Les ordinateurs devraient être simples comme des grille-pains
Ce que j'attends du nouveau produit d'Apple: qu'il soit aussi simple à utiliser qu'un appareil électroménager.
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J'ai reçu récemment un coup de fil de mon père, qui ne comprenait pas comment mettre de la musique sur son iPod Shuffle. «Branche-le sur ton ordinateur et tu vas voir, ça marche tout seul», lui ai-je répondu. Il m'a rappelé au bout de quelques minutes. Il avait bien branché son iPod, mais ensuite? «iTunes ne s'est pas ouvert?», demandai-je. En fait si, mais mon père n'avait pas vu que la fenêtre du programme était cachée derrière celle de son navigateur. Je lui ai dit de cliquer sur l'icône d'iTunes, et qu'ensuite il n'avait qu'à se laisser guider. Erreur. Une fois le programme ouvert, un message s'est affiché lui disant de mettre à jour le logiciel pour pouvoir synchroniser son iPod. Adieu, soirée tranquille. Ce qui aurait dû être réglé en deux coups de cuiller à pot —parce qu'on devrait juste avoir à brancher son iPod Shuffle sur son ordi pour que ça marche— s'est soudain transformé en opération support technique. Au bout de 45 minutes, j'étais à deux doigts de raccrocher —et mon père aussi.
Pourquoi est-ce si compliqué d'utiliser un ordinateur? C'est une question qui revient sans arrêt. Il y a quelques temps, j'ai reçu la lettre d'un lecteur, David Hildebrand, qui résumait plutôt bien le problème. Hildebrand a réussi à apprendre à sa mère âgée de 82 ans à utiliser quelques logiciels simples, mais visiblement, ça n'était pas suffisant: «Il y a en effet des programmes plus simples à utiliser que d'autres», écrit-il, «mais ça reste compliqué de naviguer à travers les dossiers, de forcer une application à quitter, d'ajuster la luminosité de l'écran ou bien le volume; et pourtant il faut maîtriser toutes ces choses un peu obscures si l'on veut effectivement réussir à se servir des programmes les plus simples». Un peu plus loin, Hildebrand se demande si tout ça va finir par changer. «A quand un ordinateur aussi simple d'utilisation qu'un appareil électroménager?»
Tablette
Avec un peu de chance, c'est pour cette semaine. Allez, commençons par faire semblant qu'on n'a aucune idée de ce qu'Apple a l'intention de dévoiler ce mercredi 27 janvier. Le bruit court qu'il s'agit d'un ordinateur «tablette», et même si on est en droit de se demander comment Apple va réussir à vendre des tablettes alors que ses concurrents s'y sont cassé les dents, pas besoin d'être devin pour savoir que cette tablette-là n'aura rien à voir avec ses prédécesseurs. La bête sera sans doute qualifiée de révolutionnaire, mais parmi toutes ses qualités —le design chic et épuré d'Apple, une interface utilisateur qui vous fera baver devant votre télé, et l'incroyable talent de Steve Jobs à vous vendre n'importe quoi comme s'il s'agissait du Saint Graal— je croise les doigts pour qu'une, une seule d'entre elles soit au rendez-vous. J'espère très fort que la tablette d'Apple sera l'ordinateur le plus simple d'utilisation que le monde a jamais vu, aussi intuitif qu'un appareil électroménager. J'espère que cette machine tiendra la promesse que j'ai faite à mon père qui cherchait à synchroniser son iPod: ça marche tout seul.
Ce genre d'ordinateur, c'est un vieux fantasme de l'industrie informatique. Comme l'explique Jesus Diaz dans un article incisif, Jef Raskin —un des pionniers de l'industrie, qui à l'époque a démarré le projet Macintosh chez Apple— a pendant longtemps essayé de construire ce qu'il appelait un «appareil d'information» (information appliance, en anglais). Ou, comme l'explique Diaz, une machine «si facile à utiliser qu'il n'y aurait besoin d'aucun apprentissage préalable».
Mais fabriquer quelque chose de simple est en fait très compliqué, et le rêve de Raskin n'est jamais devenu réalité. (Il est décédé en 2005.) Pendant des années, l'industrie informatique a réussi à faire comprendre au public le fonctionnement complexe d'un ordinateur par le biais de métaphores, du genre «votre ordinateur est comme un grand meuble plein de dossiers; pour en ouvrir un, il suffit de cliquer dessus». Mais ces métaphores se font souvent dépasser par la complexité d'une machine.
