Santé / Sciences

«Je suis animé d’une peur de passer à côté de quelque chose de mieux»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille H., un trentenaire qui se demande si sa vie sexuelle peu satisfaisante doit le pousser à mener des relations extra-conjugales.

Gael Garcia Bernal dans «Mammoth» de Lukas Moodysson (2009) | Capture d'écran via YouTube
Gael Garcia Bernal dans «Mammoth» de Lukas Moodysson (2009) | Capture d'écran via YouTube

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là.

Chère Lucile,

J’ai construit ma vie avec mon premier amour, depuis mes 20 ans. Mais à présent, j’ai peur de passer à côté de quelque chose d’essentiel de la vie en matière d’expériences avec l’autre sexe. Nos arrière-grands-parents ne se posaient sans doute pas cette question qui me taraude tant. J’ai 36 ans, et je me sens comme un ovni parmi mes amis.

Ma femme et moi avons vécu ensemble des moments forts, et nous avons réellement construit quelque chose. Elle m’a notamment donné deux enfants, aujourd'hui âgés de 3 et 6 ans.

Malheureusement, depuis leur arrivée, notre activité sexuelle fonctionne au ralenti, avec des occasions de plus en plus éloignées dans le temps (maximum une fois par mois) et pas toujours satisfaisantes, ce que ma femme ne se prive pas de me reprocher. Je me sens clairement moins attiré sexuellement à son égard que lors de nos sept ou huit premières années de couple.

Aujourd’hui, je vis avec l’impression d’un manque de vécu amoureux et relationnel avec le sexe opposé. La sexualité dans laquelle nous nous sommes enfermés est plutôt adolescente, faute d’avoir réellement eu d’autres expériences avec autrui. Une pudeur limitative a pu s’installer. Mais comment forcer sa créativité lorsque l’attraction sexuelle baisse sensiblement?

Je dois avouer une expérience extra-conjugale à 30 ans, terriblement excitante mais ayant généré un psychodrame familial. Malgré la possibilité de larguer les amarres à ce moment-là, j’ai décidé de rester, par peur de ressentir de la culpabilité à l’égard de ma fille d’à peine un an –sans parler de mon projet de lui donner un petit frère ou une petite sœur.

Aujourd’hui, je remarque que j’ai beaucoup de succès auprès des femmes: elles me le font sentir, et cela accroît ma frustration de ne pas en profiter davantage. Je ressens de la curiosité vis-à-vis d’autres corps, d’autres odeurs. Ma compagne le sait et vit difficilement cette situation, son modèle familial étant des plus classiques. Inutile donc de vous dire que l’échangisme ne fait pas vraiment partie de nos plans.

En attendant, je suis animé d’une peur de passer à côté de quelque chose de mieux. Ma femme est belle, et malgré tout ce qu’elle m’a apporté, je me dis que chaque nouvelle rencontre avec autrui serait d’autant plus riche en échanges et en apprentissage l’un de l’autre. Le véritable amour profond d’autrefois semble s’être transformé en simple attachement: est-on arrivé à la fin d’une histoire?

Nos enfants sont ma plus grande richesse, et ma culpabilité n’est jamais très loin lorsqu’il s’agit de considérer d’autres scénarios que ma vie actuellement monogame, donc traditionnelle.

Ma femme tient beaucoup à moi, et ma hantise serait de casser ma famille de façon rédhibitoire, en subissant les éventuelles conséquences négatives avec mes enfants, même si notre situation actuelle de couple prompt à la dispute rejaillit inévitablement sur eux. Suis-je trop altruiste? Insuffisamment égoïste? Les impacts financiers d’une séparation et un possible isolement alimentent également mes réflexions.

J’ai déjà suggéré à ma femme que l’on fasse des expériences tout en restant ensemble. Malheureusement, elle ne veut pas en entendre parler; selon elle, cela signerait la fin de notre histoire, malgré le fait que je prétende le contraire. Une simple pause de couple de trois ou six mois a tendance à la mettre dans tous ses états.

Que me conseillez-vous?

H.

Cher H.,

Dans la société actuelle, nous nous sommes habitués à nous comporter comme des enfants, à avoir des désirs soudains et à les satisfaire aussi vite –que ce soit sur de stricts objets de consommation ou en matière amoureuse. Affriolés par la facilité de la rencontre sans lendemain, avec une offre multipliée sur des sites et applications spécialisées, on n’imagine plus de la même manière la monogamie.

Je ne vais pas vous jeter la pierre: je ne suis pas monogame. J’ai un mode de fonctionnement dans mes couples qui pourrait cependant se rapprocher d’une forme de fidélité, dans le sens où je ne fais rien qui puisse faire souffrir mes partenaires et où le mensonge est totalement exclu.

C’est pour moi l’élément essentiel d’un couple qui dure: l’honnêteté. Vous avez le droit de choisir d’aller vivre votre vie comme bon vous semble et de multiplier les conquêtes –même si selon mon expérience, cette démarche est finalement assez vaine– ou bien d’essayer de relancer une vie sexuelle qui vous convienne avec votre partenaire de vie.

Ce qui est important, c’est d’assumer votre choix et de ne faire souffrir personne. Votre épouse n’a pas à se voir reprocher votre manque de désir pour elle, comme elle n’a pas à se voir reprocher votre désir pour d’autres. En fait, malgré sa monogamie, elle pourrait très bien avoir été draguée elle aussi et avoir rougi à l’idée de plaire. Comment alors le vivriez-vous? Êtes vous prêt à donner à votre épouse les mêmes libertés que vous demandez? Si vous ne vous vous sentez pas assez séducteur dans votre vie quotidienne avec elle, pensez-vous qu'elle soit comblée de son côté?

Je ne crois pas que toucher des dizaines de peaux ou crier des centaines de prénoms différents pendant l’orgasme soit une réelle richesse. C’est sympathique et hautement divertissant, mais cela ne fera pas de vous quelqu’un de plus épanoui ou de plus complet. On oublie vite la sensation de la peau sous les doigts, et les prénoms comme les visages se confondent.

Ce n’est donc pas pour moi une question de chiffre, mais bien d’engagement et de désir, d’investissement et de sentiments. Soyez honnête avec votre épouse à propos de vos désirs, mais écoutez également les siens. Si vos chemins de vie se séparent ici, ne jugez pas son refus de vous suivre sur cette voie. Je ne crois pas à la pause, qui n’est qu’une excuse pour satisfaire vos désirs. Je ne crois pas non plus qu’il existe toujours «quelque chose de mieux» ailleurs. Si votre famille vous importe tant, prenez juste vos responsabilités.

Lucile Bellan Journaliste

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