Sports

Honte à moi: je souffre quand l'équipe de France gagne

Temps de lecture : 3 min

[BLOG, you will never hate alone] J'exècre tout ce pataquès nationaliste ou patriotique quand il s'agit de sport, notamment de football. Tout devient si disproportionné que j'en viens à souhaiter la défaite des Bleus.

Bleu blanc rouge | Stefan Steinbauer via Unsplash CC License by
Bleu blanc rouge | Stefan Steinbauer via Unsplash CC License by

Si tantôt l'Uruguay pouvait triompher de la France, je serais le plus heureux des hommes. Pour les Bleus, ce serait la conclusion de cette campagne de Russie et ce serait aussi, et ce serait surtout, la fin de tout ce délire collectif qui s'est emparé de l'hexagone depuis «notre» victoire contre cette équipe d'Argentine si faible dans toutes ses lignes que seul notre brave Giroud, qui entretient avec le ballon les mêmes affinités électives que Guillaume Musso avec la littérature, aurait pu prétendre à être titulaire dans leur onze de départ. C'est dire le niveau.

Cette gourmandise à voir l'équipe de France battue ressemble chez moi à une étrange maladie dont j'aurais contracté le virus voilà longtemps sans parvenir jusqu'ici à trouver un antidote efficient si bien que j'en arrive à souffrir, à souffrir vraiment, quand j'assiste au triomphe des Bleus. Je deviens d'une mauvaise foi absolue, je grommelle encore plus qu'à l'accoutumée, je hurle sur mon chat, j'engueule la marchande des quatre-saisons, je ne réponds plus au téléphone et ne rêve plus que de défaites, de déconfitures, de bérézinas, de suprêmes humiliations qui viendraient mettre un terme à mes douleurs intérieures.

Pour ma défense, même si je puis le comprendre, j'exècre tout ce pataquès nationaliste ou patriotique quand il s'agit de sport. Cette exaltation du sentiment cocardier quand la nation toute entière, de Montélimar à Perros- Guirrec, se met à bander pour son équipe nationale comme s'il s'agissait là d'un devoir civique d'une importance cruciale. Soudain, pris dans cette furie collective, le pays ne parle plus que de cela. On glose à l'infini sur les performances de nos joueurs comme s'il s'agissait de héros de l’antiquité, de demi-dieux à qui nous devrions prêter allégeance sous peine de passer pour des traîtres à la patrie en danger.

Depuis la victoire sur l'Argentine, je ne compte plus les articles, les commentaires, les anecdotes, les portraits consacrés à notre équipe de France. On se croirait revenus à la veille de nos deux guerres mondiales quand il s'agissait d'exalter le sentiment national afin de montrer à l'ennemi le visage conquérant d'une nation unie, déterminée à se battre jusqu'à la mort. Cette exagération est d'autant plus déraisonnable que jusque là, notre onze national n'a pas eu vraiment à s'employer pour triompher.

Après un premier tour d'un ennui mortel où la France a dû être l'une des formations les plus assommantes à regarder avec des rencontres d'un niveau technique proche du néant, nous avons disposé, certes avec la manière, certes avec du panache, de l'enthousiasme, du caractère et parfois même du génie d'une équipe d'Argentine si insignifiante, si transparente, si invraisemblablement médiocre que cette victoire-là n'aurait dû susciter qu'un vague début d'enthousiasme.

Peine perdue.

À peine le coup de sifflet final avait retenti que le bombardement médiatique commençait. Nous étions de retour, nous étions sublimes, nous étions parfaits, nous étions magiques, nous avions réinventé le football, nos joueurs étaient les plus grands joueurs de la voie lactée jamais apparus depuis le Big-Bang, notre entraîneur un génie absolu comparable à Napoléon pour ses audaces stratégiques, nos préparateurs physiques de véritables magiciens capables d'optimiser la perfomance de nos poulains à la seconde près, et nous-mêmes, en tant que simples habitants d'un des cent-quatre-vingt-quinze pays recensés sur terre, la plus accomplie des peuplades ayant jamais foulé la surface du globe.

Le pire dans tout cela c'est que comparé à ses devancières, cette équipe de France, hormis quelques têtes à claques dont je tairai ici le nom, se montre plutôt sympathique, presque attachante dans l'éclat de sa jeunesse conquérante, et si l'on s'en tient au strict point de vue footballistique, assez douée dans toutes ses composantes pour prétendre conquérir un jour ou l'autre le titre suprême. Le problème étant qu'elle n'est pas la seule à disposer de tels atouts, phrase, j'en ai bien conscience, d'une insolence inouïe qui pourrait bien me valoir un jour prochain de passer en cour martiale pour collusion avec l'ennemi.

Cette dichotomie entre la valeur réelle de son équipe nationale et le torrent de commentaires laudateurs qu'elle suscite est aussi probablement le fait de nations qui d'ordinaire considèrent leurs footballeurs comme de sombres crétins et n'ont jamais placé le sport au centre de leurs préoccupations. Avec comme conséquence de n'avoir aucun recul, aucun référent, aucune manière d'apprécier les véritables dispositions de leurs joueurs quand arrivent des compétitions avec un fort retentissement médiatique. Autrement dit, hormis cette petite fibre patriotique finalement compréhensible et au demeurant bon enfant, c'est parce que le Français de base est ignare en exégèse footballistique qu'il peut se croire arrivé au sommet de la montagne alors que l'expédition n'a même pas encore commencé.

Aussi prierai-je ce soir pour une victoire de l'Uruguay. Sinon, je demande l'asile politique au Vatican. Et si Giroud inscrit un triplé, j'embarque pour un voyage sans retour en Laponie!

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Laurent Sagalovitsch romancier

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