Société / Monde

Ce qu'il faut savoir avant de tout plaquer et faire le tour du monde

Temps de lecture : 5 min

Vous n'aviez peut-être pas pensé à ça.

Prochain départ | Erik Odiin via Flickr CC License by
Prochain départ | Erik Odiin via Flickr CC License by

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Qu'est-ce que personne ne nous dit sur le fait de quitter son boulot et de partir faire le tour du monde?»

La réponse de Justin Manning, grand voyageur:

J’ai quitté mon travail aux États-Unis en 2012 et je viens seulement de me poser à nouveau, cette fois-ci au Canada, avec ma femme, notre petit chien et bientôt notre bébé, tous arrivés dans ma vie au fil des voyages. Voyager comporte beaucoup de bons côtés mais le voyage a aussi un côté plus sombre et je vais essayer d’évoquer cet aspect des choses.

Au cours des cinq dernières années, j’ai visité vingt-six pays avec l’espoir de trouver un coin où je pourrais me sentir chez moi, me trouver moi-même, et trouver l’aventure. Je me suis un peu trouvé moi-même, j’ai trouvé l’aventure, mais pas le sentiment d’être chez moi ou de trouver ma place et mon but.

Cinq choses plutôt négatives à savoir

Voilà ce que personne ne nous dit à propos du voyage:

1. Voyager peut vous faire sentir incroyablement seul ou seule. Mis à part quand j’avais un travail (comme enseigner l’anglais en Thaïlande) ou une activité régulière (telle que suivre des cours d’espagnol en Argentine), je ne rencontrais pas grand monde. Faire des activités coûte de l’argent (mes cours de langue me coûtaient plus que mon loyer), et on n’en trouve pas toujours quand on se trouve loin de tout. Je ne pourrais pas vous dire à quel point je me sentais seul dans certains endroits, et à ces moments-là je me sentais déprimé comme je ne l’avais jamais été auparavant. Si on considère en plus la barrière du langage, la solitude et l’isolation peuvent être encore plus forts.

2. Où qu’on aille, on ne peut pas vraiment changer de vie. Ma mère me le disait tout le temps, mais je ne l’ai compris qu’au moment où j’ai commencé à bouger tout le temps. Un nouvel endroit et une nouvelle expérience vont être une source d’excitation pendant quelque temps (quelques semaines, peut-être quelques mois), mais notre façon de penser et notre vision du monde reviendront toujours. On ne peut pas s’éloigner tout à fait de soi-même, et voyager ne va pas arranger comme par magie notre vie ou soudainement lui donner un sens.

3. Le voyage peut devenir l’addiction d’une vie. Je ne suppose pas que tout le monde fonctionne de la même façon, mais en ce qui me concerne, voyager est devenu une addiction. Quand je rentrais chez moi quelques mois, c’était pour finalement me rendre compte que rien ne vaut l’excitation d’être toujours sur le départ. Donc je repartais. J’ai fait l’aller-retour, la maison me manquant et retournant à mes racines un jour, avant que le lendemain je ressente le besoin de repartir voir quatre nouveaux pays. Je pouvais bien trouver un pays que j’adorais, mais je finissais par me lasser et vouloir passer une nouvelle frontière. J’ai parfois regretté d’avoir un jour connu le frisson du voyage, car son appel était si fort qu’il m’empêchait de m’investir dans un lieu en particulier.

4. Les gens ne comptent pas sur vous. On me demandait souvent «Tu es ici pour combien de temps?». Quand je revenais aux États-Unis, mes amis me demandaient pour combien de semaines ou de mois j’allais rester dans les parages, mais je pense vraiment qu’au bout d’un moment, ils ont cessé de vouloir s’investir dans une amitié profonde. Cela a fini par me permettre de voir quelles amitié passaient l’épreuve du temps et de la distance, mais cela a été difficile de voir que beaucoup finissaient par s’étioler. Par ailleurs quand je me faisais des amis dans un nouveau pays, ils savaient bien que je ne serais plus là quelques semaines ou mois plus tard. Nous comptons souvent sur nos amis parce que nous savons qu’ils seront toujours là année après année, mais cela n’est pas le cas quand on passe son temps à voyager.

5. On ne peut jamais former de racines. C’est bien simple, j’ai rencontré tous mes meilleurs amis par des activités comme la pratique de l’aviron à la fac, puis au travail, ce genre de choses, à chaque fois en passant au moins quatre ans au même endroit. En voyageant, je m’empêchais de former des racines et de construire des amitiés profondes. Nous avons besoin de gens et de lieux stables, et c’est perturbant de ne jamais en avoir.

Et les points positifs

Mais il faut voir l’autre côté des choses!

1. Voyager nous apprend l’aventure et nous donne un sentiment de liberté retrouvée. Il n’y a rien de mieux que de vendre toutes ses affaires et de ne plus se préoccuper que de son sac à dos. On peut littéralement aller à l’aéroport et partir là où on le sent. Il n’y a plus de loyer, de factures, de meubles pour nous retenir, et pouvoir voyager seul pendant un an permet aussi de retrouver un sentiment de confiance de soi.

2. On ne sait jamais qui on va rencontrer la semaine suivante. J’ai rencontré au Pérou celle qui est maintenant ma femme. Voyager avec elle a supprimé les points négatifs évoqués plus haut, voyager avec quelqu’un est bien plus facile. Je suis heureux d’avoir essayé de voyager seul pendant deux ans, mais bien plus heureux d’avoir continué de voyager avec elle pendant trois années de plus. Nous avons même adopté un chiot et conçu un bébé au Mexique, et cela va amener beaucoup de joie dans notre vie.

3. On ne sait jamais ce qu’on va trouver sur son chemin. En voyageant, j’étais très ouvert à toute nouvelle expérience. Je n’avais pas besoin de partir au travail ou de rentrer à la maison à une heure donnée, et pouvais me promener constamment à la recherche de nouvelles expériences. Au Caire, j’ai rencontré un homme qui était en gros le maire du village à côté des pyramides, nous avons discuté pendant des heures, il m’a guidé jusqu’au sphinx et m’a fait visiter des tombes qui ne sont pas ouvertes au public normalement. C’était incroyable! J’ai été invité à un mariage Thaï, à une fête au Laos, et vécu tant d’expériences incroyables lors desquelles des inconnus m’ont pris sous leur aile et fait partager leur culture.

Ne pas se fixer de limites et rester ouvert peut mener à des expériences formidables et en relisant mon deuxième point, je me dis après tout que j’ai trouvé où je me sens chez moi et trouvé un sens à ma vie, en plus d’avoir rencontré tant d’aventures au fil des voyages. Alors bon vent!

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