Monde

Obama demande du sang-froid

Bruce Reed, mis à jour le 28.01.2010 à 11 h 42

Dans son discours sur l'état de l'Union, Barack Obama dit aux démocrates de ne pas paniquer et aux républicains de ne pas surestimer leurs forces.

Malgré les signes extérieurs de puissance, Washington tire en fait son énergie de tout autre chose: la panique. Après tout, les politiciens sont des gens comme les autres; à choisir, ils aiment autant faire ce à quoi ils sont bons. Ainsi, la semaine dernière, sonnés par la victoire de Scott Brown et dans l'expectative du discours d'Obama sur l'état de l'Union, les démocrates de la capitale américaine étaient des politiciens au bord de la crise de nerfs, et chaque jour apportait son lot de folles conjectures.

» Retrouvez la vidéo du discours ici

L'Amérique a engagé Barack Obama en novembre 2008 parce qu'il ne cédait pas à la panique -et mercredi 27 janvier dans la soirée, il a montré qu'il restait aussi calme et déterminé que jamais. Entouré de démocrates angoissés et de républicains hyperanxieux, Obama a eu des accents qui rappelaient Rudyard Kipling: «Si tu peux conserver ton courage et ta tête/Quand tous les autres les perdront/ ... Si tu peux supporter d'entendre tes paroles/Travesties par des gueux pour exciter des sots...»

Garder la tête froide n'a rien de simple à Washington, et comme le président a pu le constater, ceux qui y parviennent se sentent souvent un peu seuls. Dans la période qui a précédé le discours sur l'état de l'Union, les mauvais conseils ont afflué à la Maison Blanche, la plupart poussant Obama à montrer à un électorat furieux qu'il l'était encore davantage.

Raison et passion

Obama a fait le choix plus sage de s'expliquer avec autant de raison que de passion. Il a clairement annoncé que l'emploi devait être la principale priorité de Washington, mais il a été franc sur la portée de ce que pouvait faire le gouvernement, car «le vrai moteur de la création d'emploi dans ce pays sera toujours les entreprises américaines.» Il a promis de rendre les emplois de l'avenir plus compétitifs aux États-Unis en encourageant l'innovation énergétique -parce que si nous ne sommes pas les premiers, alors nous serons les derniers. Mais il a aussi osé une vérité que l'on entend trop rarement dans les cercles démocrates: si nous voulons créer des emplois dans ce pays, nous devrons adopter une stratégie agressive pour accroître nos exportations et encourager le commerce, et non ériger des barrières ou nous laisser effrayer par des accords commerciaux. Pendant cette partie du discours, les démocrates du Congrès sont restés de marbre, ce que l'Amérique, elle, ne peut pas se permettre.

Sur l'éducation, véritable révélation de sa première année au pouvoir, Obama a montré que la réforme était bien partie pour durer. «Nous sommes sortis de l'impasse entre gauche et droite» a-t-il déclaré. «Au lieu d'alimenter le statu quo, nous ne faisons plus qu'investir dans la réforme.» Alors qu'il s'apprête à s'attaquer aux autres systèmes en échec de l'Amérique, de la santé à la politique, le président ne devrait «qu'investir dans la réforme» de la Doctrine Obama.

Obama a mis le doigt sur les deux déficits qui contrarient et inquiètent le plus les Américains: la sombre perspective budgétaire à long terme et son comparse, le «déficit de confiance» dans le gouvernement et dans le mode de fonctionnement de Washington. La semaine passée a fourni à l'Amérique de bonnes raisons de se faire du souci sur ces deux sujets. Le président a souligné que les républicains du Congrès avaient pris leurs jambes à leur cou et tué dans l'œuf la commission sur le déficit, prouvant ainsi qu'ils n'étaient même pas prêts à travailler de concert pour réduire les dépenses du gouvernement, cause en laquelle ils prétendent pourtant croire par-dessus tout.

Une réponse honnête et proportionnée

Certains démocrates ont montré qu'ils n'envisageaient pas de gouverner sérieusement non plus, en éreintant injustement le gel des dépenses raisonnable et modeste réclamé par Obama et en le qualifiant de «geste Hooveresque» qui «n'enflammera pas la base.» De nombreux Américains se sont réjouis devant leur téléviseur d'entendre l'irréfutable justification du président: «Des familles, dans tout le pays, se serrent la ceinture et prennent des décisions difficiles. Le gouvernement fédéral se doit d'en faire autant.»

Obama a soumis une réponse honnête et proportionnée aux deux camps. «Je parle aux deux partis maintenant» a-t-il improvisé. Il a rappelé aux démocrates que si Washington ne réduisait pas la dette et ne dépensait pas raisonnablement l'argent du contribuable, les familles ordinaires et la reprise seront les premiers à en pâtir. Dans le même temps, il a averti les républicains que s'ils refusaient de participer au gouvernement du pays, il leur ferait rendre des comptes -et s'ils ne suggéraient pas de nouvelles idées, il se ferait fort de rappeler au pays que celles qu'ils ont proposées autrefois n'ont pas fonctionné.

Devant les fortes pressions l'incitant à hausser le ton, Obama est resté fidèle à sa principale promesse de campagne-inaugurer un âge post-partisan et changer le ton de notre politique, quitte à prendre du temps. C'est le chemin vers une nouvelle décennie fructueuse, et non vers une décennie perdue.

Des choix difficiles

La deuxième année d'Obama, à l'instar de la première, ne lui réservera que des choix difficiles -la réforme du système de santé, le déficit, l'économie. Demander à l'un des camps de rester sérieux et à l'autre de mûrir un peu ne suffira pas forcément à donner des résultats. Mais le discours sur l'état de l'Union d'Obama nous offre une perspective rassurante et sensée à une époque marquée par l'angoisse.

Tous les présidents subissent des revers. Ce qui distingue ceux qui s'en remettent de ceux qui ne s'en remettent pas, c'est le courage de mettre en question l'orthodoxie et de résoudre les problèmes. Gérer le pays est une affaire sérieuse et la meilleure politique est celle des résultats. À une époque où règne la panique plus qu'à nulle autre, Washington ne doit pas l'oublier: la meilleure des vengeances, c'est de bien gouverner.

Bruce Reed, ancien conseiller du président Clinton, dirige le Democratic Leadership Council. Il a coécrit avec Rahm Emanuel The Plan: Big Ideas for Change in America. Vous pouvez lui écrire à [email protected]. Il se dévoile ici.

Bruce Reed

Traduit par Bérengère Viennot

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Image de Une: Obama /Reuters

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"Je ne laisserai pas tomber ces Américains"
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