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Pourquoi Roger Federer est le meilleur joueur du monde sur gazon

Temps de lecture : 5 min

Après le onzième sacre de Rafael Nadal à Roland-Garros, le Suisse rêve d’un neuvième couronnement à Wimbledon. Sur ce terrain où il a remporté le premier de ses vingt titres majeurs en 2003, la technique léchée du champion suisse fait merveille.

Roger Federer après sa victoire contre l'Allemand Mischa Zverev au Mercedes Cup tennis tournament à Stuttgart, Allemagne, le 13 juin 2018. | Marijan Murat / dpa / AFP
Roger Federer après sa victoire contre l'Allemand Mischa Zverev au Mercedes Cup tennis tournament à Stuttgart, Allemagne, le 13 juin 2018. | Marijan Murat / dpa / AFP

Fin mai, alors que Rafael Nadal se lançait à l’assaut d’un 11e titre à Roland-Garros, il était presque «acquis» que l’Espagnol toucherait au but tant sa domination Porte d’Auteuil est écrasante. À cette occasion, nous vous avions expliqué, en huit points, pourquoi la technique de l’Espagnol lui donnait une telle marge par rapport à ses adversaires sur terre battue. Le Majorquin s’était imposé sans coup férir.

Un mois plus tard, autre planète, avec le rendez-vous annuel sur le gazon de Wimbledon, et passage dans un autre royaume: celui de Roger Federer, vainqueur à huit reprises sur l’herbe du All England Club entre 2003 et 2017. Tenant du titre, le champion suisse, qui n’avait pas cédé une manche l’an passé, rêve légitimement d’un neuvième trophée britannique à quelques jours de son trente-septième anniversaire. Question d’âge, il n’a pas, ou plus, le même avantage sur gazon que celui que Nadal possède sur terre battue. Mais s’il n’est plus imbattable, loin de là, son récent succès à Stuttgart –le 98e de sa fabuleuse carrière– a néanmoins démontré qu’il était prêt à relever le défi.

Comme pour Nadal, nous avons demandé à Georges Deniau, peut-être le meilleur technicien de l’histoire moderne du tennis français, ancien entraîneur des équipes de France et de Suisse de Coupe Davis, et qui a également collaboré avec Roger Federer dans ses jeunes années, de décrypter le jeu du maestro de Bâle selon les mêmes huit coups ou critères en attribuant des notes sur 10. L’occasion de «réviser» son Federer, qu’on le connaisse par cœur ou plus approximativement, et de comparer avec les notes attribuées pour Nadal.


Service: 9,5/10

«Il atteint le maximum d’efficacité sur ce coup très décisif puisqu’il lance l’échange. Il n’est pas le serveur le plus rapide ou le plus puissant, mais il est le plus imprévisible pour tout adversaire. Pour le relanceur, il est presque impossible d’anticiper parce que le lancer de balle du Suisse est pratiquement toujours le même quel que soit son choix. Et pourtant, à chaque fois, ses options sont illisibles. Il possède toutes les nuances sur les première et deuxième balles. Son service court croisé slicé à droite ou court décroisé lifté à gauche déporte le relanceur d’une façon considérable. Son service à plat est également très surprenant. Il a une multiplicité d’options en la matière. Il touche toutes les zones. Il a même cette faculté de pouvoir délivrer volontairement trois ou quatre fois de suite le même service ou de changer systématiquement pour perturber celui qui est en face de lui. Il réussit beaucoup d’aces et, évidemment, il sert toujours très bien quand il en a besoin dans les moments de pression. Ce ne sont pas des prises de risque comme il est dit souvent à tort. Ce sont des initiatives notamment sur sa deuxième balle.»

Retour: 8,5/10

«Il retourne rarement de loin. Face à la première balle adverse, il se place à environ 1m, 1,50m, exceptionnellement davantage, derrière sa ligne de fond de court. Sur la seconde, il se trouve sur la ligne ou à peu près avec des nuances en fonction de l’adversaire ou de ce qu’il prévoit de faire. Il est à part car nombre de joueurs relancent désormais de très loin. Il est rarement surpris par la vitesse du service adverse et s’il retourne une première balle sur surface rapide, comme le gazon, son coup repart presque aussi vite. Ses retours deviennent alors des coups d’attaque. Le serveur a à peine terminé son mouvement que la balle est déjà dans son camp. Sur les secondes balles, il est toujours en position de prendre des initiatives parce que son but n’est pas de remettre en jeu, mais de surprendre et d’enlever du temps et de l’efficacité au relanceur.»

