Automobile : les délocalisations révélées à Sarkozy
Le président a soudain découvert que deux sous-traitants sur trois de Renault ne sont pas des entreprises françaises.
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Comme en écho à ses propos, les salariés de New Fabris qui ont assisté mardi 26 janvier à la vente aux enchères de leurs machines parce que leur entreprise - sous-traitant de l'automobile - avait fait faillite, auraient pu lui expliquer le schéma récurrent qui aboutit à la fermeture d'un site. Le processus passe souvent par des rachats qui n'ont pour objectif que le dépeçage avant fermeture définitive, alors que les productions sont passées sous d'autres cieux.
Louis Schweitzer en ligne de mire
Pourtant, Nicolas Sarkozy n'a pas besoin de grandes démonstrations. Il fut lui-même ministre en charge du secteur en 2004 lorsque, ministre de l'Economie et des Finances dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, son portefeuille comprenait l'Industrie. Il eut alors tout loisir de s'informer des mouvements de délocalisation qui étaient à l'époque évidents, sans s'en émouvoir pour autant. Pourtant lundi sur TF1, le Président de la République a préféré désigner Louis Schweitzer, ex-PDG de Renault, comme bouc émissaire pour les fermetures d'usines et des délocalisations. Sans oublier Lionel Jospin qui, lorsqu'il était à Matignon, s'est déclaré impuissant pour empêcher le constructeur automobile de fermer son usine en Belgique. Par deux fois, Louis Schweitzer a été montré du doigt par le Président qui n'a pas omis de rappeler la sensibilité de gauche de l'ancien patron automobile, aujourd'hui à la tête de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde).
Nicolas Sarkozy, ministre de tutelle
Certes, Louis Schweitzer a été le directeur de cabinet de Laurent Fabius dans ses différents ministères et jusqu'à Matignon. Il intégra l'ex-régie en 1986, et en devint président en 1992. Mais un président d'entreprise dans lequel l'Etat est actionnaire doit obtenir le veut vert de son conseil, et donc des représentants de l'Etat, pour mener une stratégie. Or, en 1993, Edouard Balladur entrait à Matignon, avec Nicolas Sarkozy dans son équipe. L'Etat, à l'époque l'unique propriétaire de la régie, ouvrit son capital mais en resta majoritaire. Alain Juppé accédait ensuite au poste de Premier ministre. La droite aux affaires a cautionné cette stratégie, comme la gauche après son retour avec Lionel Jospin. Et à nouveau la droite avec Jean-Pierre Raffarin et, comme on l'a vu Nicolas Sarkozy comme ministre de tutelle pour tous les dossiers concernant Renault. Aujourd'hui, l'Etat possède encore 15% du constructeur automobile.
S'il ne s'agit pas d'exonérer un patron d'entreprise de ses responsabilités, il convient de rendre à sa tutelle sa part dans la validation des stratégies qui lui sont soumises, surtout lorsqu'il s'agit d'automobile et d'une entreprise dans laquelle l'Etat a son mot à dire. Nicolas Sarkozy le sait bien, lui qui exerça cette tutelle. Découvrir aujourd'hui que l'automobile française a délocalisé à tour de bras au point qu'elle s'approvisionne plus hors de ses frontières qu'à l'intérieur, est tout simplement impossible lorsqu'on a eu les responsabilités qui ont été les siennes.
On est toujours le sous-traitant d'un autre
Les pouvoirs publics ont choisi la politique de l'autruche s'agissant de l'automobile française, qui ne fabrique plus en France que 3 voitures sur 10 produites dans le monde pour Renault et 4 sur 10 pour PSA. Or, on n'en arrive pas à ce point de délocalisation du jour au lendemain. En outre, la situation est pire du côté des sous-traitants. Soit ils s'installent dans des pays à bas coûts pour être plus compétitifs en rapatriant leurs productions dans l'Hexagone, soit ils sont rayés de la liste des fournisseurs de l'automobile française. Et comme dans ce secteur d'activité, on est toujours le sous-traitant d'un autre, c'est finalement une grosse partie de l'activité de production qui a fermé ses portes.
