Monde

Claude Allègre: l'ère des catastrophes naturelles

Claude Allègre, mis à jour le 28.01.2010 à 11 h 24

On aurait pu éviter des dizaines de milliers de morts en Haïti en y consacrant un peu d'argent et en préparant la population à un séisme prévisible et prévu.

On se réunit en dépensant un demi-milliard de dollars dans le seul but de se concerter sur ce que sera le climat de la planète dans un siècle, mais on n'a pas été capable de dépenser cinq fois moins pour éviter un désastre prévu. En 2008, un colloque international s'est tenu en Haïti même pour mettre en garde les autorités sur l'imminence d'un séisme majeur dans l'île.

Depuis lors, rien n'a été fait. Ni sur le plan de l'organisation urbaine, ni sur le plan de l'éducation de la population. Certes, on ne pouvait pas reconstruire Port-au-Prince, mais on pouvait prendre quelques mesures qui auraient permis d'éviter 50.000 morts (sur les 150.000 qui est un chiffre minimum).

Nous savions qu'Haïti est située sur une faille majeure qui traverse le Nord de la Mer Caraïbe et est un élément essentiel de la tectonique des plaques dans cette région. Le silence sismique, c'est-à-dire l'absence de séismes mineurs, nous indiquait sans aucun doute que le séisme dévastateur allait se produire. Quand? C'est là bien sûr l'incertitude de la prévision séismique qui pourtant progresse chaque année. Les sismologues sont sans doute victimes de leur rigueur scientifique qui les incite à dire où sont les zones dangereuses mais qui se refusent à donner des fourchettes temporelles.

Sans doute n'ont-ils pas eu l'audace d'extrapoler leur savoir au-delà de la connaissance et annoncer des échéances de catastrophes. Ils n'ont pas constitué un comité international de l'ONU pour se réunir périodiquement en sonnant le tocsin de la peur, mais n'est-ce pas l'essence même de la science de dire ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas? Avec des moyens très insuffisants, l'étude scientifique des séismes a beaucoup progressé depuis vingt ans grâce notamment à l'émergence d'une discipline nouvelle, la séismo-tectonique, qui combine géologie et géophysique. On sait à coup sûr déterminer les zones à risques et les endroits les plus menacés. On peut espérer que les progrès permettront d'ici dix ans d'estimer la date future des séismes à quelques années près. En attendant, il faut préparer les zones à risque à s'adapter à l'inévitable. C'est la véritable précaution (à quoi sert le principe si lorsqu'on sait on ne fait rien).

Y'aura-t-il d'autres tremblements de terre dans la zone caraïbe? Sans aucun doute et ils seront plus gros et certains plus meurtriers. L'un d'entres eux aura lieu au large de Pointe-à-Pitre. La Guadeloupe doit s'y préparer -et tant bien que mal s'y prépare un peu depuis vingt ans- mais le désastre haïtien nous invite à ne pas relâcher les efforts de prévention et d'éducation.

D'autres auront lieu à Saint Domingue et à l'est de la Jamaïque. Leur occurrence est une certitude, leur date une totale incertitude (dix ans? trente ans?).

En attendant, il va falloir reconstruire une partie d'Haïti. Cette reconstruction ne peut se faire qu'en deux phases. L'une immédiate qui ne peut être que basée sur des constructions légères, préfabriquées pour parer au plus pressé. Une phase à long terme qui bien sûr impliquera des constructions parasismiques mais d'abord un aménagement lourd des collines qui entourent Port-Au-Prince qui va demander d'ouvrir un véritable aménagement du territoire et demandera dix ans.

D'une manière plus globale, il faut prendre conscience que les séismes vont tuer de plus en plus de monde parce que la démographie mondiale galopante incite les populations à envahir des zones à risques, parce que ces zones sont souvent les plus riches, notamment en terme agricoles.

Il est nécessaire de se préparer techniquement tant en ce qui concerne la prévention (construction parasismique) que les moyens d'interventions rapides. Quels que soient les qualités, le dévouement et la détermination des sauveteurs, force est de constater que la communauté internationale n'est pas véritablement prête a affronter ces situations qui vont se multiplier. A quand les containers hôpitaux, les tentes gonflables héliportés, les dispensaires installés en une demi-heure, les stocks de nourritures et d'eau prêts a être largués dans des containers héliportés?

L'époque des catastrophes naturelles est arrivée. Ce n'est pas parce que la Terre gronde davantage, c'est parce que la Terre se peuple très vite. À nous de nous y préparer. C'est plus urgent que le climat dans 100 ans!

Claude Allègre

LIRE EGALEMENT SUR LES CATASTROPHES NATURELLES: Le séisme d'Haïti n'a rien d'étonnant, Prévoir les séismes, pour quoi faire? et Reconstruire Port-au-Prince en mieux.

Image de Une: Port-au-Prince après le tremblement de terre  Jorge Silva / Reuters

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