Jacques Attali: l'iPad ou l'hypermédia
Avec Steve Jobs, l'innovation n'est jamais dans un progrès technique spécifique, mais dans la combinaison d'innombrables innovations venues d'ailleurs, en un système capable de faciliter la vie.
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Parler, écouter, écrire, voir. Avec l'avènement de l'iPad, voici complété le carré nomade: le téléphone pour converser; l'iPod pour écouter de la musique; l'ordinateur portable pour écrire des textes, noter des rendez-vous et envoyer des messages écrits; l'iPad pour voir des films, lire des livres et des journaux. Les uns peuvent recevoir. Les autres permettent de partager. Tous permettent d'automatiser les fonctions remplies par des technologies plus anciennes: le téléphone et le gramophone datent environ de 1880, le télégraphe de 1780, le livre imprimé de 1480.
Chacun de ces quatre objets nomades correspond à une fonction essentielle de toute société. Avec à chaque fois la possibilité de stocker et de transporter des données de plus en plus complexes, formant bibliothèque, discothèque, photothèque, cinémathèque, vidéothèque, lieux autrefois sédentaires.
Le dernier venu, l'iPad, est un hypermédia. Il ne constitue pas une révolution technologique. Avec Steve Jobs (comme avec son inspirateur, Thomas Edison), l'innovation n'est jamais dans un progrès technique spécifique, mais dans la combinaison d'innombrables innovations venues d'ailleurs, en un système capable de faciliter la vie des gens. De fait, l'iPad est d'abord un ebook (livre électronique); il permet d'avoir enfin accès de facon conviviale à la lecture mobile de journaux et de livres, à la visualisation de photos et de films. Il correspond à une nécessité majeure du temps et va bousculer plus que jamais l'économie de l'écrit et de l'image. Il renvoie au désir de lire plusieurs livres en même temps, de feuilleter plusieurs journaux; à l'impatience devant l'information; au désir de simultanéité; au besoin de «et», à la place de «ou»; au cloud computing.
La nécessité de l'hyperlivre
Le livre électronique, si raillé il y a dix ans, devient une évidence. Les éditeurs de livres, de magazines, de journaux, de catalogues, ne pourront plus s'arcbouter sur les mérites incontestables du papier. Ils devront enfin, totalement, et très vite, repenser leurs modèles économiques. Ils devront comprendre qu'il devient possible pour les auteurs de devenir éditeur à peu de frais. Et en particulier qu'il devient possible, et nécessaire, d'inventer une nouvelle forme d'écriture, d'hyperlivre, d'hypermédia, mêlant l'écrit, le sonore et le visuel. Les éditeurs devront comprendre que la disparition du clavier et de la souris ouvre à des pistes formidables; en particulier, la possibilité de dessiner avec son doigt, mêlant le dessin aux messages. Ils devront comprendre aussi qu'il devient possible de voir commodément des films; de jouer, en ligne, en nomade, à des jeux vidéo multi-joueurs et d'utiliser l'infinie suite d'applications imaginées par des entreprises faisant partie de l'écosystème d'Apple, et même des applications de Google, comme le stupéfiant Google goggles (recherche à partir d'une photo).
Il en ira de même dans la presse. Ce n'est sans doute pas un hasard si la présentation de Steve Jobs a commencé par une vue de l'iPad affichant un article du New York Times. Et si le magazine Wired a annoncé une version de son site spécifique pour l'iPad. Bouleversement économique total qui complète et justifie l'apparition de sites d'informations comme Slate.fr. En attendant l'elearning (apprentissage en ligne) et le 3D sur l'iPad, qui viendra vite.
Il est peu vraisemblable que les quatre objets nomades survivent: on ne peut les porter tous sur soi ni les synchroniser en permanence. Certains disparaitront. Déjà, chacun des quatre tente de remplir, à sa facon, plus ou moins habile, certaines des fonctions des autres. Déjà, l'iPod s'efface devant l'iPhone.
En toute logique, si l'iPad est capable de fournir un écran convivial, sur lequel on pourra non seulement dessiner mais écrire commodément, il remplacera l'ordinateur portable. Au lieu de quatre, on n'aura alors plus que deux instruments. Et même un seul, si l'iPad pouvait se combiner avec une oreillette wifi, permettant de téléphoner commodément et de faire des vidéoconférences. Il deviendrait alors l'hypermédia absolu, permettant de travailler, de consommer, de se distraire et d'apprendre tout à la fois.
Prochaine étape, la garde-robe?
Apple n'en sera pas le seul acteur. Même s'il a une longueur d'avance. D'autres apparaitront. D'autres résisteront; en particulier, on peut l'espérer, Archos, qui avait tout compris, en France, sauf la nécessité de simplifier la vie de ses clients.
