Boire & manger / Monde

Non, le rosé espagnol n’est pas «l’arnaque du siècle»

Temps de lecture : 3 min

Lundi, le quotidien Le Parisien/Aujourd'hui en France s'émouvait d'un trafic de rosé: du vin espagnol était vendu sous étiquette française. Le pinard ibère est-il forcément de la piquette? Spoiler: non.

Raisin | Maja Petric on Unsplash
Raisin | Maja Petric on Unsplash

Un drame gaulois. On a osé toucher au plus précieux de nos patrimoines: le vin, le vrai, le français. Le Parisien/Aujourd'hui en France en a fait sa une lundi 9 juillet: «L’incroyable fraude au rosé». Le quotidien y raconte comment la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a constaté une fraude massive touchant plus de 10 millions de bouteilles. L’escroquerie est simple: on vend un rosé espagnol sous étiquette française.

Pour être plus précis, il faudrait dire que l’on fit passer du petit rosé espagnol à bas prix pour du petit rosé français à bas prix. L'ibère étant moins cher, principalement parce que la situation économique de l’Espagne n’est pas celle de la France. En bref, on échange un mauvais vin par un autre mauvais vin.

Le vin n'y est pour rien

Il serait donc judicieux de ne pas se tromper d’ennemi. Si les médias se scandalisaient en boucle, lundi après le scoop du Parisien sur cette «arnaque du siècle», comme le titre un brin outrancier le quotidien français, le problème n’est pas le vin espagnol. Même si ce «vin espagnol» ramené à sa nature ontologique, fut considéré comme le mauvais élève dans les commentaires, tout au long de la journée. Une piquette reste une piquette, quelle que soit son origine, et on trouve des grands vins un peu partout.

Il est bon de rappeler que les seuls vrais coupables de cette histoire sont les importateurs français, ceux qui nous ont trompés sur l’origine d’un produit, et que l’Espagne est un producteur de vin plus que respectable puisque la péninsule est le plus grand vignoble du monde depuis 2013 (975.000 hectares cultivés en 2016 contre 785.000 en France).

Pour les Espagnols non plus il n’y pas que la taille qui compte. Leurs vins rouges, notamment l’appellation d’origine contrôlé Rioja, est de plus en plus apprécié par les spécialistes. De même pour le blanc, dont l'AOC Rueda, proche de nos sauvignons, est l’assurance d'une qualité constante.

Et le rosé, le méchant rosé espagnol, n’est pas en reste non plus. Certes, le «rosado» de piètre qualité vendu en masse pour des prix défiant toute concurrence abonde le marché, mais c’est aussi à cela que tient une économie aussi imposante, et les Français ne sont d’ailleurs pas les derniers à faire de même.

Des bijoux à découvrir

À côté de ces rosés de basse qualité, on en trouve d'excellente qualité en Espagne aussi. Ceux issus de l’appellation Rioja font par exemple leurs preuves d’une années à l’autre. En témoigne l’original Marqués de Murrieta Primer Rosé 2016 aux arômes de céréales et dont la production fut limitée à 9.000 bouteilles, noté 94 sur 100 par la très respectée revue gastronomique Sobremesa.

Pour un bon rosé ibérique, on conseille aussi d’aller vers la région de Navarre. Il suffit de seulement dix euros pour s'offrir un Chivite Las Fincas, un rosé gastronomique particulièrement apprécié des connaisseurs et élaboré par le grand caviste Julián Chivite et le non moins grand chef Juan Mari Arzak.

On pourrait vous parler de la célèbre élégance du Flor de Muga, Rioja fait à partir de grenaches vieilles de 70 ans. Ou du catalan Jean Leon 3055, provenant de vignes plantées à 600 mètres d’altitude et dont le drôle de nom ramène à l’histoire personnelle du vigneron, espagnol qui a vécu clandestinement aux États-Unis, d’abord en tant que chauffeur de taxi, immatriculé «3055».

La liste, évidemment, est longue. Comme celle des mauvais rosés, français ou espagnols. Cette histoire de fraude, à imputer aux Français, il est toujours bon de le rappeler, ne doit définitivement pas nous pousser à boycotter la très dense culture du vin qui sévit de l’autre côté des Pyrénées.

Et devrait même nous inciter à la découverte, histoire de redorer le blason de vignerons d’exceptions dont la finesse des productions rosées a de quoi faire pâlir leur plus proche voisin.

Thomas Deslogis Journaliste

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