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Coupe du monde: pour préparer l’Angleterre, Southgate n'a rien laissé au hasard

Temps de lecture : 5 min

Le sélectionneur anglais a pioché dans différentes disciplines pour sortir du trauma de l'Euro 2016.

Séance d'entraînement de l'équipe d'Angleterre à Repino le 4 juillet 2018, en prévision du match de quart de finale de la Coupe du monde de Russie 2018 contre la Suède. | Paul Ellis / AFP
Séance d'entraînement de l'équipe d'Angleterre à Repino le 4 juillet 2018, en prévision du match de quart de finale de la Coupe du monde de Russie 2018 contre la Suède. | Paul Ellis / AFP

Après six séances de penalties et six éliminations en Coupe du monde (1990, 1998 et 2006) et à l'Euro (1996, 2004 et 2012), l'Angleterre a, enfin, vaincu le signe indien pour s'imposer face à la Colombie et se qualifier pour les quarts du finale du Mondial russe. Un soulagement incroyable pour les Anglais qui n'en pouvaient plus de devoir prendre un vol pour Londres sans s'être fait battre dans le temps réglementaire. Cela valait bien quelques pichets de bière jetés en l'air...

Certains diront qu'une séance de penalties n'est qu'une simple loterie mais l'entraîneur anglais Gareth Southgate n'est pas de cet avis. Il y a vingt-deux ans, ce dernier avait raté le penalty décisif éliminant son équipe en demi-finale de l'Euro à la maison face aux Allemands. «J'ai eu deux décennies pour y penser. Ce n'est pas une question de chance. Il s'agit d'effectuer un geste sous la pression. Il y a des choses sur lesquelles vous pouvez travailler, des choses qui peuvent être utiles pour la préparation des joueurs», témoignait-il dans un article du Guardian.

Après avoir surmonté ce traumatisme, le Britannique a retenu les leçons du passé car pour préparer son groupe au Mondial, Southgate n'a rien laissé au hasard. Les Anglais n'ont eu cesse de s'entraîner dans cet exercice en multipliant les tirs, en étudiant les plongeons des gardiens adverses, en choisissant à l'avance le nom des cinq tireurs. Le Directeur technique de la fédération anglaise, Dan Ashworth, a même commandé une étude sur les séances de tirs au but. Grâce à cela, il a découvert que les Anglais s'élançaient plus rapidement que les autres nations après le coup de sifflet de l'arbitre. Le staff a invité les tireurs à imiter le patient Cristiano Ronaldo.

Southgate, que les médias anglais présentent comme «intelligent», «créatif», «curieux», «méticuleux» ou encore «sensible», a également organisé des compétitions de minigolf lors des rassemblements à l'hôtel. Des parties par équipes de cinq, durant lesquelles les joueurs avaient le droit de déconcentrer leurs adversaires pour les faire craquer. Ce n'est d'ailleurs pas le seul sport que le technicien anglais a utilisé.

Les phases arrêtées: la NBA

Southgate a également vite compris l'importance de travailler les coups de pieds arrêtés et plus précisément dans le cadre d'une grande compétition internationale. Le staff s'est une nouvelle fois appuyé sur les statistiques en calculant que 11% des buts avaient, par exemple, été inscrits suite à un corner lors de la dernière Coupe du monde. Sur ce type de phases, il a noté l'efficacité des deux dernières équipes détentrices du trophée.

«L'Espagne et l'Allemagne ont un jeu fabuleux mais quand vous regardez combien de buts ils ont marqués –ou dans le cas de l'Espagne, combien ils en ont concédés sur coups de pieds arrêtés– c'est un paramètre qui a certainement joué un rôle clé dans leur réussite», argumentait-il dans un podcast de la BBC.

Pour améliorer le ratio de son équipe, l'ancien international anglais est allé piocher du côté du basket. Et pour s'en inspirer, quoi de mieux que la NBA? Outre-Atlantique, il a assisté à une opposition entre les Minnesota Timberwolves et les New Orleans Pelicans. Il en a surtout profité pour rencontrer Glen Taylor, le propriétaire de la première franchise citée, en vue de lui demander des conseils sur la façon dont les joueurs trouvaient des espaces sur le terrain ou utilisaient les écrans pour marquer.