Une balance industrielle négative
L'industrie en général est logée à la même enseigne que l'automobile. Dans le rapport remis par les Etats généraux de l'industrie à Christian Estrosi, ministre délégué en charge du secteur, on apprend que le nombre de salariés dans l'industrie a baissé de 13% en France depuis 2000 (et même 16% dans l'automobile) alors que la population active a augmenté de 6%, et que ce secteur ne fournit plus que 13% des emplois. Les gouvernements qui se sont succédé, de droite comme de gauche, ont tourné le dos à l'industrie.
On en paie aujourd'hui les conséquences: le secteur manufacturier ne représente plus que 16% de la valeur ajoutée du pays, contre 30% en Allemagne (près de deux fois plus). Depuis 2006, la balance commerciale des produits manufacturés est devenue négative en France : -21 milliards d'euros en 2008 (dont -3,5 milliards pour l'automobile) alors que celle de l'Allemagne était positive de 274 milliards d'euros cette année là.
Le contre exemple allemand
Pourtant, l'Allemagne a une économie aussi ouverte sur le monde et l'Europe que la France, et elle utilise la même monnaie. Donc, invoquer la force de l'euro pour expliquer les contre-performances des exportations françaises n'est pas suffisant, et préconiser une fermeture des frontières pour ralentir les importations ne serait que pure démagogie. L'Allemagne a défini des stratégies dans l'industrie, notamment dans l'automobile, compatible avec sa situation sur l'échiquier industriel mondial pour conserver des emplois et de la valeur ajoutée.
Réduction de coûts n'est pas stratégie
A certaines époques de son histoire, la France a su prendre aussi des décisions structurantes pour développer son nucléaire, son aéronautique ou ses télécom. Il s'agit là de politique industrielle, avant que les gouvernements, mal conseillés par des hommes d'affaires qui y avaient intérêt, ne décrètent le concept démodé face à la vertueuse mécanique des marchés. Dans l'automobile comme dans d'autres domaines, la seule règle qui a prévalu depuis deux décennies est celle du «moins disant», c'est à dire de l'approvisionnement à moindre coût. Les «cost-killers» furent les managers vedettes de cette époque.
Mais la réduction des coûts n'a jamais fait office de stratégie industrielle. Nicolas Sarkozy semble le découvrir, et aura certainement l'occasion de compléter sa conversion lorsqu'il interviendra sur le sujet après que Christian Estrosi, après avoir reçu les propositions des Etats généraux, lui aura remis des propositions pour enrayer le déclin de l'industrie française. S'agissant d'investissements de long terme et de formations de pointe, il faudra plus que des exemptions de charges ou autres dispositifs d'urgence pour redresser aujourd'hui ce qui est créateur et diffuseur de richesse.
Gilles Bridier
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Image de Une: La Renault Clio Benoit Tessier / Reuters
Mis à jour le 27/01/2010 à 3h38











![[Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus» [Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus»](http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/bloc-alaune/villepin_4_0.jpg)






























Gilles Bridier nous propose ici la N ième version de l'incapacité de l'état à arrêter une véritable stratégie de fond et à la décliner à travers son action générale ou par l'exercice de ses mandats de conseil d'administration.
Aujourd'hui Renault, hier les banques, avant hier le nucléaire ou un autre jour la distribution, l'agriculture et j'en passe et des meilleurs.
Nos politiques agissent trop souvent par opportunisme et plus souvent dans la perspective de la retombée médiatique immédiate que dans la construction de long terme d'une politique solide.
On pourrait même aller chercher dans certaines actions dans lesquelles les élus viennent s'impliquer une volonté d'exercice du pouvoir, de participer à quelque chose dans lequel ils n'ont théoriquement rien à faire ou la construction et l'exercice de jeux relationnels voir de copinages.
Le nucléaire est particulièrement un exemple frappant d'absence d'une volonté stratégique et industrielle marquée et étayée. Au lieu de cela, c'est la foire d'empoigne des amitiés et luttes de pouvoir pour savoir qui va récupérer le bébé.