En attendant, reste à penser la facon de s'habiller pour pouvoir porter ces objets. Et si mon pronostic est exact, le prochain coup de génie de Steve Jobs devrait être d'inventer les vêtements permettant de transporter commodément et élégamment l'iPad, en attendant de pouvoir, avec les nanotechnologies, l'intégrer dans les vêtements eux-mêmes.
Jacques Attali
LIRE EGALEMENT SUR L'IPAD: L'iPad, la nouvelle révolution d'Apple, Les ordinateurs devraient être simples comme des grille-pains, Le discours de l'état de l'Union par Steve Jobs et Apple ou l'American iDol.
Image de Une: Le New York Times sur l'iPad Kimberly White / Reuters
Mis à jour le 28/01/2010 à 13h00























































En general, j'aime bien Mr Attali, a quelques grosses exceptions pres...
Dans ce cas precis, ne voir qu'un outil de lecture d'e-book, ou de redaction nomade de documents, etc. est un peu court.
L'iPad est le maillon terminal portable, dans des situations precises, du modele economique d'Apple en tant que conduit pour du contenu.
Selon que l'utilisateur, definitivement devenu nomade, se trouve a son bureau, dans son salon, a une table de cafe ou en mobilite complete a pied, il dispose d'un ecran, d'un terminal, de taille appropriee qui lui permet de recevoir du contenu qui lui est vendu par Apple, avec un droit de peage aujourd'hui de 30%.
A pied, il transporte son iPhone dans sa poche. A la terrasse d'un cafe ou dans son fauteuil, il sera plus statique et peut sortir l'iPad de sa housse et continuer a recevoir ce meme contenu, avec des possibilites accrues d'intervention de sa part.
A son bureau ou sa table de travail, en position assise, il ouvre son laptop et dispose d'encore plus de puissance et de capacites de stockage.
De maniere ultime, le travailleur sedentaire ou le particulier chez lui beneficie du maximum de confort sur un grand ecran 27" et d'une connectique complete.
Ensuite, que ces contenus digitaux soient de l'audio, du texte, de la video ou tout autre document electronique, est absolument secondaire.
Par contre, l'impact de ces terminaux sur les industries concernees, n'est absolument pas secondaire.
Quand aux commentaires "vestimentaires", cela me rappelle une epoque ou Mr Attali affirmait que le vetement du futur serait le "jogging" generalisé.
Dans votre liste de ceux qui n'ont rien innové mais tout simplement inventé vous pouvez rajouter le peintre Samuel Morse qui n'a inventé ni le télégraphe précédé par le français Chappe dont le principal apport était l’organisation d’un réseau terrestre de transport d’information ni le télégraphe électrique qui doit beaucoup plus aux travaux de savants comme André Marie Ampère ni même d’ailleurs l’alphabet qui porte son nom dû à Alfred Lewis Veil.
Le génie de Samuel Morse fût de concevoir un appareil simple à fabriquer et surtout de convaincre le congrès américain de financer la première ligne télégraphique entre Washington et Baltimore distant de 60 Km.
Plus récemment comment ne pas se souvenir de l’histoire du premier PC commercialisé par IBM et dont le système d’exploitation fut confié en 1981 à un jeune bricoleur nommé Bill Gates qui s’empressât acquérir les droits d'exploitation de 86-DOS à la société Seattle Computer Product (SCP) et de refuser le paiement cash d’IBM pour demander des royalties sur les ventes. On connaît la suite….
Oui, il ne faut pas survendre cette "innovation". La vraie force de Apple, c'est le marketing. L'iPhone, avant de sortir, existait déjà chez les autres et pourtant il a submergé le marché. Tout cela a un prix, élevé.
Merci M.Attali qui êtes crédibles sur ces sujets
Il est frappant de voir que la tablette Ipad est dans l'ensemble des rapports prospectifs depuis 30 ans
Si l'on reprenait les anciennes recherches du CNET ou les écrits de l'IDATE, de Forester, de Gartner on verrait se préciser au fur et à mesure, les contours de cette tablette des interfaces mobiles pour écouter, lire jouer, chanter et puis rire, parler sans avoir rien à dire comme dirait le poète.
Il est probable que la première description fine de ce qu'Apple sort aujourd'hui était déjà disponible à la fin des années 80 sur le bureau des managers de Sony, France Telecom ou Philips.
J'ai l'intime conviction que les conditions économiques pour un tel produit étaient réunies dés le début des années 2000 avec une couverture suffisante des réseaux adéquats pour disposer d'un premier marché.
