Politique / Monde

Les décisions impulsives de Trump en politique étrangère se retournent contre lui

Temps de lecture : 6 min

Le retour de bâton risque de faire mal.

Donald Trump à son arrivée sur la base des forces canadiennes à Bagotville, au Canada, à l'occasion du G7, le 8 juin 2018 | Lars Hagberg / AFP
Donald Trump à son arrivée sur la base des forces canadiennes à Bagotville, au Canada, à l'occasion du G7, le 8 juin 2018 | Lars Hagberg / AFP

Au cours des derniers mois, Donald Trump a semblé croire qu’il commençait à bien maîtriser la politique étrangère. Le président américain a effectué quelques coups d’éclats dramatiques sans précédent qui ont défié le consensus des experts et de ses propres conseillers et se sont révélés à ses yeux autant de grandes victoires.

Il y a eu la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël puis le déplacement de l’ambassade des États-Unis, son retrait de l’accord sur le nucléaire iranien, ses menaces de hausse des tarifs douaniers contre les marchandises chinoises et les produits métalliques européens et nord-américains, et surtout bien sûr son sommet de Singapour avec le leader nord-coréen Kim Jong-un.

En chemin, Trump s’est débarrassé de ses conseillers aux idées les plus orthodoxes, tels que le conseiller à la sécurité nationale H.R. McMaster, le conseiller économique Gary Cohn, le secrétaire d’État Rex Tillerson, et semble avoir marginalisé le secrétaire à la défense James Mattis. Après tout, pourquoi devrait-il écouter tous ces gens? Il s’est détourné de leurs conseils encore et encore et tout s’est toujours bien passé. «Les événements ont évolué d’une façon qui a donné au président une confiance accrue en son instinct pour ces trois types de questions», a révélé un haut-fonctionnaire au Washington Post en mai.

Pari absurde

Mais cela ne marchera pas toujours aussi bien. Trump aime les actions dramatiques qui font plaisir à ses soutiens, défient ses critiques et humilient ses prédécesseurs. Rentrer dans les détails ou évaluer les conséquences de ses actes ne l’intéresse pas. Récemment, il a eu à en assumer les conséquences et ça, le président ne le gère pas toujours bien. Trump s’est lancé dans des règlements de comptes en série sur Twitter: avec Harley-Davidson et en même temps, avec les pays de l’OPEP, parce que les lois de l’économie de marché ne se pliaient pas à sa volonté.

Dans le cas de Harley, l’entreprise avait provoqué la colère de Trump en annonçant qu’elle délocaliserait une partie de la production de motos destinées à l’Europe de façon à éviter les tarifs douaniers imposés par l’UE en réaction aux mesures imposées par Trump –une décision économique tout à fait prévisible vu l’état actuel du marché.

En ce qui concerne l’OPEP [Organisation des pays exportateurs de pétrole, ndlr], Trump est mécontent parce que l’organisation et notamment l’Arabie saoudite, son leader de fait, ne veulent pas augmenter la production pour enrayer la hausse des prix. Il y a plusieurs raisons à cette hausse, notamment l’instabilité en Libye et les sanctions contre le Venezuela. Mais le principal facteur en est les efforts répétés des États-Unis pour réduire considérablement les exportations iraniennes de pétrole (qui représentent aujourd’hui environ 2% de la production mondiale) depuis leur propre retrait de l’accord sur le nucléaire iranien. L’administration Trump veut obliger les acheteurs à réduire à zéro leurs achats de pétrole iranien avant novembre, ce qui affecte les marchés, comme on pouvait s’y attendre.

Dans les deux cas, Trump semble avoir fait le pari que ses relations personnelles empêcheraient que ses décisions se retournent contre lui. Lors d’une réunion à la Maison-Blanche peu de temps après le début de sa présidence, il avait fait l’éloge des dirigeants de Harley-Davidson pour leur rôle dans sa victoire dans le Wisconsin pendant l’élection et avait désigné l’entreprise comme une «vraie icône américaine, une des plus grandes».

La victoire politique avant tout

Sa proximité avec la famille royale saoudienne a également été abondamment commentée et discutée. Dans un tweet publié le 30 juin, il semblait sous-entendre que le roi Salmane avait accepté d’augmenter la production lors d’une conversation privée.

Apparemment, cela n’a pas été le cas. Trump a également placé beaucoup d’espoirs dans son «excellente relation» avec Kim Jong-un, développée lors de leur rencontre d’une journée en juin dernier. Trump a déclaré depuis cette rencontre que Kim avait accepté «une dénucléarisation totale» de la Corée du Nord.

Mais depuis, le secrétaire d’État Mike Pompeo s’est rendu en Corée du Nord pour en préciser les modalités, dans un contexte où plusieurs éléments indiquent que la Corée du Nord ne prend pas réellement de mesures pour se dénucléariser. Cela ne devrait pas être une surprise étant donné que la Corée du Nord n’a pas réellement accepté de prendre de telles mesures, et ne s’est en fait que prononcée pour l’objectif à terme de «dénucléarisation complète de la péninsule coréenne», un concept nébuleux qui prête à de nombreuses interprétations. Trump ne s’est pas encore emporté contre Kim, mais il est difficile d’imaginer qu’il reste assis sagement si les preuves de non-coopération s’accumulent.

Pompeo n’est pas le seul haut-responsable de l’administration Trump actuellement en mission de limitation des dégâts. Le gendre de Trump Jared Kushner et l’envoyé spécial pour le Moyen-Orient Jason Greenblatt ont effectué une visite en Israël, en Égypte et en Arabie saoudite pour évaluer les réactions à une proposition de plan de paix pour le Moyen-Orient qui devrait apparemment être publié prochainement.

Un problème, et non des moindres: les leaders palestiniens n’ont même pas souhaité rencontrer Kushner ou un des responsables de l’administration Trump depuis sa décision au sujet de Jérusalem. Les chances que Trump et Kushner puissent forger l’«accord ultime» pour assurer la paix au Moyen-Orient n’ont jamais été grandes, mais là encore, le président des États-Unis avait préféré à la possibilité d’une avancée diplomatique à long terme une victoire politique à court terme.

Recherche de moments spectaculaires

Les semaines à venir offriront de nouvelles opportunités de paris à forts enjeux. Une guerre commerciale avec la Chine commence avec l’introduction de tarifs douaniers. Le sommet de l’Otan de la semaine prochaine est voué à être une nouvelle rencontre sous tension entre Trump et les alliés des États-Unis. Et bien sûr, il y aura un grand sommet avec Vladimir Poutine le 16 juillet à Helsinki. Trump a déjà limité les espoirs potentiellement suscités par cette rencontre, à la fois en acceptant l’annexion de la Crimée par Poutine et en clarifiant sa volonté de rencontrer Poutine seul à seul, sans conseillers politiques à ses côtés.

Les constantes de la politique étrangère de Trump: sa recherche de moments spectaculaires sous les feux des projecteurs de la scène internationale et les reproches qu’il adresse aux autres lorsque ses actions mènent à des conséquences aussi indésirables que prévisibles. Cela aurait apparemment pu être bien pire: selon une information d’Associated Press assez terrifiante, l’été dernier, plusieurs conseillers de haut niveau, dont McMaster et Tillerson auraient été obligés de convaincre Trump de ne pas suivre son désir d’envahir le Venezuela. Mais qui sera là pour le convaincre la prochaine fois qu’il aura une telle idée?

Joshua Keating Journaliste

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