Jamais sans mon sous-titre... professionnel
Ce que les «vrais» traducteurs pensent des fansubbers.
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Il y a deux semaines, Slate publiait un article sur les fansubbers, ces auteurs amateurs («pirates», diront certains) ruinant volontiers leur cycle de sommeil pour «offrir» des sous-titres aux consommateurs de séries téléchargées. Une pratique étonnante qui méritait qu'on s'y intéresse, mais qui cache de plus en plus souvent les difficultés que rencontrent les professionnels. Face méconnue du métier de traducteur —on parle bien plus volontiers de ceux qui rendent accessibles les romans, qui sont parfois les mêmes— l'adaptation d'œuvres télévisuelles souffre en effet depuis quelques années d'une perte de moyens et d'une désorganisation qui menacent la qualité du sous-titrage.
Auteurs, traducteurs, adaptateurs
Ne dites pas «sous-titreur», mais auteurs, traducteurs ou adaptateurs (les trois mots leur conviennent) — «le sous-titrage, c'est la fabrication des sous-titres, la partie technique de la chose, explique Sylvestre, 38 ans, auteur depuis près de dix ans. Nous sommes en charge de la partie littéraire du métier. Nous adaptons des œuvres de l'esprit, donc notre travail est aussi une œuvre de l'esprit. » En France, ils sont un peu moins de 400, dont plus de 150 regroupés depuis 2006 dans l'ATAA (Association des Traducteurs Adaptateurs de l'Audiovisuel). Tous sont indépendants - «un traducteur audiovisuel salarié, ça n'existe pas. Nous sommes tous rémunérés en droits d'auteurs, sans chômage, sans congés payés», explique Sylvestre — et rouages d'un système simple: leurs travaux leurs sont commandés par des «labos», entreprises chargées par les chaînes de télévision ou les distributeurs de DVD de faire sous-titrer leurs œuvres.
Un traducteur ne sera jamais —sauf exception— en contact direct avec son «client» (la télévision ou les éditeurs de DVD, donc), contrairement au cinéma, où les distributeurs vont jusqu'à contrôler en personne la qualité des sous-titres. Pour les séries, tout passe par les labos. Or, s'agace un autre membre de l'ATAA, «les labos n'y connaissent rien en traduction. C'est un peu comme si un éditeur demandait à son imprimeur de s'occuper de la traduction d'un roman... Les labos sont des techniciens. Vous avez beau leur dire que vous faites un métier littéraire, que vous avez besoin de temps, ce n'est pas leur problème. Ce qui compte pour eux, c'est le coût, point.»
Un récent rapport de l'ATAA dénonce une baisse des tarifs de 60 % depuis les années 80. «Les chaînes font de plus en plus de sous-titres, notamment pour la version multilingue, donc elles augmentent la pression sur les labos, qui sont bien obligés de répercuter ces restriction budgétaires sur les auteurs, admet David Frilley, directeur adjoint de Titra Films, un des principaux labos français. Il y a quinze ans, seule Canal+ faisait du sous-titrage. Aujourd'hui, toutes les chaînes s'y mettent, donc le volume augmente, les tarifs baissent, il faut raccourcir le temps de travail, etc.»
Puisque nous avions détaillé les méthodes de travail des fansubbers, pour vous permettre de comparer, voici celles des professionnels: «Il faut une semaine par épisode, mais on a souvent moins. Sur un épisode, on travaille seul, mais une saison demande de deux à quatre auteurs, qui vont se relire entre eux. Nous recevons d'abord un fichier vidéo de la série, et un repérage —un marquage temporel des points d'entrée et de sortie des sous-titres. Il arrive que nous devions faire nous-mêmes ce repérage. Ensuite, on utilise un logiciel qui lit le repérage et nous donne les cases à remplir, les espaces pour les sous-titres. La véritable traduction peut alors commencer, à l'aide du script original et des images en V.O. Notre but, c'est de donner l'impression que la série a été écrite en français. On adapte donc l'épisode, puis on va au labo faire la «simulation», un visionnage avec une autre personne, pour faire les dernières retouches.»
