Culture

La City Pop, bande-son de vos apéros estivaux

Temps de lecture : 3 min

On a du mal à la définir, on ne sait même pas si c'est vraiment un genre, mais vous serez accro à cette musique venue du Japon avant même de l'avoir réalisé.

Extrait d'une vidéo d'illustration du titre Off Shore de Toshiki Kadomatsu. | Capture d'écran via YouTube
Extrait d'une vidéo d'illustration du titre Off Shore de Toshiki Kadomatsu. | Capture d'écran via YouTube

«La City Pop c'est pas un genre musical, c'est une sensation.» Je serais presque tenté de donner raison à Svani, utilisateur de Reddit, qui se balade dans le sous-forum dédié à la City Pop pour profiter des trouvailles des autres et partager sa science. «La City Pop ça sent la musique des grandes villes, c'est moderne, cool, sophistiqué. Et surtout, contrairement à plein d'autres trucs en J-pop, ça fait adulte.» Comprendre: la City Pop, on ne sait pas ce que c'est, mais c'est du sérieux.

En réalité, derrière le terme City Pop se cachent tout de même quelques éléments communs qui pourraient bien en faire un genre, qui s'est développé dans les années 1970 et 80 au Japon –avant de trouver une seconde jeunesse, sur la scène internationale, dans les années 2010. Un mélange de jazz, funk, disco et pop occidentale, chanté en japonais, très éloigné des musiques d'inspirations plus traditionnelles qui alimentaient les platines japonaises jusqu'alors.

Immédiatement addictif

Surtout, et c'est bien pour ça que la City Pop est avant tout une sensation, c'est le style musical des jeunes urbains des 80's au Japon, dans un contexte de boom économique, qui se le sont approprié grâce à l'essor des… autoradios. Si vous pouvez écouter un morceau au volant de votre voiture en voyant défiler les lumières de la ville et en vous sentant aussi cool que Nicky Larson en costume oversized, c'est de la City Pop.

Comment la City Pop a-t-elle réussi à creuser son trou chez les occidentales et occidentaux, trente ans après avoir fait danser les Japonaises et Japonais? Tout a commencé sur Tumblr, avec le vaporwave, un genre de funk rétrofuturiste, qui est allé puiser dans la City Pop une esthétique liée à la culture pop japonaise des années 1980.

Ajoutez à cela notre fascination nostalgique pour les passés que l'on n'a pas connus, ainsi que, j'aime à le croire, le succès du Nightcall de Kavinsky et de la BO de Drive en général, que l'on pourrait qualifier de City Pop dystopique bien plus dark; ajoutez-y le retour de la basse toute-puissante depuis que Daft Punk a, pour le grand public, ressuscité funk et disco en 2013 –avant d'être suivi par Bruno Mars et consorts… et vous avez la recette parfaite pour un revival City Pop. Musique d'été par excellence, parfois festive, parfois sirupeuse, parfaite pour draguer à la belle étoile mais aussi sous les lumières stroboscopiques des pistes de danse.

Posez une oreille sur un morceau de City Pop, et vous ne pourrez plus vous en passer. Ça tombe bien, YouTube fourmille de titres et de playlists déjà conçues, et l'algorithme de recommandation cernera très vite que ce qui vous intéresse, ce sont les pépites de Tatsuro Yamashita, Takako Mamiya et Tomoko Aran. Car franchement, regardons les sorties récentes, nous sommes déjà en plein été et ce ne sont pas le dernier morceau de Christine and the Queens (qui s'essaie… au funk, tiens donc) ou les dernières productions de Kanye West –excellentes mais trop sombres pour ambiancer vos apéros au rosé/Spritz– qui vous feront traverser juillet et août avec le sourire, ni qui vous permettront de le revivre avec nostalgie à la rentrée.

Mille portes d'entrée

Par où commencer sa plongée dans la City Pop? Difficile de ne pas mentionner «Plastic Love» de Mariya Takeuchi, récemment couronné «Meilleur morceau de pop du monde» par Noisey, et name droppé au Japan Times par Gorillaz pour la promo du prochain album du groupe: «Noodle [la guitariste virtuelle de la bande] a une tendresse pour Plastic Love de Mariya Takeuchi, une vraie Wonder Woman du funk japonais». On entre ici dans le côté plus chill du genre, moins dansant et plus nostalgique –avec plus souvent des chanteuses que des chanteurs. On pourrait ajouter Taeko Ohnuki et Momoko Kikuchi, par exemple.

Pour le côté plus funky, se diriger vers Toshiki Kadomatsu, Junko Yagami ou Hideki Saijo. En réalité, il n'y a pas de mauvaise porte d'entrée à la City Pop: il suffit de s'y engouffrer avec curiosité. Pour des explorations poussées et exhaustives, les compilations de Van Paugam, DJ de Chicago spécialiste du genre, sauront satisfaire vos envies d'étés japonais pour les mois à venir.

Saeptem Beseven Journaliste

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