Une technique que ses joueurs ont utilisée pour ouvrir le score face au Panama. Un article du Wall Street Journal montre la façon dont Ashley Young est parvenu à bloquer un défenseur pour libérer de l'espace afin que son coéquipier John Stones puisse marquer.

Le travail de Southgate sur ces coups de pied arrêtés a, semble-t-il, fonctionné puisque les Three Lions ont marqué quatre buts sur coup franc ou corner depuis le début de la compétition. En défense, par contre, on ne peut pas en dire autant. Lors des huitièmes de finale, la Colombie a marqué sur le premier corner concédé par les Anglais.

La communication: la NFL

Grand fan de football américain depuis les années 1980, le sélectionneur anglais a assisté à deux reprises au Super Bowl. Aux USA, il a visité plusieurs clubs: les Seattle Seahawks, les Minnesota Vikings et les New England Patriots.

S'il s'est imprégné du milieu très pro de la NFL, c'est notamment pour copier leur façon de gérer la communication.

«Je pense que, parfois, durant les grands tournois, les relations entre nos joueurs et les médias ont été un peu conflictuelles. Le Super Bowl semble très ouvert, beaucoup plus détendu, il semble y avoir beaucoup plus de respect entre les gens», analysait-il sur Sky News.

Pour alléger la pression médiatique avant de partir en Russie, le coach anglais a réuni ses vingt-trois joueurs dans un gymnase de St. George's Park, le Clairefontaine local. Son objectif: organiser une sorte de «speed-dating médiatique». Sur place et pendant quarante-cinq minutes, les joueurs ont répondu individuellement à la presse et il n'y avait pas de questions bannies, ni d'attaché de presse oppressants pour contrôler ce qui se disait.

«Ce fut certainement l'environnement le plus détendu dans lequel l'équipe n'a jamais parlé, écrivait un journaliste du Telegraph. On est bien loin du temps où Joe Hart refusait de parler des tournois de fléchettes de l'équipe lors d'une campagne de l'Euro 2016 misérable.»

Le fighting spirit: le rugby

Pour remobiliser justement ses troupes après la claque reçue il y a deux ans contre un pays de 330.000 habitants, le technicien anglais a souhaité rencontrer Eddie Jones, son homologue en rugby. Intéressant dans la mesure où ce dernier a réussi à remettre sur pied le XV de la Rose après la débâcle de la Coupe du monde 2015. Jones avait, pour rappel, réussi l'exploit de remporter dans la foulée de cet échec, le premier Grand Chelem depuis 2003.

Pour inculquer cette culture de la gagne, Southgate a tout fait pour imiter la philosophie de la win des All Blacks. Pour cela, il s'est attaché les services de deux hommes. Tout d'abord, le coach mental Gilbert Enoka qui avait instauré la «no dickheads policy» dans le groupe pour les souder et éviter les conflits. Southgate a également travaillé avec Owen Eastwood, un consultant spécialisé dans l'esprit d'équipe et qui a, lui aussi, travaillé avec les rugbymen néo-zélandais.

Ce «gourou» est connu pour avoir réussi à galvaniser les Blacks avant une victoire à Twickenham, en narrant l'histoire d'Andrew White, un ancien international qui avait survécu à quatre batailles de la Première Guerre mondiale avant de reconstruire sa vie autour du rugby. Une vidéo de sept minutes a été réalisée cette année par le staff pour montrer aux Anglais les efforts nécessaires à accomplir pour toucher du doigt la réussite.

Le coach anglais est ouvert et n'a pas l'air non plus rancunier, puisqu'en plus d'avoir incorporé son penalty face aux Allemands dans ce petit clip, il a conclu un mémorandum avec la fédération allemande pour que les Teutons puissent lui lâcher quelques conseils pour bien aborder la compétition.

Jacques Besnard Journaliste

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