Complexité
Mettons, par exemple, que vous décidiez d'utiliser un programme pour la première fois. Il ne suffit pas de cliquer sur son icône, non, il faut d'abord le télécharger, puis l'installer —ce qui implique la plupart du temps de devoir trouver ledit fichier dans un dossier «Téléchargements» lui-même enfoui dans le répertoire «Documents and Settings»— après avoir affronté des messages aussi étranges que «Voulez-vous vraiment installer ce programme?», «Acceptez-vous ce contrat de licence?» ou encore «Voulez-vous placer un raccourci sur le bureau?». Ensuite, il faudra attendre que votre ordinateur ait fini d'effectuer de bien mystérieuses opérations, comme la «copie des fichiers d'installation», la «mise à jour du registre» etc. Je viens de décrire le processus d'installation sous Windows, mais ça n'est pas beaucoup plus simple sur un Mac; là aussi il faut ouvrir un fichier exécutable, accepter un contrat de licence, cliquer, déplacer, et enfin trouver l'emplacement de votre programme.
Tout ça ne pose pas vraiment de problème à la plupart des gens qui possèdent un ordinateur. Pour ceux qui ont compris que l'interface graphique d'une machine est une sorte de métaphore de ce qu'il s'y passe réellement, installer un logiciel est un jeu d'enfant. Evidemment que votre système d'exploitation va demander si vous souhaitez associer le nouveau lecteur que vous venez d'installer à tous vos fichiers musicaux ou bien seulement à certains; s'il ne le faisait pas, comment pourrait-il deviner ce que vous comptez faire avec ce lecteur? Je sais que cette machine dont je rêve fera doucement rire les dingues d'informatique. Un ordinateur qui ne donne pas accès à sa tripaille binaire n'est pas vraiment un ordinateur, rétorqueront-ils. Il y a pourtant une manière garantie de rendre tout ça beaucoup moins compliqué.
Mais ce genre de réflexion a du mal à résister à une comparaison ordinateur/n'importe quel autre produit de consommation. Une voiture, par exemple, c'est physiquement plus performant et bien plus dangereux qu'un ordi, mais personne n'a besoin de connaître son fonctionnement pour la conduire. Alors oui, évidemment, il faut passer un permis, mais c'est principalement pour nous apprendre le code de la route, pas la mécanique avancée du véhicule. Apprendre à conduire, c'est-à-dire à savoir à quoi servent un volant, un frein à main, un levier de vitesse et des pédales, tout ça prend cinq minutes montre en main —pas besoin de suivre un cours sur la combustion interne. Et pour qu'une voiture fonctionne correctement? Il suffit de faire le plein et de l'emmener régulièrement chez un type qui se chargera de la réparer si quelque chose ne va pas. Quand votre voiture tombe en panne, elle ne vous balance pas de messages d'erreurs complètement cryptiques en espérant que vous en déchiffriez le sens; elle vous dit de vérifier le moteur, et s'attend à ce que vous l'emmeniez chez le garagiste. Maintenant, pensez à votre ordinateur. Pour qu'il soit au top de sa forme, il vous faut sauvegarder vos données, défragmenter le disque dur, partir à la chasse aux virus, réorganiser correctement vos dossiers, et parfois même réinstaller entièrement le système. Et tout ça de façon régulière.
Révolution
Bon, la comparaison n'est pas parfaite je vous l'accorde, puisque maintenir une voiture tient plus du «physique», alors que pour un ordinateur, il s'agit d'autre chose. Mais alors, pourquoi est-on aussi convaincu qu'Apple et sa tablette vont révolutionner tout ça? Parce que comme l'indique Diaz, Apple a mis au point le seul ordinateur du monde qu'on pourrait comparer à un appareil électroménager: l'iPhone.
