Claude Allègre: l'ère des catastrophes naturelles
On aurait pu éviter des dizaines de milliers de morts en Haïti en y consacrant un peu d'argent et en préparant la population à un séisme prévisible et prévu.
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On se réunit en dépensant un demi-milliard de dollars dans le seul but de se concerter sur ce que sera le climat de la planète dans un siècle, mais on n'a pas été capable de dépenser cinq fois moins pour éviter un désastre prévu. En 2008, un colloque international s'est tenu en Haïti même pour mettre en garde les autorités sur l'imminence d'un séisme majeur dans l'île.
Depuis lors, rien n'a été fait. Ni sur le plan de l'organisation urbaine, ni sur le plan de l'éducation de la population. Certes, on ne pouvait pas reconstruire Port-au-Prince, mais on pouvait prendre quelques mesures qui auraient permis d'éviter 50.000 morts (sur les 150.000 qui est un chiffre minimum).
Nous savions qu'Haïti est située sur une faille majeure qui traverse le Nord de la Mer Caraïbe et est un élément essentiel de la tectonique des plaques dans cette région. Le silence sismique, c'est-à-dire l'absence de séismes mineurs, nous indiquait sans aucun doute que le séisme dévastateur allait se produire. Quand? C'est là bien sûr l'incertitude de la prévision séismique qui pourtant progresse chaque année. Les sismologues sont sans doute victimes de leur rigueur scientifique qui les incite à dire où sont les zones dangereuses mais qui se refusent à donner des fourchettes temporelles.
Sans doute n'ont-ils pas eu l'audace d'extrapoler leur savoir au-delà de la connaissance et annoncer des échéances de catastrophes. Ils n'ont pas constitué un comité international de l'ONU pour se réunir périodiquement en sonnant le tocsin de la peur, mais n'est-ce pas l'essence même de la science de dire ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas? Avec des moyens très insuffisants, l'étude scientifique des séismes a beaucoup progressé depuis vingt ans grâce notamment à l'émergence d'une discipline nouvelle, la séismo-tectonique, qui combine géologie et géophysique. On sait à coup sûr déterminer les zones à risques et les endroits les plus menacés. On peut espérer que les progrès permettront d'ici dix ans d'estimer la date future des séismes à quelques années près. En attendant, il faut préparer les zones à risque à s'adapter à l'inévitable. C'est la véritable précaution (à quoi sert le principe si lorsqu'on sait on ne fait rien).
Y'aura-t-il d'autres tremblements de terre dans la zone caraïbe? Sans aucun doute et ils seront plus gros et certains plus meurtriers. L'un d'entres eux aura lieu au large de Pointe-à-Pitre. La Guadeloupe doit s'y préparer -et tant bien que mal s'y prépare un peu depuis vingt ans- mais le désastre haïtien nous invite à ne pas relâcher les efforts de prévention et d'éducation.
D'autres auront lieu à Saint Domingue et à l'est de la Jamaïque. Leur occurrence est une certitude, leur date une totale incertitude (dix ans? trente ans?).
En attendant, il va falloir reconstruire une partie d'Haïti. Cette reconstruction ne peut se faire qu'en deux phases. L'une immédiate qui ne peut être que basée sur des constructions légères, préfabriquées pour parer au plus pressé. Une phase à long terme qui bien sûr impliquera des constructions parasismiques mais d'abord un aménagement lourd des collines qui entourent Port-Au-Prince qui va demander d'ouvrir un véritable aménagement du territoire et demandera dix ans.
D'une manière plus globale, il faut prendre conscience que les séismes vont tuer de plus en plus de monde parce que la démographie mondiale galopante incite les populations à envahir des zones à risques, parce que ces zones sont souvent les plus riches, notamment en terme agricoles.
Il est nécessaire de se préparer techniquement tant en ce qui concerne la prévention (construction parasismique) que les moyens d'interventions rapides. Quels que soient les qualités, le dévouement et la détermination des sauveteurs, force est de constater que la communauté internationale n'est pas véritablement prête a affronter ces situations qui vont se multiplier. A quand les containers hôpitaux, les tentes gonflables héliportés, les dispensaires installés en une demi-heure, les stocks de nourritures et d'eau prêts a être largués dans des containers héliportés?
L'époque des catastrophes naturelles est arrivée. Ce n'est pas parce que la Terre gronde davantage, c'est parce que la Terre se peuple très vite. À nous de nous y préparer. C'est plus urgent que le climat dans 100 ans!
Claude Allègre
LIRE EGALEMENT SUR LES CATASTROPHES NATURELLES: Le séisme d'Haïti n'a rien d'étonnant, Prévoir les séismes, pour quoi faire? et Reconstruire Port-au-Prince en mieux.
Image de Une: Port-au-Prince après le tremblement de terre Jorge Silva / Reuters
Mis à jour le 28/01/2010 à 11h24













































Bonjour M. Allègre,
vous avez entièrement raison à ce sujet et il faut comprendre les scientifiques qui ne veulent pas donner de fourchettes temporelles pour leurs séismes.