Pourquoi France télécom, SFR ou Alcatel continuent à acheter des études si c'est pour laisser la maitrise de la vente des contenus à Apple ou Google. Il me semble pourtant en effet préférable pour ces sociétés qui ont la puissance pour faire mieux qu'Apple de participer à l'abaissement du prix unitaire des contenus en abaissant les péages par des volumes suffisants et d'arrêter de copier les chaines de TV où elles n'apportent aucune innovation réelle.
Je vois en effet un risque fort que le péage des contenus qui est l’enjeu du lancement soit fait à Cupertino quand nous avons en Europe le savoir faire pour définir des usages propriétaires ...
En résumé que nous pouvons collectivement faire pour montrer à France Telecom qu'en bon architecte il a tous les talents pour s'accaparer la définition des péages qui passent par l'innovation des interfaces, des services, des designs , et la capacité à faire rêver cette communauté
Benoit Deniau , directeur Clear Vista , Edition électronique et marketing de l’innovation.
Jacques Attali a raison de parler d'Archos dont le fondateur M. Choras sort régulièrement des produits très intéressants, un lecteur MP3 bien avant Apple ou un "tablet PC" avant Apple également; mais le marché français ne se compare en rien au Marché US, le capital-risque français non plus et surtout l'ingrédient design est capital pour Steve Jobs, il l'était moins au départ pour M. Choras!
La carte à puce de Roland Moreno a eu une chance inouïe pour une innovation française , le marché des cartes téléphoniques de France Telecom dès 1988, quelques annèes seulement avant l'expiration des premiers brevets!
Bonjour.
Je trouve que cet article manque cruellement de sens critique : où sont passés les défauts de l'iPad ? Ils sont nombreux pourtant :
Malgré les promesses d'Apple, le prix reste assez élevé, surtout si vous avez besoin d'une capacité de stockage importante (et oui, le multimédia, ça prend de la place). En plus du prix initial ($499 pour le moins cher), comptez encore une ou deux centaines de dollars si vous désirez la 3G, indispensable pour utiliser Internet n'importe où.
Ensuite, il faut payer l'abonnement. Vous parlez dans votre article de l'utilisateur qui possède les 4 produits Apple. Cela signifie un abonnement pour l'iPhone ET un abonnement pour l'iPad ? Vous avez de l'argent à dépenser, semble-t-il !
D'un point de vue technique, l'iPad semble être un iPhone, en plus gros, et sans la fonction téléphone. Tout comme l'iPhone, il n'est pas multitask (donc une seule application à la fois) et n'a ni port SD, ni port USB. La seule source de contenu serait donc Internet ou un réseau local en WiFi. Là encore, avec la technologie 3G, les débits sont souvent faibles, et donc assez inadaptés à tout le contenu multimédia décrit dans votre article.
En somme, rien de bien nouveau dans ce produit. Rien de bien utile ou plus pratique que ce que l'on a déjà non plus. Sauf que c'est du Apple, que c'est ludique, et donc, que ça a la classe.
Quelle est la durée de la batterie entre deux rechargements? C'est à ce jour l'un des principaux caractères à vérifier sur des appareils de ce genre.
S'il faut brancher un fil pour pouvoir l'utiliser plus d'une ou deux heure en plein régime, autant garder son ordinateur portable et un nokia 3310 à coté...
Apple annonce 10 heures mais comme toujours, c'est avec une utilisation spécifique (luminosité réduite, pas de WIFI) et une batterie neuve; en pratique, divisez par 2.
L'ipad n'est qu'un gros itouch, je ne vois pas ce qu'il y a de révolutionnaire en cela. En outre, le comparer à un livre électronique va un peu vite en besogne: cet écran émettant de la lumière, à la différence d'un vrai e-book, entraine fatigue visuelle et inconfort après plusieurs heures de lecture, exactement comme quand on essaie de lire un livre sur un écran d'ordinateur.
Bref, l'ipad me semble plus être un outil pour sufer sur le web depuis son divan, la montagne a accouché d'une isouris...
Le prochain coup de génie viendra des concurrents d'Apple, comme Amazon ou Yahoo, qui vont offrir gratuitement ce genre d'outils, qui n'est rien d'autre qu'un intermédiaire de consommation.
Sérieusement, je pense que le coup de génie d'Apple, aurait été d'offrir, avant les autres, cette tablette, car elle lie corps et âmes son possesseur avec la secte Apple.
C'est quand même un peu tôt pour avoir un avis définitif et tous ceux qui se sont exprimés avant moi, ont pris des risques.
S'il est difficile aujourd'hui —soyez honnête !— de tresser des couronnes de laurier ou d'appuyer sur la pédale de sa poubelle, on peut quand même parler de la façon d'en parler. Attendons avant de dire que "la montagne a accouché d'une souris" ou que "c'est la révolution".