La prouesse d'Apple ne tient pas au design de son téléphone ni à l'écran multitouches de celui-ci, mais plutôt à ce que ses ingénieurs ont réussi à camoufler la complexité d'un pareil objet derrière des icônes explicites. Aucune «hiérarchie» visible; votre musique ne se trouve pas dans un dossier, elle est simplement dans votre téléphone, et pour en profiter il suffit d'appuyer sur le bouton musique. L'iPhone ne requiert pour son entretien que d'être régulièrement rechargé. Sauvegardes et mises à jour se font automatiquement, et parce que tous les programmes utilisés ont été approuvés par Apple (et les applis développées par des tiers n'ont pas accès au ventre de la bête), pas besoin de s'inquiéter d'éventuels virus et autres malwares. En plus, installer un programme est un jeu d'enfant: on choisit son appli sur l'Apple Store, on appuie sur «Installer», on tape son mot de passe pour autoriser la transaction —et le tour est joué. L'iPhone ne vous demande pas où installer le logiciel, ou si vous voulez le lancer, ou encore si vous souhaitez en faire le programme par défaut lorsque que vous ouvrez tel ou tel autre type de fichier. L'iPhone installe une nouvelle icône sur votre écran, et pour lancer l'appli, il suffit de cliquer sur celle-ci. Pour revenir à l'écran d'accueil et faire autre chose, on appuie simplement sur le bouton principal.
Mais je suis conscient que ça ne sera évidemment pas du goût de tout le monde; en rendant les ordinateurs plus faciles à utiliser, on les rend automatiquement moins «personnalisables». Pourtant, c'est là que la plupart des fondus d'informatique trouvent leur compte. Si l'OS de Google, Android, a su gagner le coeur des codeurs, c'est grâce à l'infinité de possibles qu'il offre; chacun peut aller fouiller dans le code source et bidouiller comme il l'entend, et parfois le résultat est stupéfiant.
Cependant, le marché des bidouilleurs reste assez limité; il y a beaucoup d'adeptes du tuning, mais il y a encore plus de gens qui ne le sont pas. Et si Apple a bien prévu son coup —et je n'en doute pas un instant— ses ingénieurs auront fabriqué une tablette destinée à tous ceux qui veulent juste que ça marche.
Farhad Manjoo
Traduit par Nora Bouazzouni
Image de Une: Toastmaster, rejohnson71, Flickr, CC
Mis à jour le 28/01/2010 à 9h07











































regardez la voiture, tout le monde sait s'en servir ... une fois qu'il a appris les règles générales d'environnement, les règles spécifiques de l'engin et a pratiqué sous la férule bienveillante d'un moniteur.
pourtant, une fois l'apprentissage passé et les affres du débutant oubliés, tout le monde dit savoir conduire. Pourquoi n'en serait-il pas de même des ordinateurs ?
d'abord parce qu'il n'y a pas la phase d'apprentissage. A quoi ca sert, dans quel contexte cela évolue, comprendre les généralités, apprendre à réfléchir pour comprendre la machine et pas pour attendre que la machine vous comprenne ... qui le fait ?
alors, les gens compensent parce qu'ils ont un fils - bon copain - cousin - petit neveu (cochez la bonne réponse) prétendument génie de l'informatique sous prétexte que lui, il s'y est cassé les dents et a appris depuis.
j'ai moi aussi un père qui s'est acheté un ordinateur. En prime, j'ai aussi une belle-mère. Dans les deux cas, parce que j'avais envie de pouvoir passer une soirée tranquille sans les soucis d'iTunes, j'ai installé chez eux un logiciel de prise de main à distance. Quand ils ont un soucis, ils m'appellent, je grogne (pour éviter les appels trop fréquents) puis j'interviens et traite bien souvent des problèmes très bénins.
si je fais le parallèle avec la voiture, c'est que si tout le monde sait conduire, l'immense majorité des gens va chez le garagiste pour faire une vidange ce qui est pourtant une opération très simple.
je ne crois pas qu'avec la complexification des outils, on se débarrassera un jour d'un sachant qui vous apporte sa connaissance et sa compréhension des manipulations a effectuer. Sauf à ce que de vraies formations soient dispensées (gratuitement bien sûr) et que nos congénères acceptent de considérer qu'ils ont besoin d'apprendre avant d'utiliser ce qui a peu de chance d'arriver.
combien de personnes ont ouvert un mode d'emploi, une notice à propos des appareils récemment achetés ? très peu sans doute parce qu'ils sont suffisamment bien faits (en général) et que les interfaces se sont standardisées.
demain la tablette d'Apple sera dans la même veine que les appareils photo numériques. Très simples d'emploi, tout le monde sait s'en servir sans formation. Pourtant, combien de personnes savent comment exposer correctement une photo, éviter que le petit dernier ai les yeux rouges ou que la tatie ressemble à un fromage blanc ?
apprendre, avoir l'humilité d'accepter de ne pas savoir, accepter de perdre un peu de temps pour maitriser l'outil, Apple ou pas, nous devons tous y passer si l'on ne veut pas déranger quelqu'un pour comprendre un jour pourquoi ça ne marche pas !
