Sciences

L'été sans climatisation dans un pays très chaud

Temps de lecture : 6 min

De bonnes idées inspirées de la culture indienne.

Un homme dans Cubbon Park, à Bangalore, Inde | Manjunath Kiran / AFP
Un homme dans Cubbon Park, à Bangalore, Inde | Manjunath Kiran / AFP

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Comment faisions-nous face à la chaleur intense de l’été avant la climatisation?»

La réponse de Shefaly Yogendra, de l’université de Cambridge:

Il existe deux types de chaleur intense: la chaleur sèche et la chaleur humide. En Inde, j’ai été confrontée aux deux pendant mon enfance et au début de ma vie d’adulte. Voici ce que j’ai pu observer.

Il n’y a pas de formule magique pour faire face à la chaleur intense, mais plutôt un écosystème complet de théories et de pratiques. J’ai évoqué certaines de ces pratiques dans une ancienne réponse portant sur le sujet de la «sensibilité tropicale».

Bâtiments

Les maisons en béton d’aujourd’hui sont longues à chauffer et à rafraîchir. Les anciennes maisons, au contraire, étaient construites de telle façon qu’il était plus facile de rester à l’intérieur quand il faisait très chaud. Les plafonds étaient hauts et les fenêtres orientées de manière à laisser entrer la brise. Dans les très vieilles maisons, bâties avant l’électricité, on trouvait de grands éventails équipés de longues cordes que les habitants ou leurs domestiques agitaient dans un mouvement semblable à celui d’une cloche que l’on sonne. Cette méthode fonctionne par temps sec ou humide.

Dans les maisons à toit plat, on rafraîchissait l’atmosphère en jetant de l’eau sur la toiture après le coucher du soleil. L’eau s’évaporait rapidement, mais la température dans les pièces était plus supportable. Il n’était pas rare de voir les gens dormir sur les terrasses de toit à l’air libre, sur des tapis ou de fins matelas étalés à même le sol ou sur des lits de camp. Après minuit, la température redescend et, au petit matin, il fait parfois vraiment très frais.

Dans les maisons construites pour résister à la chaleur, les fenêtres étaient orientées de façon à laisser entrer la brise. À l’extérieur, on installait des persiennes afin d’éviter les rayons directs du soleil et, à l’intérieur, on laissait les volets ouverts. On procède encore de la sorte dans les régions chaudes de l’Europe méditerranéenne. C’est aussi une bonne solution par temps humide.

Dans sa réponse, Archie D’Cruz évoque les bâdgirs, ou tours du vent. Le Hawa Mahal –littéralement le palais du vent– à Jaipur a le même usage. Dans les régions plus reculées, où les femmes restaient à la maison ou ne sortaient pas sans être accompagnées, le jaali leur permettait de regarder dehors sans être vues. Le jaali faisait partie intégrante de l’architecture islamique et moghole; on le retrouve dans des bâtiments tels que le Taj Mahal en Inde, à Kerala et dans des zones plus humides de l’Inde, à l’Alhambra et dans d’autres régions chaudes et sèches, où le style architectural avait une utilité. Le jaali contribuait à faire baisser la température en comprimant l’air dans des trous et en augmentant sa vitesse de circulation afin qu’il se diffuse mieux pour rafraîchir l’atmosphère. L’image montre un jaali du tombeau de Sheikh Salim Chisthi en Inde.

Un jaali devant la tombe de Akbar, en Inde | Meutia Chaerani - Indradi Soemardjan

On avait également recours à d’autres méthodes. On utilisait par exemple des rideaux faits de branches de verveine que l’on mouillait régulièrement et qui, sous l’effet de la brise chaude et sèche de l’été, dégageaient une fraîcheur parfumée. Pour ma part, j’ai grandi avec une solution ingénieuse imaginée par mon père à partir de ces rideaux. Le brevet dont Archie parle dans sa réponse ressemble beaucoup au système qu’il avait construit. Je n’ai pas de photo, mais pour fabriquer ce «rideau», on fourrait des branches de verveine dans un cadre composé d’épais bâtons de bambou et de grillage à poules. Il était massif et couvrait tout un côté de la véranda de notre maison. L’électricité n’était pas nécessaire et on pouvait le mouiller en l’arrosant à l’aide de tasses, mais un mécanisme constitué d’une petite pompe à eau permettait d’accélérer le processus. J’ai déjà raconté sur Quora comment, à l’âge de 6 ans, j’ai appris à faire fonctionner une pompe à eau. C’est de celle-là dont je parlais.

