Société

Cinq idées de reconversion professionnelle

Temps de lecture : 7 min

Vous voulez passer à autre chose, mais que coûte vraiment votre reconversion?

Un jour ingénieur en finances, le lendemain chef cuisinier. | Curtis MacNewton via Unsplash License by

Cet article est publié en partenariat avec l'hebdomadaire Stylist, distribué gratuitement à Paris et dans une dizaine de grandes villes de France. Pour accéder à l'intégralité du numéro en ligne, c'est par ici.

Qui ne rêve pas de tout plaquer pour ouvrir son spa d’aromathérapie dans les Cévennes? Au cas où vous auriez réellement l’intention de vous reconvertir (c’est-à-dire pas seulement quand vous êtes ivre), on a fait un petit reality check avec celles et ceux qui connaissent le prix réel d'un changement de vie.

Ouvrir une boutique de bijoux

Le pitch: Depuis la primaire, vous n’avez jamais arrêté de faire des scoubidous et votre troisième chakra s’agite à la première vibration d’un jaspe rouge dans une boutique de minéraux. Pourquoi ne pas croiser ces deux savoir-faire?

Les casseurs d’ambiance: «Les marges sont importantes et on peut espérer être rentable au bout de deux ans», estime Daniel Ohayon, expert-comptable du cabinet BM Fiduciaire. Mais avant de lancer la production de votre sautoir en perles du Japon, faites un rapide état des lieux de vos besoins. «La réussite dépend de la capacité à créer une image de marque qui fidélise les clients», affirme Matthieu Douchy, directeur de CréActifs, cabinet de conseil en création d’entreprise. Dans le langage de la vraie vie, ça veut dire que si Kim Kardashian ne vous a pas proposé de devenir votre CM, il va falloir investir un max dans la com. «Environ 5.000 euros par mois, avec par exemple l’achat de mots-clés dans les moteurs de recherche», préconise le cabinet Trajectoires. À ce prix-là, pas sûr que votre marque arrive en top trends dès la première semaine. D’autant que la boutique vous aura déjà mis ou mise sur la paille: «Comptez au moins 100.000 euros pour trente mètres carrés dans l’Est parisien», selon le cabinet Michel Simond, spécialiste en cession et reprise de commerces. Et 100.000 euros de plus par an pour les matériaux, avec un pic à l’approche de Noël.

Les mains dans le cambouis: «On n’imagine pas comme c’est chiant de coller des étiquettes sur des bijoux et tout le travail administratif, raconte Églantine Malbec, qui a ouvert la boutique de bijoux fantaisie Vingt-et-une heures dix, rue de Charonne dans le 11e arrondissement en 2016. Ni à quel point c’est épuisant pour son intimité de passer ses journées dans un bocal exposé au public. Mes clientes réclament un site internet, mais ça fait 2.500 références à mettre en ligne et je ne suis pas du tout douée pour les réseaux sociaux. Il me faudrait un CM, mais j’ai déjà dû engager une assistante juste pour avoir le temps de créer mes bijoux.»

Boutique Vingt-et-une heures dix. | Droits réservés

Ouvrir un restau

Le pitch: La blanquette de veau de votre tatie Gigi, c’était déjà un rêve bleu, mais alors, la vôtre, calée dans une empanada et baignée de sauce réglisse, c’est un oiseau de paradis. Et c’est sans parler de votre sens de la convivialité qui fait qu’on se sent chez vous comme dans un épisode de Pose.

Les casseurs d’ambiance: Tout dépend de l’endroit où vous projetez d’ouvrir votre Bonne Fourchette. Pour une trentaine de couverts dans le 18e arrondissement à Paris, comptez entre 150.000 et 250.000 euros (selon le cabinet Michel Simond). Mais ne vous fixez pas juste sur le prix, parce que «la clé de la réussite réside dans la localisation du restaurant», souligne Matthieu Douchy de CréActifs. On vous conseille d’estimer l’offre et la demande locales avec une étude de marché béton parce que même si on croit en vos intuitions de génie, c’est pas sûr que vous affichiez complet avec une sandwicherie végane de 700 couverts sur le plateau de Millevaches. Et prévoyez une note salée si votre futur restau est à l’état de hangar désert: frigo pro 1.800 euros, petit matériel et vaisselle 3.000 euros, gros équipements et caisse enregistreuse 7.000 euros, mobilier 10.000 euros, sans compter les travaux…

Les mains dans le cambouis: «Se reconvertir dans la restauration est à la mode à cause de la télé et d’Instagram», raconte Quentin Giroud, chef et patron du restaurant gastronomique Aspic, ouvert dans le 9e arrondissement de Paris en 2016. L’ancien ingénieur en finances s’est formé chez Ferrandi, puis a été commis entre Paris et Londres pendant deux ans. «Sur ma promotion de douze, tous des reconvertis, nous ne sommes plus que deux à travailler encore en cuisine. On se reconvertit pour faire de la cuisine, mais on se retrouve à gérer la comptabilité, la gestion, les fiches de paie, à régler des factures. Je laisse de plus en plus le côté créatif à ma pâtissière et mon second.»

Restaurant Aspic. | Quentin Giroud

Ouvrir un centre de yoga en Ardèche

Le pitch: Le kundalini a changé votre vie corps. Plus qu’un yoga center, chez vous, ce sera le royaume de la rencontre Orient-Occident. Le tout green washé et sous perf de jus detox à déguster avec des pailles en bambou (#noplastic). Et oui, vous voulez vous faire appeler Osho et porter un grand châle blanc.

