Politique

Macron, ou le mec qui a un espoir de dingue

Temps de lecture : 3 min

Emmanuel Macron a tenu le 9 juillet son discours annuel devant les parlementaires réunis en Congrès au château de Versailles, avec un optimisme qui heurte les installés dans la déprime nationale.

Emmanuel Macron arrive à Versailles, le 9 juillet 2018. | Charles Platiau / Pool / AFP
Emmanuel Macron arrive à Versailles, le 9 juillet 2018. | Charles Platiau / Pool / AFP

Toute la difficulté d’Emmanuel Macron s’explique très simplement: les Français et Françaises ne parviennent pas à sortir de trente ans d’impuissance face au chômage. Au fond d’elles et eux, dans les têtes, dans les reins, la cause est perdue –et on le ressent de différentes manières.

Une part d'entre nous estime que la France est irréformable et sa décadence inévitable, une autre que le capitalisme mondialisé détruit tous les systèmes sociaux, irrémédiablement. Selon d'autres encore, la planète va de mal en pis et le progrès est devenu mauvais. Pour tous, les enfants vivront moins bien que leurs parents.

La solidarité française, quelle solidarité française?

Le chômage de masse durable a engendré le pessimisme; il s’est durci au fil des décennies, il s’est transformé en granit. Aucun autre pays ne partage une vision aussi noire, où la méfiance est une règle de vie et où le chacun pour soi est le seul salut. La solidarité française? La défense du système social? Tu parles! Du baratin de défilé. Des prétextes à ne rien changer.

Le formidable livre sur Les Français, le bonheur et l’argent des économistes Yann Algan, Elizabeth Beasley et Claudia Senik a levé le voile. Tous les sondages ne disent plus qu’une chose de cette France peureuse: moi d’abord, ne compte que mon pouvoir d’achat. Ne le touchez surtout pas!

Pour les innombrables cohortes d’élues et élus de toutes sortes, les rentiers du système, les syndicalistes conservateurs, les révolutionnaires sans solution et les médias en mal de mauvaises nouvelles, Emmanuel Macron tient un discours «hors sol».

Il dérange le confort du déclin dont ils se nourrissent goulûment depuis toutes ces années. Mais surtout, il croit que l'on peut vaincre le chômage, il croit que la France est un grand pays, il croit en l’Europe, il croit en l’avenir –des espoirs de dingue.

Un tournant social, quel tournant social?

Le discours de Versailles n’aura sans doute pas ébranlé le granit du doute. «J’ai le devoir de viser haut», dit le président, qui vante «le projet français fondement d’hommes et de femmes libres» et qui affirme que «la voix de la France est forte». «La France n’est pas une puissance moyenne». Mais pour qui il se prend, le Jupiter?

Tout ce baratin n’a en vérité qu’un seul but: cacher qu’il rogne de cinq euros les APL et qu’il va remettre en cause les pensions de reversions. Tout ce blablabla des «valeurs humanistes» n’est que l’écran de fumée pour monopoliser le pouvoir, pour décider seul, pour écraser les corps intermédiaires et les parlementaires. Jupiter, on vous dit, et Jupiter de droite. Versailles ou pas, il n’y a rien à ajouter.

D’ailleurs, les cohortes n’attendaient qu’une chose: un tournant social. Rien d’autre ne les intéressait et elles n’avaient d’oreille que pour cela. Avez-vous entendu dans le discours une mesure concrète de tournant social? Non, à part l’aveu d’échec qu’est la convocation des partenaires le 17 juillet. Rien ne convainc plus chez ce Macron. Son compte est bon.

Des remises en cause, quelles remises en cause?

Et puis, en plus, si on y regarde à deux fois, Emmanuel Macron dérange vraiment les petites habitudes des rentiers du système. Il parle de «cohérence d’ensemble», ce qui déjà est ennuyeux pour des gens qui vivent du «tohu-bohu».

Mais ensuite, que dit-il? Trois choses. Un: la force de l’économie est le socle du projet de justice sociale. Deux: le système social doit être «universel et responsabilisant». Trois: la «peur civilisationnelle» (le déclin, l’immigration) a pour réponse la République, avec «des droits et des devoirs». Entendez-vous? Ce sont des remises en cause radicales!

On traduit. Un, aider les entreprises, ce n’est pas aider les riches. Quelle vérité bien ennuyeuse! Deux, les statuts doivent sauter, parce que la France ne souffre pas tant d’inégalités de revenus que «d’inégalités de destins» –les enfants de profs ont plus de chance de réussite scolaire que les autres. Quelle infamie que de le dire! Trois: le nationalisme est une impasse, la solution est l’Europe. Quelle bêtise que de nous ressortir ce vieux machin, alors qu’il suffit de décider de la fermeture des frontières!

Le projet français «a été perdu par frilosité», dit Emmanuel Macron. Il avait parlé, précédemment, de l’esprit pétainiste. Il croit, lui, tout au contraire aux courageux «qui osent». Il est dingue, ce mec.

Eric Le Boucher Cofondateur de Slate.fr

Newsletters

Quel effet Coupe du monde pour les présidents?

Quel effet Coupe du monde pour les présidents?

1998-2018, vingt ans ont passé depuis la première victoire de la France en Coupe du monde de foot. Aujourd’hui, tout l’espoir d’un peuple repose sur les Bleus. Le jour de gloire n’est pas encore arrivé, mais le bonheur d’y croire emporte tout un...

Les décisions impulsives de Trump en politique étrangère se retournent contre lui

Les décisions impulsives de Trump en politique étrangère se retournent contre lui

Le retour de bâton risque de faire mal.

À quoi servent les 21 députées et députés non inscrits de l'Assemblée nationale?

À quoi servent les 21 députées et députés non inscrits de l'Assemblée nationale?

La réforme des institutions est au centre des travaux actuels du Parlement qui, réuni en Congrès, va entendre le président de la République. Isolés et esseulés, ces députés et députées sans groupe siégeront à Versailles. Qui sont-ils?

Newsletters