Santé / Sciences

Une voix grave est-elle un indicateur de bonne santé?

Temps de lecture : 2 min

Chez les hommes, c'est bien probable.

Un caractère sexuel secondaire en action | woofcode via Flickr CC License by

Avec la taille, la voix est l'un des traits humains les plus sexuellement dimorphique –où les différences moyennes entre femmes et hommes, pris en tant que groupes, sont les plus importantes. Du côté des garçons, cette différenciation intervient à la puberté principalement sous l'effet de la testostérone qui épaissit les cordes vocales et allonge le conduit vocal, ce qui produit au final une voix plus grave, avec notamment une fréquence fondamentale et des fréquences formantes plus basses. Chez les adultes, de nombreuses études concluent à une corrélation solide entre testostérone et masculinité de la voix.

Logiquement, la voix est assimilée à un caractère sexuel secondaire, sélectionnée au cours de l'évolution par la gent féminine parce qu'elle signale une bonne qualité génétique. De fait, la testostérone ayant un effet immunosuppresseur reconnu, en être relativement bourré prouve que vous êtes résistant aux aléas pathogéniques de la vie et donc que vous représentez un candidat appréciable au mélange des fluides et à la fusion des gamètes.

Jusqu'à présent, chez les humains, cette hypothèse du handicap d'immunocompétence manquait de travaux observant une relation directe entre gravité de la voix et bonne santé générale, avec des recherches portant surtout sur des indices secondaires d'immunocompétence (taux de testostérone, indice de masse corporelle, symétrie corporelle, etc.). Mais grâce à une étude réalisée par des chercheurs en psychologie, anthropologie et sciences médicales canadiens, le faisceau de preuves n'a jamais été aussi dense.

Mené auprès de 108 hommes âgés de 17 à 29 ans recrutés sur le campus d'une université canadienne, ce travail porte sur la corrélation entre un marqueur biologique –l'immunoglobuline A secrétoire ou SIgA– et différents traits reconnus pour être des indicateurs de bonne santé générale. Chez les mammifères, la SIgA est produite par le système immunitaire des muqueuses et représente la première ligne de défense de l’organisme contre les pathogènes extérieurs, en constituant plus de 70% des anticorps présents dans les muqueuses. En 2015, une étude prospective et longitudinale menée pendant dix-neuf ans sur des individus des deux sexes, observait une corrélation négative entre SIgA et mortalité, en particulier due aux maladies respiratoires, dont le cancer. À noter que les hommes ont des taux de SIgA supérieurs aux femmes, ce qui fait du marqueur biologique un candidat de choix pour étudier les interactions entre androgènes et système immunitaire.

Selon les auteurs de l'étude, il existe une corrélation faible, mais significative, entre caractéristiques vocales et bonne santé générale, mesurée notamment par l'activité de la SIgA. Ils soulignent cependant que leur travail ne permet pas d'établir de relation causale précise entre ces éléments et que d'autres études seront nécessaires pour décrypter encore un peu plus ce phénomène et savoir quelle est la réelle fiabilité de la gravité d'une voix masculine comme indicateur de la qualité génétique de son propriétaire.

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