Ou bien l'Etat se met sérieusement à s'impliquer dans les stratégies industrielles comme ce pouvait être le cas jusque dans les années 70. Dans ce cas, il faut redonner ua ministère de l'industrie un vrai rôle, un pouvoir, une ambition et surtout ... un cap fort de long terme.
Ou bien nos hommes politiques continuent de s'occuper de ce qu'il n'ont pas à faire au lieu d'impulser des actions de fond et on continuera à lire ce genre d'article sur tous sujets parce que puisés dans l'air du temps au gré des évènements.
Cette désignation de boucs émissaire ne fait que cacher l'absence d'idée de Sarkozy sur l'industrie. Quand, moi industriel, je vends un produit 100 à un client, ce client le revend 140. Généralement, il le vend à quelqu'un qui va encore le revendre 200. J'ai créé, disons, 60 de valeur ajoutée, mon client en a créé 40. Si le produit a encore été revendu, le revendeur en a encore créé 50. Pour créer, en gros, la même valeur ajoutée à chaque stade, les moyens mis en œuvre n'ont pas du tout été les mêmes; je produits avec des machines sophistiquées, des hommes très qualifiés et en devant faire fonctionner des processus très complexes (études, développement, chaîne de fabrication, SAV). Les autres, client et revendeur, ne font "que" vendre et créent, en tout, bien plus de valeur ajoutée que moi. Pour être industriel, il faut y trouver un intérêt, notamment financier. Aujourd'hui, la complexité des processus industriels n'est pas assez rémunératrice. La solution ? Il faut que les charges sociales et fiscales soient plus faibles dans les métiers les plus complexes, qu'elles soient liées aux moyens engagés. Et puis il faut réellement encourager la concurrence. Une entreprise qui tient un marché, l'accès direct à des clients, va tout faire pour préserver cet accès. Aujourd'hui, c'est la "possession" d'un marché qui est source de richesse, comme les revendeurs de mon histoire. Une fois qu'une entreprise a un marché, qui va pouvoir aller sur ce marché ? Il y a aujourd'hui un seul transporteur aérien français et ce sont des concurrents anglais qui font baisser les prix. Si vous voulez acheter un tracteur, vous avez le choix entre 2 ou 3 marques seulement. Sarkozy ne nous parle pas de tout ça, au contraire, lui qui pense que la 4ième licence de téléphonie mobile est une mauvaise chose. Et enfin, il faut des lois et une justice pour protéger les faibles; que votre entreprise qui n'avait qu'un gros client depuis des années soit dé référencée d'un coup et vous verrez; toutes les lois existent (rupture abusive des relations commerciales, par exemple), aucune n'est bien appliquée ou appliquée suffisamment rapidement, votre entreprise a le temps de mourir 10 fois. Voilà un vrai projet pour des politiques qui voudraient se bouger...
Qu'on s'étonne que le Président s'étonne de découvrir l'ampleur des délocalisations n'a rien d'étonnant.
Cependant, pour ce qui concerne Renault, il faut préciser le périmètre des chiffres de cet article (et de N. Sarkozy). Lorsqu'on déclare que 7 voitures Renault sur 10 sont construites hors de France, de quel Renault parle-t'on? La marque Renault, ou le groupe Renault, qui inclue notamment Nissan et Samsung Motors. Le simple fait d'inclure Nissan divise par 2 la proportion de Renault fabriquées en France. Il serait important de préciser si ce chiffre de 30% porte sur la marque Renault ou le groupe Renault.
Reste la question des sous-traitants qui n'ont clairement pas eu d'autre choix que de délocaliser massivement leur production. De toute façon Renault ayant maintenant une emprise mondiale peut mettre en concurrence ces sous-traitants et provoquer la fermeture d'usines en France en préférant un sous-traitant étranger.
Cependant la comparaison avec l'exemple Allemand de cet article est surprenante. Existe-t’il une politique industrielle Allemande tournée vers l'automobile ? Existe-t’il une politique industrielle Allemande ? La politique industrielle est un concept Français, pas Allemand.