Les casseurs d’ambiance: L’avantage avec l’Ardèche, c’est que le mètre carré est moins cher que dans les grandes villes. «L’immobilier restera la plus grosse dépense», prévient quand même le cabinet Trajectoires. Sauf si vous louez: comptez dix euros du mètre carré contre 1.700 euros le mètre carré à l’achat, indique Jacques Chazot, expert immobilier local. Ensuite, il vous faudra au moins 15.000 euros pour les travaux, entre une déco zen et une mise aux normes obligatoire, dont 2.000 euros rien que pour des tapis et zafu de qualité. N’espérez pas vous verser le SMIC avant au moins deux ans.

Les mains dans le cambouis: «C’est moi qui m’occupe du ménage, de gérer les fournitures, répondre au téléphone, régler les factures, organiser des campagnes de communication et les soirées VIP pour nos meilleurs clients», raconte Agnès Cassonnet, 50 ans, directrice de l’énorme studio Yoga With You, ouvert à Bordeaux en 2016. Elle a engagé un comptable à 250 euros par mois et paie un logiciel de gestion de clientèle 500 euros par mois. «Mon équipe de profs est formidable, mais je dois gérer les ego, car ils sont jaloux les uns des autres.» Cette ancienne infirmière s’est formée au yoga pendant ses années d’expat' en Asie, et a bâti ce projet grâce aux revenus de son mari. Le studio accueille une quarantaine de clients par jour, avec des abonnements entre 25 euros pour trois cours et 995 euros pour un accès illimité à l’année. Si elle paie chaque prof autour de 2.000 euros par mois en auto-entrepreneur, elle ne parvient toujours pas à se rémunérer: «Je me suis déjà fait insulter par des gens estimant que le yoga n’est pas compatible avec une activité commerciale. Mais il faut bien gagner sa vie!».

Se lancer dans la permaculture

Le pitch: Vous ne saviez pas à quoi ressemblait un céleri-rave il y a six mois, mais trois vidéos de l’association végane de défense des animaux L214 vous ont convaincu qu’il fallait changer le monde right now et aussi de mode de vie parce que votre foie aussi a le droit d'être traité avec dignité.

Les casseurs d’ambiance: «Trouver un terrain sans pesticides peut s’avérer très compliqué, indique Matthieu Douchy. On arrive à s’alimenter soi-même au bout de deux ou trois ans, mais on en tire rarement plus de 1.500 euros de revenu mensuel. Il faut se démener pour y arriver.» Les chiffres s’affolent si on veut monter sa propre exploitation: autour de 5.000 euros l’hectare, et au moins 20.000 euros pour du matériel, comprenant par exemple un râteau à 77 euros ou une serre de soixante mètres carrés à 6.700 euros, selon la ferme biologique du Bec Hellouin.

Les mains dans le cambouis: «On a d’abord dû éradiquer la mauvaise herbe installée sur notre terrain, se souvient Caroline Simmonet, 35 ans. C’était frustrant et fatigant.» Depuis 2015, l’ancienne communicante cultive soixante-dix espèces de légumes avec son mari, dans une micro-ferme à Soullans, désormais rentable. «Au début, on a voulu une basse-cour, sauf qu’on s’est épuisés à rentrer les oies qui bouffaient les salades, à récupérer les poules chez les voisins.» La permaculture suppose de ne pas traiter le sol: «Une culture peut mourir en une journée à cause d’un champignon».

Dans une micro-ferme à Soullans. | Droits réservés

Devenir réal de documentaires

Le pitch: Votre regard décalé et votre immense empathie font la joie de vos amis qui se délectent de vos récits quand vous croquez les échecs sentimentaux de votre marchand de poisson. Faites-en profiter le terre entière en racontant le monde, une caméra à la main. En plus, vous pourrez pécho (des prix) dans les festivals.

Les casseurs d’ambiance: Côté matériel, pas la peine de vendre un rein pour s’équiper. «À partir de 700 euros, on peut trouver un appareil photo de super qualité, estime Alexis Coudray, assistant de production chez Zadig Productions. On peut même tourner à l’iPhone et au micro-cravate, tant que le fond est suffisamment intéressant pour faire oublier l’image.» Quand on décroche un contrat avec un producteur, c’est lui qui prend tout en charge, dont le matériel et les déplacements: «On débourse en moyenne 200.000 euros par projet», indique-t-il. Le réalisateur est rémunéré avec un forfait de droits d’auteur, et en tant que technicien. «Ça varie entre 10.000 et 40.000 euros, et plus la personne est confirmée, plus elle aura un forfait important», explique-t-on chez Zadig Productions.

Les mains dans le cambouis: «Je passe la moitié de mon temps devant mon ordinateur à faire du montage, raconte Guillaume Bodin. Sur chaque tournage, je me suis retrouvé avec trente heures de rush pour obtenir une heure et demie de film à la fin.» Pendant trois ans, cet ancien vigneron ne s’est pas versé de salaire: «Mon RSA finançait mes charges de production et mes repas. Je dormais chez des amis, et parfois dans ma voiture. Je travaillais entre soixante-dix et qautre-vingt-dix heures par semaine. Il faut un esprit très militant pour tenir». Pour promouvoir et distribuer son premier film, La Clef des Terroirs (2011), il enchaîne 250 projections, à raison de trois par jour. «J’étais rémunéré au prorata du nombre d’entrées, qui rapportaient chacune environ deux euros.»

Morgane Giuliani Journaliste indépendante

Stylist Mode, culture, beauté, société.

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