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Peut-on avoir honte si nous n'avons rien à nous reprocher?

Temps de lecture : 2 min

Oui, si suffisamment de gens autour de nous sont persuadés de notre culpabilité.

Trop la honte | BlueRobot  via Flickr CC License by
Trop la honte | BlueRobot  via Flickr CC License by

En 1998, Joseph Dick, était accusé d'avoir violé et tué Michelle Moore-Bosko. L'homme avoua son crime à la police, fut condamné à douze ans de prison et s'excusa publiquement auprès de la famille de la jeune femme, en exprimant notamment toute sa honte d'avoir commis une telle atrocité. Ce qui ne tombait pas vraiment sous le sens, car Dick était innocent. Marin de la Navy sur l'USS Saipan, il était en mer au moment des faits, pas la moindre preuve matérielle ne le reliait au crime et l'ADN d'un autre homme –qui précisera avoir agi seul– fut retrouvé sur le cadavre de la victime à Norfolk, en Virginie.

Comment quelqu'un peut-il avoir honte de quelque chose s'il n'a en réalité rien à se reprocher? Par la force de la pression collective: si vous êtes entourés de gens persuadés de votre culpabilité, la honte pourrait vous aider à remédier à la dévaluation sociale que vous êtes susceptible de subir dans de telles circonstances.

Telle est la conclusion principale d'une passionnante étude sur les origines et les fonctions évolutives de la honte, menée par cinq chercheurs en psychologie des universités de Montréal, de Californie et de l’État de New York.

Theresa E. Robertson, Daniel Sznycer, Andrew W. Delton, John Tooby et Leda Cosmides s'appuient sur deux procédures expérimentales, impliquant 334 volontaires, pour découvrir ce qui peut déclencher la honte. Il en ressort qu'un acte répréhensible est totalement accessoire et que plus nous craignons d'être déconsidérés par nos pairs, plus ce sentiment a de chances de nous envahir.

Ce faisant, les scientifiques apportent de l'eau au moulin d'une théorie adaptative sur ce sentiment, postulant que la honte aurait été sélectionnée par l'évolution parce qu'elle permettrait de limiter les dégâts des idées mauvaises que les autres peuvent se faire sur nous. Pourquoi? Parce que dans un environnement ancestral où la dépendance au groupe était souvent synonyme de vie ou de mort, il importait peu que vous ayez été effectivement coupable d'actes anti-sociaux (vol, tromperie, agression, meurtre, viol, etc.): si votre communauté était persuadée de votre perversité, elle vous voyait comme dangereux et vous excluait, vous privant par la même occasion des avantages qu'elle pouvait vous apporter.

Dans ce sens, et conformément à l'hypothèse faisant de la honte un signal de menace, la honte a d'autant plus de chances de germer dans notre esprit lorsque notre entourage apprend (ou est susceptible d'apprendre) des informations négatives à notre sujet, qu'importe leur assise factuelle.

Dès lors, la honte servirait à nous inciter à la prudence –ne pas commettre d'actes potentiellement générateurs de dévaluation sociale– et à limiter les dégâts de cette même dévaluation, en endiguant notamment la propagation de notre mauvaise réputation. Une réputation bien plus largement déterminée par la force des croyances d'autrui que par la solidité de tel ou tel fait.

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