Erreurs
Le grand public et les fansubbers contestent la qualité des sous-titres des DVD de séries? Les auteurs eux-mêmes le reconnaissent, «avec des délais serrés, il faut foncer, explique Eva, 37 ans, dix ans de métier. On n'a pas fini le premier épisode qu'on est déjà penché sur le second. Du coup, on peut laisser passer des erreurs...» Pour souligner le mauvais traitement réservé à la vidéo (et donc à tous les DVD de séries), ils insistent sur les écarts de considération entre les sous-titres de cinéma (en salle) et ceux du reste de la production. «Pour un film de 90 minutes, on peut avoir jusqu'à un mois et demi, pour un épisode de série de 45 minutes, une semaine au mieux, poursuit Eva. Un sous-titre de cinéma nous sera payé jusqu'à près de 4 euros, un sous-titre de DVD de séries peut descendre jusqu'à 50 centimes...» Il faut faire de plus en plus vite... donc de moins en moins bien. Il faudra même rapidement, selon David Frilley «se diriger vers un élargissement des compétences des auteurs, qui vont devoir devenir des techniciens et non plus seulement écrire les sous-titres, mais les mettre en forme.»
Et les fansubbers dans tout ça? Face à cette crise, sont-ils un danger, un poids supplémentaire pour les auteurs et pour ceux qui les embauchent? «Les fansubbers donnent l'impression que n'importe qui peut faire notre boulot, et du coup incitent, indirectement, nos employeurs à dévaluer notre travail», dénonce Sylvestre. «A la base, le fansubbing servait à faire des sous-titres pour des œuvres inaccessibles, type manga japonais. Aujourd'hui, ils servent pour des séries qui seront par la suite diffusées et disponibles en DVD », poursuit Chloé, 32 ans, neuf ans de traduction audiovisuelle.
Beaux joueurs, capables de reconnaître leurs erreurs —certes provoquées par un manque de temps et de moyens— les pros admettent aussi que leurs «concurrents pirates» savent faire du bon boulot... à leur manière. «Les fansubbers sont des fans, ils aiment les séries qu'ils sous-titres. Ils y mettent tout leur cœur et du coup ils font régulièrement du travail de qualité», commence Eva, avant de préciser, «nous sommes plus pros, moins passionnés sans doute par les séries sur lesquelles nous travaillons, mais nous avons une expérience, un savoir-faire, une connaissance de la langue plus précise.» «Nos sous-titres ne sont pas forcément meilleurs parce qu'on est des pros; il y a aussi de mauvais pros, poursuit Chloé. En revanche, auteur de sous-titres, c'est un métier. Il ne faut pas confondre notre travail avec celui des fansubbers. Comme journaliste et bloggeur. Ce n'est pas pareil.» «Les fansubbers ne sont pas un danger économique pour nous, conclut David Frilley, mais on ne peut pas se déclarer auteur de sous-titres sans avoir appris les règles du métier. La plupart des pros ont un bac +5 suivit d'un apprentissage. Les fansubbers prêchent très bien en faveur des sous-titres, mais leur travail n'est pas une vraie adaptation de qualité, c'est une traduction littérale.»
Fansubbers ou pas fansubbers, l'évolution de la télévision, l'explosion des versions multilingues (la VM) et de la VOD (Vidéo à la demande), en faisant chuter les moyens consacrés au sous-titrage, menacent l'avenir de la profession, répètent infatigablement les auteurs professionnels. «Nous sommes la première victime de cette crise, la soupape de sécurité», regrette Sylvestre. «Tous les métiers de la traduction sont menacés, parce que c'est une activité de moins en moins prise au sérieux. Nos interlocuteurs se foutent de la qualité de notre travail, et au final, c'est le public qui trinque», renchérit Chloé, fataliste, avant de lâcher, sur une demi note d'espoir, «c'est pire dans le reste de l'Europe, où la grande majorité des gens qui travaillent dans le sous-titrage ne peuvent plus en vivre, où c'est presque devenu un job d'étudiant... La France fait office de village d'irrésistibles, grâce à la fameuse exception culturelle et à notre amour de la langue...» Pour combien de temps? Pas longtemps, si on en croit les auteurs.