Peut-être une des raisons de l’excellence Allemande n’est-elle pas à chercher dans une politique industrielle, mais plutôt dans les réformes menées depuis 10 ans dans ce pays. Réformes qui ont permis à l’Allemagne de restaurer sa compétitivité. Réformes que ni M. Jospin, ni M. Chirac n’ont faites. Bien au contraire la plupart des décisions, ou des non décisions, de ces 2 dirigeants ont dégradé la compétitivité de notre industrie. Nous devons maintenant nous atteler à ces réformes, dans un contexte international dégradé. Espérons qu’il n’est pas trop tard.
Petit rappel de terminale : le but d'une entreprise n'est pas de créer des emplois, mais de créer des profits pour ses actionnaires. Si notre pays ne rend pas la création de profits plus attractif qu'un autre, alors les entreprises iront créer ailleurs les emplois. Ce n'est pas scandaleux, c'est mathématique.
Alors on est amené à un choix de société : soit on fait comme l'Allemagne : suppression du salaire minimum et baisse des charges sociales pour rendre nos PME compétitives avec ceux de la Chine, soit on laisse la situation inchangée car finalement tout ceci ne vaut pas une remise en cause de notre cher modèle social...
Il n'y a pas de de bonne ou de mauvaise réponse, juste qu'on ne se lamente pas parce qu'on veut le beurre et l'argent du beurre.
Globalement, je ne peux qu'abonder dans le sens des précédents intervenants. Mr Sarkosy (comme son prédécesseur) a une politique de développement industrielle désastreuse orientée uniquement sur le court terme et les effets d'annonce.
Il s'indigne de soit-disant découvrir les délocalisations, alors qu'il a sciement soutenu depuis des années les lobbys de tout poil à l'origine du phénomène, tout en ne faisant rien ou peu pour les petits industriels, les artisans ou la recherche, qu'elle soit fondamentale ou appliquée.
Un tissu industriel sain et dynamique est un tissu varié avec de nombreux acteurs, hors que voit-on? N. S. et son gouvernement ont toujours soutenu les monopoles, les grands groupes multinationaux et favorisé la création de concentrations et autres "champions", niant la notion même de libre concurence et favorisant immobilisme, népotisme et "rente de situation".
N'oublions pas que comme "jcroispas" le fait remarquer, la création de richesses vient à la base de l'industrie (fabrication) de la recherche (brevets) ou de l'exploitation de ressources naturelles (si possible transformées par l'industrie). La situation dramatique du niveau actuel d'exportation français est directement liée aux carences dans ces domaines.
J'entends souvent le refrain "les délocalisations sont indispensables pour être compétitif sur le marché mondial, car la main d'oeuvre est moins chère ailleurs". C'est très discutable car la productivité et la qualification des salariés français est bonne, la France dispose encore d'infrastructures avancées et l'automatisation supplée la main d'oeuvre dans bien des domaines.
Mais, admettons que je me fasse l'avocat du diable: Alors, où sont les efforts pour compenser ces délocalisations par des incitations fortes à la création de nouvelles entreprises innovantes? Où sont les investissements massifs à faire dans la recherche ou l'éducation pour créer la richesse de demain? Excusez-moi, mais je ne vois que l'inverse (réductions et économies partout, destruction de l'existant opérationnel), pas d'effort cohérent avec des moyens pour développer de nouvelles filières d'excellence, au contraire une attitude souvent rétrograde et tatillonne, au service des grands groupes en place et sûrement pas les jeunes entrepreneurs. Quand ça ne marche pas, c'est au choix: la faute à la crise... à l'europe... au gouvernement socialiste d'il y a 20 ans... mais jamais au grand jamais, je ne vois le début d'une remise en cause... Après ne vous étonnez pas si nos meilleurs cerveaux fuient vers l'étranger.
Je voudrais jouer les cassandres, je dirais que dans 15 ans, la France sera devenu une destination touristique ruminant un passé industriel brillant et une excellence scientifique oubliée. Hélas, je ne vois pas, dans le spectre politique actuel (gauche et droite unie dans la médiocrité) de personnalité capable de nous sortir de l'ornière...