«A quand un ordinateur aussi simple d'utilisation qu'un appareil électroménager?»
Combien d'homme lorsqu'ils sont obligés d'utiliser un lave-linge savent quel programme ils doivent utiliser (genre couleur 60°, textiles mélangés 60°, éco 60° et 60° sans autre précision), quelles sont les culottes qui passent au séchoir et celles qui seront définitivemnt ruinées par un tel traitement etc. ?
Bon, je sais que mon test va surtout montrer que les hommes ne veulent surtout pas savoir se servir d'un lave-linge, mais l'idée générale, c'est que lorsque l'on a besoin d'utiliser un outil, on finit par savoir s'en servir, même si c'est dans la douleur.
Alors on pourrait fabriquer des laves linges utilisables par tous les hommes, même ceux qui veulent réserver cette tache à leur moitié.
2 boutons: marche et arrêt et une cellule qui analyse le linge et bip pour la couleur une fois et deux fois pour les textiles délicats. Ca couterait une fortune et ça serait beaucoup moins performant que les laves linges basiques. Mais si on relie les cellules qui analysent le linge à Internet de façon transparente pour l'utilisateur, ça devient un business génial car on pourra vendre aux sociétés de Marketing toutes sortes d'informations sur la nature du linge et son degré de salissure et envoyer les flics chez les hommes qui passent la Burka de leur épouse au lave-linge. :~)
L'odinateur utilisable par la mamie de 82 ans qui n'en a pas besoin, mais qui veut rester dans le coup, ce sera pareil. Un truc hors de prix, qui ne lui donnera accès qu'à des programmes sélectionnés et controlés à distance par le fabricant ou le provider.
D'ailleurs ce n'est pas plus ou moins ce qu'avait tenté de faire AOL dans les débuts de l'internet grand public avant de boire la tasse ? Je suppose que la grand-mère lorsqu'elle se prenait au jeu, voyait son expertise se développer et ne supportait plus très vite de n'accéder qu'à la version light d'Internet. Quand à celle qui ne se prenait pas au jeu, de toutes les façons, ce sera comme l'homme et le lave-linge, elle trouvera un agument pour ne plus se servir de la machine quelle qu'elle soit.
Les ordinateurs plus simples ça a déjà existé dans le passé, le matériel était moins diversifié (du coup pas besoin de pilotes à installer) on faisait moins de choses avec et les systèmes étaient plus austères, mais en revanche ils étaient souvent en ROM et du coup insensibles aux virus ou aux effacements malencontreux ou même à la fragmentation, et du coup aussi les fabricants devaient faire plus attention à fournir un système stable n'ayant pas besoin de mise à jour dès le lendemain de son achat, ça ne ferait pas de mal de revenir un peu vers ça...
Pour les procédures "d'installation", je ne les aiment pas non plus, mais il m'est déjà arrivé dans le passé de faire un logiciel qui travaillait de manière simple et rapide et des clients s'étaient plaints de ne pas voir que le logiciel avait fait quelque chose, j'avais donc du ralentir exprès la procédure et rajouter une barre de progression, et les clients étaient contents ;-) Toujours est-il que cela n'est pas obligatoire même sous windows, par ailleurs si vous ou votre grand mère de 82 ans ne voulez pas avoir à chercher longuement les fichiers téléchargés il vous suffit dans firefox de choisir le "bureau" comme dossier de téléchargement par défaut c'est radical...
En ce qui concerne les sauvegardes de données ce n'est pas vraiment un problème de complexité mais plutôt un problème de fiabilité du matériel, pour la défragmentation on peut très bien vivre sans jamais défragmenter surtout pour un utilisateur lambda ca ne ferait une différence sensible que dans les cas vraiment extrèmes, quant à la réinstallation de l'o/s nécéssaire régulièrement ça se rapproche du troll...
Les ordis sont sans doute trop compliqués mais il y'a aussi pas mal d'utilisateurs qui cherchent des complications ;-)
L'article et les commentaires m'ont enchanté.
