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Facebook «ne prévoit pas» d’écouter vos conversations

Temps de lecture : 4 min

Facebook lutte toujours contre une théorie complotiste selon laquelle le réseau social se servirait du micro de votre téléphone pour vous écouter et adapter ses publicités.

Occupés | Rawpixel via Unsplash CC License by
Occupés | Rawpixel via Unsplash CC License by

Selon une théorie complotiste bien ancrée dans l’univers de la technologie, Facebook écouterait furtivement vos conversations dans le monde réel via le microphone de votre smartphone. Le réseau social utiliserait ensuite ces données pour vous proposer des annonces liées aux sujets que vous abordez. Une théorie attisée par des anecdotes de personnes qui racontent s’être vu proposer des publicités sur Facebook portant sur des produits dont elles venaient tout juste de parler à voix haute.

Au fil des années, Facebook a essayé à de nombreuses reprises de faire taire la rumeur. Dès juin 2016, l’entreprise avait recours à une mesure plutôt inhabituelle et faisait une déclaration publique sur le sujet qui pouvait difficilement être plus claire: «Facebook n’utilise pas le micro de votre téléphone pour ses publicités ou son fil d’actualité».

Mais cela n’a pas empêché les utilisateurs et utilistarices d’y croire, et la théorie persiste malgré une série de tentatives de démystification et d’explicatifs par de grands médias. L’enquête la plus aboutie venait peut-être d’un épisode du podcast technologique «Reply All» de novembre dernier, intitulé «Facebook vous espionne-t-il?».

La rumeur refait surface

La question a pourtant refait surface lorsque le PDG de Facebook Mark Zuckerberg a témoigné devant le Congrès en avril, au lendemain du scandale des données personnelles Cambridge Analytica.

À la question «Facebook utilise-t-il le contenu audio obtenu sur les appareils mobiles de ses utilisateurs pour enrichir sa base d’informations personnelles?» posée par Gary Peters, sénateur démocrate du Michigan, Zuckerberg a encore une fois nié en bloc. Avant de préciser que l’application Facebook n’accède au micro du téléphone que lorsque les utilisateurs et utilisatrices s’en servent pour enregistrer des vidéos. Sa réponse a semblé apaiser Gary Peters, qui a déclaré: «Espérons que cela dissipera les rumeurs». Cependant, les plus sceptiques ont fait remarquer que, techniquement, Zuckerberg n’était pas sous serment.

La semaine dernière, la question est revenue sur le devant de la scène et, cette fois-ci, la réponse offerte par Facebook n’a pas joué en sa faveur.

Parmi les centaines de questions supplémentaires du Congrès, publiées le 11 juin aux côtés des réponses fournies par Facebook, au moins trois cherchaient à savoir si l’entreprise écoute les conversations des internautes pour leur proposer des publicités ciblées. Et trois fois, Facebook a répondu par un «non» catégorique. Mais quelques journalistes à l’œil de lynx ont remarqué que Facebook avait fourni une réponse bien plus vague à cette question de Ted Cruz, sénateur républicain du Texas: «Facebook s’engagera-t-il à ne pas utiliser sa plateforme pour collecter des informations audio ou visuelles à la dérobée?»

Au lieu de répondre directement, Facebook a choisi de renvoyer Ted Cruz à une réponse précédente, dans laquelle l’entreprise déclarait ne pas collecter de données audio. En d’autres termes, Facebook donnait l’impression de refuser de s’engager à ne pas écouter les conversations de ses utilisateurs et utilisatrices à l’avenir.

Des articles publiés à ce sujet par Quartz et The Independent suggéraient que Facebook s’était gardé une porte de sortie et réfléchissait peut-être à pratiquer les activités de surveillance audio suspectes que les théoriciens du complot craignaient depuis le début.

«Permettez-moi d’être clair à ce sujet»

Étonné que Facebook envisage une telle pratique étant donné l’indignation générale persistante, j’ai exhorté l’entreprise à clarifier sa position quant à une future collecte de données audio sur les appareils mobiles des internautes.

Le lendemain, un porte-parole de Facebook me renvoyait une version modifiée d’une ancienne déclaration fournie par l’entreprise en réponse au Congrès. Je copie la déclaration modifiée ci-dessous, avec la nouvelle phrase en gras: «Permettez-moi d’être clair à ce sujet: Facebook n’utilise pas le microphone de votre téléphone ni aucune autre méthode permettant d’extraire du contenu audio pour façonner ses annonces ou déterminer ce que vous voyez dans votre fil d’actualité. Nous accédons uniquement à votre microphone si vous nous en avez donné la permission et si vous utilisez une fonctionnalité qui nécessite de l’audio (par exemple, si vous enregistrez un message vocal). Nous n’avons pas prévu de changer cela.»

C’est la première fois que le réseau social déclare publiquement qu’il ne prévoit pas d’écouter les conversations des gens sur leur téléphone. Cela permettra peut-être de mettre un terme aux spéculations autour des intentions de Facebook à ce sujet.

Facebook ne nous espionne pas via nos téléphones et ne prévoit pas de le faire prochainement, mais on ne sait jamais.

Peut-être, mais sans doute pas. Après tout, affirmer que vous ne prévoyez pas de faire quelque chose ne revient pas à l’écarter complètement. Quiconque s’y connaît en politique sait que lorsqu’un candidat ou une candidate affirme ne pas prévoir de se présenter, cela signifie en réalité qu’il l’envisage.

À condition de prendre Facebook au mot, il ne nous reste donc plus qu’à déterminer si l’entreprise se laisse une ouverture par excès de prudence ou parce qu’elle envisage vraiment de le faire. Les deux sont possibles.

L’idée selon laquelle Facebook le fait déjà et continue à mentir effrontément sur le sujet, tout en se couvrant prudemment quand on l’interroge sur ses projets à venir, est moins plausible. Le message à retenir semble donc le suivant: Facebook ne nous espionne pas via nos téléphones et ne prévoit pas de le faire prochainement, mais on ne sait jamais.

Et si vous adhérez vraiment à la théorie du complot et cherchez un prétexte auquel vous raccrocher, en voici un: Facebook n’a jamais répondu à mon autre question, à savoir s’il avait déjà testé la collecte de données audio à des fins publicitaires.

Will Oremus Journaliste

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