Sports / Monde

Pourquoi aucun pays arabe n'a (encore) gagné la Coupe du monde de foot

Temps de lecture : 5 min

La semaine dernière, les quatre équipes arabes présentes en Russie sont toutes rentrées bredouilles après la phase de poules. Considérations sur ce malheur arabe sportif.

Mohamed Salah, capitaine de l'équipe égyptienne, le 24 juin 2018 en Russie | Nicolas Asfouri / AFP
Mohamed Salah, capitaine de l'équipe égyptienne, le 24 juin 2018 en Russie | Nicolas Asfouri / AFP

Alors que quatre équipes arabes étaient présentes à l’édition 2018 de la Coupe du monde en Russie –une première dans l’histoire de cette compétition– aucune des sélections du Maroc, de la Tunisie, de l’Égypte et de l’Arabie Saoudite n'a été qualifiée pour les huitièmes de finale. Depuis l'instauration de cette compétition en 1928, aucun pays arabe n'a, en outre, remporté le titre de champion, ni même réussi à atteindre les quarts de finale.

Le foot et l'arabité sont-ils antinomiques? Quelles sont les causes de cette «exception arabe» dans le paysage mondial de ce sport pourtant largement apprécié et suivi par les populations de la région?

Des sélections dures à arracher

Un retour à l’histoire s’impose pour mieux cerner l’ampleur du phénomène: les équipes arabes ont participé à treize éditions de la Coupe mondiale de football sur les vingt-et-une ayant ponctué les neuf dernières décennies. Durant le premier demi-siècle (1928-1978), elles n’ont été représentées qu’à trois reprises, en 1934 à travers l’équipe égyptienne, en 1970 (Maroc) et en 1978 (Tunisie).

Et lorsque cette représentation était assurée, cela avait souvent lieu à travers une seule ou deux équipes (dix éditions sur les treize concernées). Cette règle a été violée une première fois en 1986 –lorsque trois sélections, celles de l’Irak, de l’Algérie et du Maroc ont réussi à rejoindre les phases finales– ainsi qu’en 1998 (Arabie Saoudite, Maroc et Tunisie) et cette année, à travers un pic historique de quatre équipes.

En parallèle, depuis 1928, sur les vingt-deux pays arabes, seuls huit ont participé à un Mondial, tandis que près de deux tiers des équipes de la région n’ont jamais passé la phase des qualifications préliminaires.

Enfin, si depuis 1978, le foot arabe est systématiquement représenté au sein de cette compétition planétaire, seules trois équipes ont réussi à franchir la phase des poules: le Maroc en 1986, l’Arabie Saoudite en 1994 et l’Algérie en 2014.

Un sport pas assez soutenu

«Les pays arabes ont commencé à établir des structures professionnelles propres au football bien après les Sud-Américains et les Européens (…). Ils ont donc un retard au niveau du savoir-faire dans l’organisation des compétitions, le repérage et le recrutement de talents, la formation d’entraîneurs et le marketing des championnats nationaux», explique Nadim Nassif, spécialiste en sciences du sport.

«Et le niveau des entraîneurs, bien qu’en net progrès, reste encore loin derrière celui des Européens et Sud-américains», ajoute-t-il.

«La faible promotion des compétitions locales crée un désintérêt populaire, lequel empêche l’afflux de sponsors et de fonds financiers privés.»

Nadim Nassif, spécialiste en sciences du sport

Selon l’expert, les pays de la région se trouvent dans un cercle vicieux que seule une stratégie nationale ou transnationale ainsi qu’une refonte des politiques mises en place par les équipes peuvent conjurer: «La faible promotion des compétitions locales crée un désintérêt populaire pour ces tournois, lequel empêche l’afflux de sponsors et de fonds financiers privés», ce qui se répercute sur les ressources des équipes et ainsi de suite.

«Hormis quelques clubs des pays du Golfe, les salaires des joueurs restent peu élevés», ce qui n’est pas, enfin, de nature à attirer de nombreux talents, indique M. Nassif.

Des prouesses prometteuses

La participation de quatre équipes à l’édition 2018 et le jeu de qualité offert par certaines d’entre elles reste néanmoins la preuve d’une amélioration du niveau général et d’un possible avenir radieux pour le foot arabe.

Lors de sa rencontre contre l’Espagne le 25 juin, le Maroc a marqué deux buts dans les filets de la Roja, faisant trembler l’une des équipes les plus performantes du monde, qui a arraché le match nul (2-2) au bout du suspense.

Quant à la Tunisie, son équipe a été battue 2-1 par celle de l’Angleterre –championne du monde en 1966–, alors que l’Uruguay, couronnée à deux reprises à la tête des nations (1930 et 1950) et désormais qualifiée pour les quarts de finale contre la France, a vaincu l’équipe saoudienne avec un score modeste de 1-0 et celle des Pharaons avec ce même résultat.

L’équipe égyptienne s’est distinguée, de son côté, par la présence de Mohammad Salah, auteur d’une saison explosive avec le club anglais de Liverpool, et considéré comme l’un des meilleurs joueurs du monde.

Quant à l’Algérie, absente à l’édition 2018, elle s’était démarquée en 2014 par un jeu assez exceptionnel, se qualifiant pour le 2e tour.

«L’incroyable performance de l’équipe d’Algérie qui avait surpris tout le monde lors de la phase de poules avec un festival de buts, et plus spécialement lors du match qui l’avait opposée aux Allemands (….). Pendant les 120 minutes de match (temps réglementaire et prolongations), les Algériens ont montré un jeu digne des plus grandes équipes de football au monde», écrit le journaliste Elie Saikali dans un article publié le mois dernier dans L’Orient-Le Jour.

Seuls représentants arabes lors des Coupes mondiales de 2010 et 2014, les Fennecs étaient déjà entrés en 1982 «dans l’Histoire en inscrivant deux buts face à l’Allemagne de l’Ouest, devenant ainsi la seule sélection arabe à battre un ancien champion du monde», ajoute la Fifa sur son site dans un article intitulé «Pays arabes et Mondial: une Histoire à écrire».

Preuve d’un potentiel loin d’être négligeable mais non exploité: le Maroc, l’Arabie Saoudite et la Tunisie ont, par exemple, créé la surprise lors de la Coupe du monde de 1998 en France en marquant «huit buts en neuf rencontres lors du premier tour», ajoute la Fifa, en dépit d’un «bilan bien maigre» en termes de buts marqués pour l’ensemble des sélections arabe au fil de l’histoire.

L'occasion manquée du Mondial 2026

«Les clubs arabes doivent développer leurs viviers de jeunes et les fédérations nationales doivent organiser plus de compétitions afin de permettre à ces jeunes de progresser», suggère Nadim Nassif.

L’organisation et le développement de championnats régionaux peut également s’avérer utile à cet égard. Mais une telle démarche est à l’épreuve de la coordination et de l’unité interarabes, qui font déjà défaut dans plusieurs domaines.

Fortement symbolique, le 13 juin, lors du vote pour le prochain pays hôte du Mondial 2026, le Maroc, porté favori, aurait été trahi par les siens, aussi bien sur le continent africain que parmi certains pays arabes.

C’est finalement le trio Canada-États-Unis-Mexique qui accueillera la compétition internationale dans huit ans, après celle du Qatar en 2022.

Saleh Ben Odran Saleh Ben Odran est journaliste.

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