Pierre Langlais
Image de une: Desperate Housewives, DR. ABC.
A LIRE AUSSI: la première partie, sur les fansubbers.
Mis à jour le 28/01/2010 à 11h48






















































Pourquoi ne pas vous regrouper et créer une vraie entreprise pour négocier les traductions de sous-titres avec les chaines ? Tous séparés, même si un syndicat vous relie, ça n'est pas suffisant pour avoir des moyens et de sérieuses possibilités. (Cad entre-autre la possibilité de faire relire son travail sans voir son salaire diminuer)
C'est pour ça que les sites qui font des sous-titres fonctionnent si bien en ce moment par rapport aux pros. Déjà ya pas de problèmes liés à l'argent entre les membres, donc pas de coup fourré ni d'avarisme entre "contrats de qui sub une série" donc plein de monde par épisode. Dans beaucoup de cas le travail d'un bon pro est compensé par les efforts d'un groupe d'amateurs moyens.
Il y a d'autres facteurs.
Le facteur
- culture: Le fait de fansubber une série ou d'utiliser un fansub permet de vivre en son temps. Les productions de sous-titres pros ou de voix françaises mettant trop de temps à être disponibles, les fansubbers permettent de compenser le décalage de culture entre les pays. Ce qui amène au facteur suivant:
- communication: Le fait d'utiliser un fansub permet de prendre contact avec divers forums et donc divers groupes de gens. De plus il n'est pas rare de croiser des membres d'un même forum appartenant à divers pays. De plus le fait d'obtenir ce sous-titre aussi rapidement permet aux fans de pouvoir discuter de cette série avec d'autres fans d'autres pays, sur le vif.
Mais pour ça il faut comprendre la langue de l'autre interlocuteur. J'en arrive au troisième et très important facteur:
- apprentissage: D'une manière générale, visionner un épisode avec les voix originales et un sous-titre traduit permet au fan de se familiariser avec cette autre langue. Les fansubs ne sont peut-être souvent que des traductions littéraires, mais c'est ce qui permet aux fans d'apprendre le vocabulaire et les subtilités de cette autre langue.
Un fan amateur qui décide de fansubber le fait pour améliorer ses connaissances en s'amusant.
Peut-être qu'il y a là quelque chose qui mériterait d'être développé par le Ministère de l'Éducation nationale...
Pour les séries, les sous-titres des fansubbers sortent quelques jours après la diffusion de l'épisode aux USA.
Est-ce que les professionnels, lorsqu'ils sous-titrent le même épisode lors de la diffusion sur les télés françaises ou la sortie du DVD (soit 1 ou 2 ans après), ne sont pas tenté tout simplement de copier-coller les sous-titres déjà disponibles ?
50 centimes le copier-coller, c'est du coup bien payé...
Personnellement, j’exploite une team de fansubbers clandestins dans ma cave (à peine quelques matelas jetés par terre, du pain sec et de l’eau), grâce à quoi, moi, l’ignoble traductâtre (professionnelle), je vis dans mon immense château d’or et de marbre.
Ctrl c, Ctrl v ? Après tout, respecter le repérage (cékoiça ?) on s’en fout, la lisibilité (cékoiçtruc ?) on s’en tape, et surtout, surtout… la qualité, on s’en cogne.
Et on en est fiers, c’est pour ça qu’on signe les sous-titres de notre vrai nom.
P.S. : Ah oui, est-ce que j’ai dit que j’aimais mon travail ? Non, c’est vrai, c’est juste un détail, ça aussi.
Euh... Merci bien, mais les pros n'en veulent pas, des sous-titres des fansubbers.
Pourquoi ?
1) Contrairement à certains, nous, on ne vole pas le boulot des autres.
