte».

Angel Valcarcel ne se voyait pas sans enfant, et après plusieurs fausses couches, la grossesse d’Antoinette est perçue comme «un cadeau de Dieu». Angel accompagne sa femme à toutes les échographies. Le couple attend deux enfants: un garçon et une fille.

- C’est vous qui avez choisi les prénoms Angel et Angelina?
- Oui, ma femme m’a permis. Elle a choisi les deuxièmes prénoms.

Angelina et Angel fils naissent le 9 mai 1987. Angel père a alors vingt-six ans. «C’était le plus beau jour de ma vie.» Ils emménagent dans une petite rue tranquille aux alentours d’Agde, au numéro 9.

Au micro de la cour d’assises de Montpellier, Angel père résume sa relation avec ses enfants: «Angelina, je l’aimais et je l’aime. C’est ma fille. Mais mon fils, c’était mes yeux».

La coutume gitane veut que le fils soit confié, au début de sa vie, à la grand-mère maternelle. Celle-ci s’accapare le petit garçon comme son propre enfant. C’est une période douloureuse pour le père, tiraillé entre l’absence de son fils à la maison et les traditions gitanes qu’il respecte plus que tout.

Contre la volonté de la grand-mère, il récupère son fils à ses cinq ans. La vieille dame éclate en malédiction («Ça va vous porter malheur»), mais Angel Valcarcel tient bon. «Mon fils, qui avait bon cœur, se sentait probablement coupé en deux», dira Antoinette aux enquêteurs. Une fois adulte, Angel reviendra habiter près de chez sa grand-mère.

En garde à vue, Angel Valcarcel père dira: «J'avais une relation fusionnelle avec mon fils, c'était ma copie conforme».

«Les jeunes étaient amoureux»

Vanessa Mayor voit le jour à Lyon, un an après Angel fils. Elle est l’aînée d’une fratrie de trois enfants. Après un BEP Vente, Vanessa part rejoindre pour l’été sa grand-mère paternelle, dont elle est très proche, à Agde. Elle trouve un petit job dans un supermarché.

Lors de son audition, la grand-mère –aujourd’hui décédée– raconte aux policiers: «Elle venait me voir, et puis un jour, elle n’a plus voulu repartir». Vanessa vient de rencontrer Angel. Elle a dix-sept ans. «C’est pas que ça me plaisait, mais les jeunes étaient amoureux.»

À l’évidence, leur histoire vaut plus qu’une amourette de vacances: quelques semaines plus tard, Angel fils part à Lyon pour demander la main de Vanessa à Jacques, son père. Ce dernier refuse. «J’ai trouvé ça un peu précoce», admet Jacques Mayor à la barre. Mais si les choses vont trop vite pour lui, il ne s’oppose pas à leur union: «Je payais le TGV pour qu’elle aille voir Angel». Il est partagé, cela se voit, entre ce qui serait bon pour sa fille et le fait de la voir heureuse.

«Ils vivaient ensemble mais n’étaient pas déclarés ensemble. J’étais contre, mais je ne me suis pas opposé.»

Angel Valcarcel

Ensemble, Vanessa et Angel ont deux enfants. Un garçon, Aaron*, naît en 2008, puis un second, Ryan*, en 2011. Aaron porte le nom de son père, Ryan celui de sa mère, pour une histoire d’allocations parent isolé. «Ils vivaient ensemble mais n’étaient pas déclarés ensemble. Mon fils était déclaré chez moi. J’étais contre, mais je ne me suis pas opposé», avoue Angel Valcarcel père à la présidente. Peu avant sa mort, Vanessa fait les démarches pour que son second fils porte le nom de son père.

«Des hauts et des bas»

À l’insouciance de la jeunesse succède le quotidien. Il y a cette phrase, leitmotiv des prétoires: «C’était un couple normal, avec des hauts et des bas». Une platitude qui meuble le silence, par pudeur ou par culpabilité, parce qu’arrivé à la barre, tout rappelle au témoin qu’il n’a pu anticiper la catastrophe. Dans les procès d’assises, les couples ont toujours des hauts et des bas, et la jalousie n’est jamais que le corollaire d’un amour trop fort.

«Il y avait des tensions. Pourtant, elle n’était pas malheureuse avec mon fils. Elle était très jalouse, très possessive. Il me disait qu’il allait au supermarché, il regardait une fille comme je vous regarde, et c’était la guerre, explique Antoinette à la cour. Il disait à son père: “Tu sais papa, je suis mieux là, au travail”.»

La mère remarque, dans l’appartement d’Angel et Vanessa, un mur perforé par les poings. Elle demande à son fils pourquoi il ne refait pas le mur. Il lui répond: «Parce que comme ça, elle voit les trous que j’ai faits et elle arrêtera de m’embêter pour rien du tout». La présidente demande si Angel n’était pas jaloux, lui aussi. Antoinette assure: «Un peu moins qu’elle».

Angel et sa famille ne veulent pas que Vanessa travaille. Et le couple Mayor-Valcarcel connaît un autre problème: Angel boit trop et flambe son salaire en cocaïne.

Plusieurs personnes auditionnées en parlent aux enquêteurs. Quatre ans plus tard, elles s’offusquent devant la cour: «J’ai jamais dit ça!». Aux autres qui se sont tues devant les policiers, la présidente demande cette fois s’ils avaient eu vent de quelque chose. «Saviez-vous qu’il consommait des stupéfiants?». Invariablement, elle se voit répondre la même chose: «Moi, je n’ai rien vu».

Quelqu’un, pourtant, a vu quelque chose.

* Les prénoms ont été modifiés.

Elise Costa Chroniqueuse judiciaire

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