Plus important encore, les habitants n’avaient pas pour habitude de rester enfermés chez eux comme ils le font aujourd’hui avec la climatisation. Au lieu de cela, ils sortaient se promener ou discuter avec leurs voisins.

Aliments et boissons

Les habitants et habitantes des régions chaudes boivent beaucoup de liquide, et comme l’eau peut être lassante, et que la consommation d’alcool n’est pas très ancrée dans la culture, des boissons intéressantes ont été inventées. Par ailleurs, en Inde, on considère que les aliments ont un effet chaud ou froid –taaser– qui influe sur la façon dont nous les associons et les consommons. La mangue est considérée comme un aliment «chaud» que l’on sert toujours froid. Le melon est naturellement «froid»; on le sert donc à température ambiante. Le yaourt aussi est considéré comme un aliment «froid» et on le retrouve dans la préparation du lassi sucré ou salé, ainsi que dans une boisson moins épaisse appelée chhaachh. Boire de la limonade en y ajoutant des feuilles de menthe écrasée pour lui donner de la fraîcheur est également courant.

Street fruits | Varun Tandon via Unsplash

En règle générale, les gens mangent en fonction des saisons. Dans l’hémisphère nord, on ne mange pas de chou-fleur en été, car il est considéré comme un aliment «chaud» qui génère du vent, ni de légumes contenant de l’eau en hiver, comme le concombre ou la courge. Par temps chaud, on évite les aliments riches, car ils se gâtent rapidement, comme les bonbons à base de lait.

Peu de festivals ont lieu pendant la chaleur extrême de l’été, de sorte que personne ne se sent lésé.

Vêtements

L’explorateur Ranulph Fiennes affirme que le mauvais temps n’existe pas; ce sont seulement les vêtements qui sont inadaptés. C’est également vrai quand il fait trop chaud.

Les habitants et habitantes des pays chauds portent des vêtements amples et fluides faits de lin et de coton, deux matériaux à l’excellente capillarité et qui permettent d’évacuer la sueur et de maintenir ceux qui les portent au frais.

Le choix des couleurs est important aussi. Cela fait maintenant très longtemps que je ne vis plus en Inde. Un été, alors que j’étais en visite et que je n’avais pas emporté de tenues adéquates, une amie m’a emmenée faire les boutiques. Je n’arrêtais pas de regarder les vêtements bleus et verts, puis elle m’a dit: «Fais-moi confiance, prends du blanc!»

Comme elle avait raison!

Rythme de vie

Lors de mon premier séjour en Espagne, quelques années après mon installation au Royaume-Uni où j’avais l’habitude de dîner à 18h, j’ai eu un choc! Nulle part on ne servait le dîner avant 22h. Plus tard, alors que je m’en plaignais à mon père, il m’a rappelé que quand j’étais enfant, nous dînions souvent en écoutant les nouvelles de 21h sur All India Radio. J’avais oublié.

Les gens dînent tard. Ils commencent leur journée tard et prennent leur temps pendant la journée (aujourd’hui encore, les pizzerias traditionnelles à Rome sont fermées entre 13h et 17h). Les êtres humains adaptent leur rythme de vie afin de ne pas tant souffrir de la chaleur.

Revenir à un mode de vie plus simple n’est pas impossible. Cependant, cela demande de repenser toute la structure de notre vie et de procéder aux changements nécessaires.

Merci, Archie, de m’avoir forcé la main pour écrire cette réponse.

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