Sports

Le football, mort dans l'après-midi, fauché par la VAR

Temps de lecture : 2 min

[BLOG, You will never hate alone] Cela aurait dû être une fête vécue comme une apothéose. Hélas, l'intervention de l'arbitrage vidéo avec son lot d'arbitraire, est venue tout gâcher.

Et à la fin... | Helgi Halldórsson via Flickr CC License by
Et à la fin... | Helgi Halldórsson via Flickr CC License by

Les hommes sont incorrigibles. Ils avaient inventé le plus beau des jeux qui soit, un jeu qui se situait sur la crête des passions humaines, où les hommes avaient à se débrouiller entre eux, sans l'intervention d'un tiers, à jongler avec des lois assez floues dans leur application pour permettre à l'imaginaire de supplanter la rationalité d'une réalité à même d'être toujours remise en cause.

Las, il fallait être absolument moderne, vivre avec son époque, collé à son temps où les vies s'écoulent dans le fracas permanent de nouvelles technologies qui tendent à transformer les êtres humains en marchandises, en vulgaires porte-monnaies, en simples consommateurs dont on piétine les états d’âmes et les sentiments afin de mieux asseoir le pouvoir de l'argent, la mainmise des puissants jamais rassasiés.

Dimanche après-midi, sur le coup de 17h38, tout cela, la beauté du sport, l'angoisse du résultat, l'indécise confrontation entre deux équipes parvenues en finale après moult aventures, moult sacrifices, a volé en éclat et avec ses gros sabots, la technologie est venue fourrer son nez dans des affaires qui n'auraient jamais dû la concerner.

Il y eut un corner, il y eut un duel, il y eut un ballon qui rencontra une main, il y eut un geste malencontreux, il y eut un bras qui parce qu'il appartenait à un corps humain et non à un singe, revenait à son point d'origine et dans cet accomplissement naturel, croisait un ballon passant par là, il y eut des réclamations, il y eut un arbitre qui d'abord n'avait rien vu et à qui on commanda d'aller mirer sur un écran de contrôle le visage de la vérité, il y eut plusieurs plans proposés, un long moment s'écoula avant que l'arbitre prit ce qu'on pensait être une décision définitive, il y eut l'arbitre qui regagna le terrain, puis pris soudain d'un horrible doute –suis-je bien sûr d'avoir vu ce que j'ai cru voir?– s'en retourna vers son écran de contrôle et dans ce retour-là, il y avait déjà l'aveu d'une impossibilité à trancher qui le trahissait.

Le penatly fut accordé et transformé; le match terminé.

La technologie venait de mettre à mal un principe vieux de plusieurs siècles et qui voulait que le juge, en dernier ressort, devait être convaincu au-delà du doute pour prendre une décision contraire aux droits de la défense. Au lieu que le doute profitât à cette dernière, l'arbitre jugea bon de donner l'avantage à l'accusation et siffla une faute dont on aurait pu regarder les images pendant des siècles et des siècles sans jamais être totalement convaincu de son bien-fondé.

Si bien que l'avènement de la VAR change profondément la donne: elle procure à l'arbitre, au défenseur de la loi, au protecteur des libertés publiques et footballistiques (!) la possibilité d’interpréter le règlement en faveur de la puissance dominante et ce apparemment, sous le fard de la vérité, puisque l'image, l'image toute puissante est là, pour venir appuyer et conforter la mise en accusation.

Ce fut, disons-le, pour tout amoureux du ballon rond point obnibulé par la quête d'une deuxième étoile un moment assez pénible à vivre. Comme la trahison d'un idéal dont on se serait bien passé.

Et pendant ce temps-là, le président de la Fifa, assis dans la tribune comme un roi sur son trône, riait aux éclats, tout à sa joie d'avoir pu instaurer un système, qui, sous le couvert de l'indiscutable vérité, permettra à ses puissants commanditaires de toucher leurs dividendes bien mérités.

Le football lui était mort dans l'après-midi.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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