Coup droit: 9,5/10

«C’est l’un des meilleurs du monde. Le meilleur? C’est difficile d’être catégorique sur ce point. Là encore, il s’agit d’une arme imprévisible car il est capable de frapper ce coup droit dans toutes les directions. Ses changements de rythme peuvent être très violents. Il est en mesure de varier les hauteurs et les effets de trajectoire. Fondamentalement, il le frappe toujours très tôt et même parfois en demi-volée en fond de court. Il maîtrise les longueurs à la perfection, notamment pour les coups courts croisés ou plongeants lorsqu’il s’agit d’exécuter des passing-shots.»

Revers: 9,5/10

«Beaucoup ont dit que Federer avait modifié son revers. Selon moi, c’est faux. Techniquement, il n’a rien changé sur ce coup à travers le temps. C’est tactiquement qu’il l’a fait évoluer. Il le refuse moins. Cela lui permet d’avoir des replacements plus courts quand il frappe un revers à la place d’un coup droit qui l’obligerait à se décaler. Il choisit aussi plus le revers lifté que dans le passé sans perdre la qualité de son revers coupé. Le fait d’avoir davantage utilisé ce coup a apporté, effectivement, une amélioration à ce revers. Ce n’est donc pas un coup nouveau ou renouvelé. C’est seulement un coup plus fréquent et plus performant. Là encore, il maîtrise toutes les longueurs et tous les effets avec notamment des trajectoires sortantes qui déstabilisent ses adversaires toujours confrontés à l’imprévisibilité de ses options tactiques.»

Volée: 9/10

«Ce coup a toujours été fort en étant efficace dans toutes les directions, particulièrement quand il pratique le service-volée. Mais il a fait progresser sa volée de coup droit qui était une légère faiblesse il y a quelques années. Sa volée était un peu trop plate et la balle pouvait lui échapper avec des fautes en longueur et en largeur. Il prend désormais la balle un peu plus devant lui avec un léger effet coupé, plus ou moins prononcé, qui a, pour conséquence, de proposer un rebond plus bas à son adversaire. Il contrôle mieux ainsi son intension. Sa volée haute de revers est un véritable smash. Il excelle sinon sur les smashs classiques. Il est exceptionnel qu’il en rate un.»

Physique: 9,5/10

«Son physique est étonnant. Il récupère très bien de tous les efforts physiques qu’il s’agisse des conséquences d’un long match ou des suites d’un échange joué à un rythme très élevé susceptible d’emballer le niveau cardiaque. Vous ne le verrez jamais, ou alors exceptionnellement, prendre quelques secondes supplémentaires pour souffler un peu. Il enchaîne aussitôt, pratiquement comme si de rien n’était et cela alors qu’il a bientôt 37 ans. Ses qualités de vélocité, de détente, de coordination, de vitesse d’exécution et de relâchement sont phénoménales. Peut-être est-il à peine moins rapide qu’avant et encore… En tout cas, il ne laisse plus jamais passer l’occasion de raccourcir un échange. C’est une manière d’économiser ce physique hors-norme.»

Mental: 10/10

«La note maximale et rien d’autre. Comme Nadal, il ne renonce jamais. Il a conservé la fraîcheur de ses jeunes années et elle lui permet de prolonger le plaisir d’une très longue carrière qui aurait pu l’épuiser sur le plan psychique. De manière générale, il a toujours effectué les bons choix notamment au niveau de son entourage qui a été constamment en harmonie avec lui. Là aussi, il a fait preuve d’une intelligence permanente. Il n’a jamais été blessé à part une coupure de près de six mois en 2016 (problème au genou) qui a semblé le régénérer pour lui permettre d’entamer la fabuleuse dernière ligne droite actuelle. Il domine son sujet comme il domine ses matches. Il est complètement maître de son destin sur le court et en dehors.»

Tactique: 9,5/10

«On parle souvent de plan A ou de B lorsqu’il s’agit de tactique. Cela n’a pas beaucoup de sens et encore moins avec Federer. Il maîtrise tous les coups, tous les secteurs de jeu en s’adaptant à toutes les conditions (surface, court couvert/extérieur, vent, humidité, balle). Il reste les nuances en fonction de l’adversaire, mais il n’est jamais à court de solutions.»

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