De peur d'être traités de Cassandre ou pire, de ne pas voir la catastrophe prévue arriver et se faire traiter d'agitateur et de provocateur de panique et d'être mis au pilori, ils préfèrent garder le silence.
Les élites locales ne se sentent absolument pas concernées et espèrent que ça arrivera après leur mandat. Comme un enfant qui se brûle alors qu'on lui dit que la casserole est chaude, ces personnes ne peuvent pas comprendre nos préoccupations et souvent, ne veulent pas les comprendre.
Celà fait 13 ans que je donne des conférences sur le réchauffement climatique en l'abordant par le biais de la paléoclimatologie. Tout au début les gens se moquaient de moi. Ils rient moins maintenant qu'ils remarquent que ce qui se passe actuellement est plus proche de ce que je disais que de ce que prédisaient les soi-disant experts subventionnés.
Heureusement, il reste des gens comme nous, vous le chercheur et moi le vulgarisateur pour essayer de faire passer les messages mais avec quelles difficultés!!!
Enfin on aborde la cause de tous nos maux!
J'espére que Slate va faire des articles sur l'explosion démographique, car la prise de conscience générale à ce niveau n'est pas encore faite, hélas!
Totalement d'accord. Pourquoi aucun chef d'Etat n'a-t-il encore proposé de mettre en place une sécurité civile internationale, sous l'égide de l'ONU? Les catastophes naturelles ne sont pas si rares que cela, et le recours à l'armée est complétement inadapté.
Des équipes de sécurité civile prépositionnées dans chaque régions du globe, avec matériel et moyens, permettraient se déplyer en quelques heures sur des zons sinistrées, puis coordonner les efforts des ONG. Cela éviterait accessoirement toute polémique sur les ingérences néo-colonialistes ou autres parasitismes qui nuisent aux premiers secours.
CA - « En 2008, un colloque international s'est tenu en Haïti même pour mettre en garde les autorités sur l'imminence d'un séisme majeur dans l'île […] mais on pouvait prendre quelques mesures qui auraient permis d'éviter 50 mille morts (sur les 150 mille qui est un chiffre minimum). »
Vous parlez d’Haïti comme si c’était encore une colonie française. Comme si Haïti fonctionnait sur le mode de l’administration française et vous reprochez en fait au gouvernement haïtien de ne pas avoir pris les « mesures nécessaires » suite au colloque de 2008.
Avec quels moyens ?
Dans un pays ou l’inflation est élevée, avec un déficit commercial important ou l’insécurité empêche l’investissement de se développer, et des infrastructures limitées. Vous pensez que dans ce chaos politique et structurel de l’ile, un simple claquement de doigt suffisait pour prendre des mesures de précautions et les faire appliquer ?
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CA - « En attendant, il va falloir reconstruire une partie d'Haïti […] mais d'abord un aménagement lourd des collines qui entourent Port-Au-Prince qui va demander d'ouvrir un véritable aménagement du territoire et demandera dix ans. »
En matière d’urbanisme et d’aménagement d’un territoire, les projets se font sur des durées bien plus longues que celle que vous avancez. Ils se font sur 20,30 ou 50 ans. Dans 10 ans (oubliez les collines) il n’y aura certes en Haïti, des constructions légères et quelques bâtiments publics, mais il faudra bien plus de temps pour reconstruire en dur, qui plus est si on veut des constructions avec des normes parasismiques. Tout ceci étant conditionné à des financements conséquents, au développement d’infrastructures (routes, réseaux d’eau, d’électricité, de communication, etc.) permettant l’acheminement et le transport de matériels et de matériaux, ainsi qu’à une organisation structurelle et administrative en état de marche.
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CA - « D'une manière plus globale, […] parce que ces zones sont souvent les plus riches notamment en terme agricoles. »
C’est la concentration de la population en un lieu donné, en l’occurrence dans les villes qui fait que cela tuera plus de monde. Votre propos qui revient à dire que les zones à risque sont les zones agricoles.., A défaut d'être compréhensible, c’est idiot ! Quand on sait que dans tous les pays du monde (Haïti n’échappe pas à la règle) on assiste à un mouvement de population de la campagne vers la ville...
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CA - « Quels que soient les qualités, […], les stocks de nourritures et d'eau prêts a être largués dans des containers héliportés? »
C’est un point sur lequel je suis d’accord avec vous, cependant pour être efficace au delà de l’aspect matériel, il faudra bien trouver le moyen de mettre en place une véritable structure internationale de coordination des moyens de secours pour pouvoir affronter n’importe quel type de catastrophe, ou qu’elle soit.
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CA - « L'époque des catastrophes naturelles est arrivée. »
Ce n’est pas non plus la fin du monde, et vous n’allez pas non plus, vous, vous mettre à faire du catastrophisme écologique !