Ayant renouvelé récemment ma cuisine, et ayant survolé les modes d'emploi, j'en sais assez pour savoir que je n'utilise qu'une fraction de leurs possibilités. Le nouveau micro-ondes, un bas de gamme, possède quatre modes de cuisson mais je ne sais qu'appuyer sur le bouton de mise en marche. J'ignore visiblement ce que l'on peut en faire. En ce qui concerne l'utilisation d'une voiture, dans le cadre de la comparaison ordinateur/appareils divers, certains ont mis en avant des éléments non pertinents. La connaissance du code de la route s'impose de façon légale, pas de pis aller, et l'on doit accepter d'en passer par un enseignement (ce qui est heureux, la maladresse ou l'imprudence faisant déjà assez de dégâts). Je ne comparerais donc pas avec la conduite proprement dite mais avec la maîtrise que l'on a de certaines fonctionnalités (et sans mettre les mains dans le cambouis).
J'ai déjà vu pas mal de conducteurs et conductrices ignorant toujours au bout d'une longue période comment désembuer leur pare-brise, régler leur auto-radio, retrouver le déclic d'ouverture de leur capot ou même de leur réservoir, sans parler de la sonde à huile et du réservoir à lave-glace, ou ignorant que l'on peut orienter les rétroviseurs sans sortir de sa voiture ……
Peu d'appareils ménagers ont la simplicité bonnasse du grille-pain dont la photo introduit cet article. Nous avions acheté une machine à pain mais il en faut de la vigilance pour arriver à produire du pain réussi ……
Navré d'avoir un peu taclé les termes de la comparaison. Mais je comprends que l'on soutienne cette quête. Aller vers plus de simplicité. C'est une idée ancienne et légitime. Curieusement, on la retrouve dans l'argumentaire des initiateurs d'Apple (face à l'informatique pour l'élitefaçon IBM, ils préconisaient une micro-informatique facile destinée au péquin moyen "pour les autres" disaient-ils).
Dans les années quatre-vingts, j'avais été conquis par la simplicité de fonctionnement du Mac Plus. C'était une belle machine à traitement de textes. Sous le système 6.x, la métaphore du bureau restait très simple. Il fallait accepter un apprentissage d'une 1/2 h environ pour en savoir assez. À ce moment-là, c'était révolutionnaire. Depuis on ressort le mot de "révolution" à tous bouts de champ ce qui a un côté hallucinatoire.
Sous l'effet d'une concurrence implacable qui fait la loi sur ce marché. Cette concurrence pousse à la transformation des capacités et des performances physiques des ordinateurs. Et elle pousse à l'enrichissement des possibilités logicielles. Il s'agit d'une grande course en avant. Certains pensent que l'industrie informatique n'a pas la même maturité que l'industrie des automobiles. Environ trente ans pour la micro, et un bon siècle pour les voitures. Tiens on en revient aux bagnoles ……
es choses se sont plutôt complexifiées que compliquées. La majorité des utilisateurs n'a qu'une maîtrise très partielle des possibilités ; ils exécutent des tâches limitées, parcellaires et ignorent une foultitude d'autres fonctionnalités. Il faudrait accepter d'en passer par des périodes d'apprentissage.
Il est vrai que l'iPhone est une réussite de ce point de vue. Sous l'habit d'un téléphone, se trouve un nano-ordinateur. Son système a été très simplifié, et c'est une bonne chose. Mais il ne faut pas chercher à comparer un produit de ce genre avec une lampe de chevet que l'on peut [1/ poser, 2/ brancher, 3/allumer puis éteindre.] Elle ne possède qu'une fonctionnalité et son mode d'emploi peut tenir en une ligne. Enfin, il doit bien y avoir des gens qui jettent leur lampe de chevet quand l'ampoule est grillée ou quand les "plombs sautent. euh euh !
Quand l'auteur dit : "Apprendre à conduire, c'est-à-dire à savoir à quoi servent un volant, un frein à main, un levier de vitesse et des pédales, tout ça prend cinq minutes montre en main —pas besoin de suivre un cours sur la combustion interne."
Aussitôt, je ne peux que me tourner vers les personnes dont il est question dans cet article : les technopathes. Ces gens qui, quoi qu'il arrive, auront autant de mal à utiliser un ordinateur qu'ils en avaient à programmer un magnétoscope. Ces gens qui, ne sont pas plus bêtes que les autres, mais n'ont ni la patience, ni la volonté d'apprendre, même lorsqu'il s'agit d'apprendre à conduire.