2) Les normes de lisibilité demandées aux pros ne sont pas respectées par les fansubbers. Il faudrait systématiquement raccourcir le texte des sous-titres, c'est-à-dire refaire toute l'adaptation, pour que ce soit diffusable à la télé.
3) Et surtout, les sous-titres des fansubbers sont généralement mauvais, à tous les points de vue (lisibilité, traduction, syntaxe, orthographe, repérage, etc), n'en déplaise à certains.
Je rappelle aussi que ce ne sont pas les adaptateurs pro qui décident des dates de diffusion des séries à la télé, mais les chaînes. Si les téléspectateurs ne sont pas contents des délais de diffusion, qu'ils s'en plaignent auprès d'elles en leur écrivant car eux seuls, en tant que consommateurs, peuvent faire bouger les choses.
J'ai quand même du mal à croire, comme il est dit dans l'article, qu'il faut une semaine à un pro pour traduire un épisode de 45mns. On ne parle pas de grande littérature ni de philosophie, mais de dialogues de la vie courante. Surtout quand on voit que "Take 5, girls" finit en "Prenez 5 filles", il ne doit pas y avoir de relecture...
moi je ne pratique qu'assez peu les sous titres de séries que ce soient les légaux ou les illégaux, ce sont surtout les traductions des versions doublées (les plus courantes donc) qui me hérissent le poil souvent... OK il y'a des contraintes de synchro avec les lèvres et tout mais bon même quand il y'a personne à l'écran ou que les personnes sont de dos c'est une vraie kermesse... Alors j'ai fait un peu plus attention que d h'abitude depuis le dernier article sur Slate et par exemple dans l'épidode de NCIS sur M6 Vendredi 22, j'ai relevé au moins deux erreurs grossières (et encore je n'ai pas vu l'original) d'abord le gars de la CIA qui s'appelle Cort fait une blague liée au slogan d'Obama "yes we can" , devinez quoi , eh oui ils l'ont traduit "nous entrons dans une nouvelle ère: oui nous le pouvons", combien de français ont mieux compris la blague grâce à la traduction ? A mon avis c'est l'inverse la traduction fout tout par terre mais bon, c'était pas fini, plus tard sur l'ordinateur portable du méchant comptable Abby trouve des "tabulateurs" ! Ha c'est sûr y'a que les saligauds qui ont des tabulateurs sur leurs portables (au fait c'est quoi ?)
Sur l'épisode d'hier soir ma vigilance était relachée mais en dehors de quelques traduction tellement mauvaises qu'on peut deviner la phrase d'origine mot à mot, j'ai relevé en particulier le livre 'Abby's Lab for Dummies" traduit "le labo d'abby pour les débiles" ce qui est une très mauvaise traduction puisque tout le monde sait que cela fait référence à la série de livres "xxx for dummies" qui en français est traduite en "xxx pour les nuls" ...
Je vous passe dans un Stargate Atlantis le "evasion manoeuver" traduit par "ils essayent de s'échapper" on ne doit pas tirer sur les ambulances avec des pneus crevés...
Si ça c'est des pros alors moi j'ai le niveau "god like" ou bien "wrote the book"...
Et entre nous si vous n'avez pas réussi à négocier pour être en intermittents du spectacle pour un certain nombre d'heures et en DA cotisant à l'AGESSA pour tout ce qui dépasse: vous êtes des manches...
Pardonnez-moi, mais pourriez-vous lire l'article et vous renseigner avant de frôler l'insulte ?
Quand vous dites : "Et entre nous si vous n'avez pas réussi à négocier pour être en intermittents du spectacle pour un certain nombre d'heures et en DA cotisant à l'AGESSA pour tout ce qui dépasse: vous êtes des manches..." vous êtes totalement à côté de la plaque : comme l'explique Sylvestre dans l'article, le travail des adaptateurs de sous-titres est intellectuel, il en résulte ce qu'on appelle "une œuvre de l'esprit" et à ce titre, ils ont le statut d'auteur. Nous ne souhaitons pas négocier pour "faire des heures d'intermittent", heures réservées à un travail de nature technique, nous souhaitons au contraire que notre statut d'auteur soit compris et, dans l'idéal, respecté.