Aujourd'hui, il y a un risque à vouloir appliquer une grille d'évaluation identique à celle qu'on appliquerait par exemple à un ordinateur. Par exemple, ne pas se focaliser sur le fait qu'il n'y a pas de port USB ou Ethernet.
L'un des commentateurs vient de regretter que le système d'exploitation de l'iPad (qui est celui de l'iPhone) ne permet pas le multi-tâches (quand plusieurs applications fonctionnent en même temps). Il est probable que cette limitation est voulue comme elle a été choisie pour l'iPhone. De ce fait, c'est plus simple à utiliser et beaucoup plus d'humains sauront s'en servir …et ça c'est bien. Les geeks (utilisateurs doués de matériel informatique ; élite ; happy few) ont suffisamment de joujoux pour s'épanouir. Place à monsieur ToutLeMonde.
Il ne faudrait pas qu'Apple se retrouve en situation de monopole. Ce ne serait bon pour personne. On a vu les effets négatifs de la suprématie de Microsoft.
@ LOTRE et DOCK
La batterie de l'iPad tiendrait 10 h selon le constructeur, et 1 mois en stand-by …… (si j'ai bonne mémoire).
Le processeur serait un A4 fabriqué par ARM et conçu par Apple qui a maintenant les capacités d'élaborer ses propres puces. Mais le terme de processeur est impropre. Il doit s'agir d'un SoC (System on Chip) pour réduire la consommation électrique et donc l'autonomie.
Le corps de métier d'Apple est plus étendu que la plupart de ses concurrents ce qui se révèle aujourd'hui comme une force. Présent à la fois sur le terrain du hardware (fabrication du corps des ordinateurs et des iBidules) et du software (systèmes d'exploitations de ces appareils, etc), tout en devenant une société de services (distribution de musique, et maintenant de livres, de vidéos …)
Comme VinceVN, je trouve Attali bien meiileur pour expliquer la geopolitique ou l'economie que les nouvelles technologies.
Pour ma part, je pense que l'ipad a peut etre une chance avec les vieux qui ont besoin de quelque chose de super simple. Email, internet tout est rendu tres tres simple (presque) sans bug ni virus.
Quant aux bobos et technophiles, ils ont adore l'Iphone OS sur leur telephone mais ils n'accepteront sans doute pas une si radicale simplification sur leur laptop, surtout pour se lier a une plateforme aussi ferme que celle d'Apple. Donc au final on a simplement une liseuse pour quelques centaines d'euros. Mais pourquoi faire, alors que l'on lit de moins en moins de livre et que les news et feeds payant sur l'Ipad auront un equivalent gratuit sur le net...
Une revolution technologique passe necessairement par une adoption en masse et cet iPad me semble decidement bien un produit de niche.
Wait and see...
" Ils devront comprendre qu'il devient possible pour les auteurs de devenir éditeur à peu de frais. Et en particulier qu'il devient possible, et nécessaire, d'inventer une nouvelle forme d'écriture, d'hyperlivre, d'hypermédia, mêlant l'écrit, le sonore et le visuel."
Mais ils n'ont rien compris, car ils ne veulent surtout pas comprendre.
Je suis l'auteur du premier manuel scolaire de SVT (biologie), niveau troisième, gratuit et libre. Plus de 30000 profs et élèves l'ont téléchargé et l'utilisent, de Montréal à Saigon.
Mais en France, hormis une poignée de collègues professeurs, peu ou pas de réactions, si ce n'est des discussions Jésuitiques sur le forum "national" sur lequel, depuis, "pour des raisons techniques", je ne puis plus me connecter...
Intérêt de ma hiérarchie de l'éducation nationale: néant.
Intérêt de mes proches collègues: néant (alors mêmes que nos élèves n'ont pas de manuel "papier", trop cher...)
Intérêt de l'administration: néant
intérêt des élèves: important, le manuel électronique est très utilisé par les plus travailleurs (comme tout manuel).
Je précise que ce manuel électronique mélange des textes, schémas, animations, extraits de film... J'attend de voir ce que va donner l'ipad pour l'y adapter, si possible, ainsi que le futur manuel de seconde que je suis en train de rédiger (et qui sera, lui aussi, libre et gratuit).
Mais nous n'aurons pas d'ipad dans l'éducation. Nous continuerons à recevoir des "dotations" que nous n'avons pas demandé, nous devrons utiliser tant bien que mal du matériel grandement inutile regroupé dans des salles "informes à TIC" sous utilisées 95 % du temps, reflet d'une vision passéiste, figée et centralisée d'une informatique conçue et vécue comme une pièce rapportée au lieu d'être intégrée dans les enseignements.
Au final, un énorme gaspillage de temps, d'argent et de talent pour, finalement, refuser le changement.
Par contre, le monde du libre, l'organisation qui pilote l'OLPC et quelques institus anglo-saxons ont, eux, réagits de façon positive.