Car oui, les technopathes, ça existe aussi en matière de voitures ! Je me souviens avec bonheur de mon moniteur d'auto-école, et de la réputation qu'il avait d'obtenir de très bons résultats avec les femmes au foyer dans la cinquantaine, passant le permis pour la première fois. Car, oui, certaines catégories de personnes ont autant de mal à se mettre à la voiture qu'à l'ordinateur, lorsqu'elles ont non plus 18 ans, mais 57 ! (Pour preuve que personne n'est irrécupérable, ce moniteur arrivait malgré tout à former ces personnes et leur faire obtenir le permis, le tout en une trentaine d'heures seulement, contre une vingtaine pour les jeunes).
Le parallèle que je fais avec l'ordinateur c'est que, oui, je suis d'accord, le simplifier améliorera la vie de beaucoup gens, comme la boite de vitesse automatique sur une voiture simplifie l'apprentissage de la conduite. Mais pour moi, le problème de nombre de gens qui, dixit, "n'y comprennent rien à cet ordinateur de malheur", c'est d'un côté le manque de patience et de confiance en soi (pareillement qu'en voiture, maîtriser la vitesse et les distances de freinage), et de l'autre, le manque de pédagogie des maris, femmes, fils, fils, neveux et autre, promus soudainement au rang de professeur sous prétexte qu'eux savent se servir d'un ordinateur. Professeur c'est un métier, et ça aussi, ça s'apprend ! Combien de gens définitivement bloqués sur l'ordinateur, par vexation et frustration envers celui qui essaie de les former ?
L'auteur dit encore: "Et pour qu'une voiture fonctionne correctement? Il suffit de faire le plein et de l'emmener régulièrement chez un type qui se chargera de la réparer si quelque chose ne va pas."
Certes, tout le monde convient de l'utilité d'un garagiste, tout le monde y emmène sa voiture, et tout le monde fait la grimace au moment de payer la facture.
Mais peut-être une grosse partie des difficultés de l'informatique tient-elle au fait qu'il n'est un réflexe pour personne d'avoir un garagiste pour son ordinateur ? Qui accepte aujourd'hui, de dépenser 50 euros de l'heure de maintenance informatique pour son ordinateur personnel, pour un ordinateur qui a déjà coûté un exhorbitant 500 euros ?
Les mêmes qui acceptent de payer 75 euros de l'heure de mécanique pour un véhicule acheté 25000 euros !
Alors, on appelle le petit neveu "génie de l'informatique", qui laisse bien souvent encore plus de bazard dans la configuration de la machine qu'il n'en a trouvé en arrivant (quand il n'a pas, en plus, installé en douce un client eMule ! Si si, je l'ai déjà vu !).
On trouve qu'un ordinateur coûte cher, et on n'arrive pas à comprendre que son coût d'utilisation ne s'arrête pas à l'achat du matériel (pas plus que celui de la voiture à son achat !). Résultat, piratage en masse des logiciels, et faillites en masse de ces petites sociétés de maintenance informatique, montées dans les petites villes de province par des informaticiens au chômage.
Ca avait pourtant bien commencé : l'utilisation d'un MacPlus ou d'un MacSE était simplissime, et les professionnels (médecins, avocats, secrétaires) qui les ont utilisés doivent encore s'en souvenir. La "course à l'armement" qui a suivi avec le monde Windows avait éloigné les cogniticiens de l'ordinateur, au profit des ingénieurs bidouilleurs. La sortie en 1991 du système 7 du Mac, pourtant formidable de mon point de vue d'ingénieur, avait largement complexifié les choses. Avide de nouveautés, moi-même je n'avais pas ressenti l'impact que cela aurait pour les "autres", les non-technophiles.
Et là, je rejoins l'auteur pour dire que le modèle iPhone/AppStore résout beaucoup de choses ! Et maintenant, le MacAppStore vient proposer à l'utilisateur de Mac cette même facilité aux utilisateurs d'ordinateurs. Gageons que c'est encore un pas de fait vers la simplification de l'usage des ordinateurs (et j'ai bien dit "de l'usage" !!!), et que le paysage informatique des dix prochaines années pourrait bien encore nous réserver quelques surprises, entre autres en ce qui concerne maintenant l'utilisation des logiciels (qui sont dans l'ordinateur).