Merci donc, chère Sandy, de ne pas tout confondre.
Ici, un dossier très documenté sur le sous-titrage, ses contraintes et la différence entre un sous-titrage de qualité et les autres :
http://www.excessif.com/cinema/actu-cinema/news-dossier/cinema-et-sous-titrage-partie-1-page-1-4991550-760.html
Intéressant article Pierre… sauf qu’il ne pose ni n’aborde la question de fond (me semble-t-il) qui est de savoir ce qu’est un bon sous-titre et un bon adaptateur... qu’il soit professionnel ou amateur.
Si l‘on voulait un instant réduire la profession d’adaptateur à celle d’un artisan, il y a dans le sous-titrage des « règles de l’art », évidentes pour certaines, construites par une longue histoire, de longs tâtonnements, quelques partis pris et même quelques expériences scientifiques.
Tout métier, du programmeur fou au bijoutier a quelque chose que l’on appelle le savoir-faire, qui se transmet, qui s’apprend (au-delà des petits-trucs-à-savoir) et se défend parfois sur l’autel d’un certain sens de l’esthétique et/ou de la « justesse ».
Parmi ces règles que tout bon fansubber pourrait chercher à acquérir (et que certains ont, sans doute), il y a d’abord le fait que l’être humain entend plus vite qu’il ne lit. Tout « bon » adaptateur se doit donc de condenser de 30 % le texte qu’il adapte pour permettre tout simplement au spectateur d’avoir le temps… de lire les sous-titres.
Il y a là un travail dont on soupçonne peu la difficulté : réduire sans trahir ! Pour voir régulièrement des adaptateurs à l’œuvre, c’est un questionnement de tous les instants, facilité parfois par quelque chose qui s’appelle le talent… que certains fansubbers peuvent aussi avoir.
En pratique, une fois que l’on a « repéré » sur le film les endroits où doivent apparaître et disparaître les sous-titres, le logiciel de sous-titrage calcule le nombre maximal de caractères utiles pour que le sous-titre soit lisible. Il faut parfois des trésors d’imagination (conditionnés par le respect du texte) pour s’adapter… pour « adapter ».
Autre règle, esthétique et pratique cette fois-ci : faire en sorte (quand c’est possible) qu’un sous-titre ne reste pas à l’image lors d’un changement de plan. Facile sur du Tarkoski… plus difficile sur du Besson. Et des règles comme ça, il y en a plein !
Oublions désormais l’artisan et parlons du traducteur. La capacité d’être juste dans ses traductions n’est pas donnée à tout le monde. Bon traducteur ou bon fansubber, il lui faut une sacré ténacité, une sacré culture bilingue pour éviter les faux sens, les contresens et les faux amis. Je ne parle même pas de l’erreur grossière de traduction, de la traduction littérale, que les études d’un « vrai » traducteur (Bac+5 quand même) lui permettent la plupart du temps d’éviter (sauf quand il est sous pression et sous-payé) et qu'un fansubber bien intentionné mais incompétent (il en existe, non ?)n’évite pas.
Une bonne adaptation, c’est celle qui transporte un texte écrit dans une langue particulière, en un temps particulier, dans un niveau de langue particulier en quelque chose de fidèle, appliqué à une autre langue à une autre culture. Comment transcrire fidèlement l’argot des membres d’un gang de Los Angeles dans quelque chose de compréhensible en France en étant « juste », juste sur le ton, juste sur la gradation des insultes ? Comment être « juste » sur l’expression d’un footballeur qui parle de son métier, d’un ancien déporté qui évoque avec précision ses émotions, avec une comédie à l’eau de rose, avec un documentaire politique…
Là aussi il faut absorber, comparer, digérer les usages de deux langues. Et puis, il faut aussi chercher. Alors oui, Internet et les encyclopédies sont une aide fabuleuse pour tous. Mais parfois, il faut aller plus loin. Aller discuter longuement avec la documentaliste de la Maison de la culture yiddish à Paris pour être sûr de ne pas faire d’impair sur le film Shtetl, allez à la rencontre de transexuels dans le bois de Vincennes pour connaître les expressions exactes du « métier » lors du sous-titrage du film 25 centimètres.
J’ose imaginer que certains fansubber ont ce feu sacré, cette obsession de la justesse, je sais que certains adaptateurs ne l’ont pas ou ne l’ont plus.
Autre obsession, le respect des sacro-saintes règles typographiques qui remplissent un livre entier (le « : » est collé au mot qu’il précède en anglais, il est séparé d’UNE espace en français), le titre d’une œuvre en italique, le tiret qui précède un sous-titre où deux personnes parlent, etc. Recherches de cohérence, règles de l’art…
Bien entendu, nous parlons là de série télévisées, fabriquées industriellement, mais parfois remarquablement bien écrites (Six Feet Under ou West Wing par exemple). « Qu’est-ce qu’on va se prendre la tête avec toutes ses règles, fussent-elles ‘de l’art’ », pourrait-on rétorquer. Faire une erreur sur un passage de Stargate SG-1 a bien sûr moins de poids qu’une autre erreur dans le documentaire Domestic Violence de Frederick Wiseman. Mais encore une fois, pourquoi ne pas aspirer - qui que l’on soit - à la justesse du propos ?
Pour finir, un détail
Évoquer dans l’article un tarif de 4€ le sous-titre pour certains films, c’est parler d’une proportion microscopique des longs métrages de fiction. Les adaptateurs ont globalement beaucoup mal à se faire payer le tarif syndical (de mémoire, 2,54€ le sous-titre). On est plus souvent à 1,50€. Quant au monde du DVD, les adaptateurs sont payés moins de 1€ le sous-titre.
Comme Evab, j'aime mon métier. J'en ai marre qu'on présente les fansubbers comme des fans passionnés et les pros comme des profiteurs sans âme. Oui, on peut être adaptateur professionnel et fan de séries – la plupart de ceux que je connais le sont. C'est par passion de la traduction et des séries américaines que j'ai voulu faire ce métier, et le faire bien. J'aimerais continuer le plus longtemps possible, si ça ne vous dérange pas.
Grâce aux fansubbers, les diffuseurs nous demandent de travailler de plus en plus vite, et pour de moins en moins cher. Ce qui ne les empêche pas d'attendre plusieurs mois, voire un an, pour passer à la télé les épisodes pour lesquels on nous a pressé le citron... pour la VOD, souvent. De toute façon, nous ne serons jamais compétitifs face à certains labos américains, qui ont le droit d'avoir l'image avant la diffusion à la télé américaine (nous, pas le droit, par peur du piratage). Du coup, de plus en plus de séries diffusées en VOD puis à la télé française sont sous-titrées aux Etats-Unis par des gens aussi (in)compétents que les fansubbers. On voit déjà ce que ça donne, souvent, sur les DVD, c'est à pleurer.
Réponse à sandy :
1) On parle de VOST ici, il ne faut pas tout mélanger. C'est déjà suffisamment rare qu'on donne la parole aux auteurs de sous-titres.
2) Certains ont le double statut d'intermittent et d'auteur, mais ce n'est pas une question de négociation. C'est la loi, tout simplement : l'adaptation est rémunérée en droits d'auteur, et les tâches techniques en salaire d'intermittent – ce qui suppose de faire le nombre d'heures nécessaires, et donc moins de traduction et plus de technique. Ça ne change rien à nos revendications.
Je lis qu'un pro a l'habitude de faire des recherches poussées pour obtenir des informations précises quand aux expressions utilisées. Il en est de même pour les fansubber: Ceux-ci sont d'office un regroupement de personnes venant de milieux variés, de pays variés, et ayant des connaissances variées et des contacts variés. Après tout c'est ce même peuple qui crée les nouveaux langages. Il n'est pas rare de croiser dans un forum de fansubber des discussions sur l'interprétation d'un mot, avant que le sous-titre ne soit disponible, et celles-ci se poursuivent après la mise à disposition, entraînant des remplacements des sous-titres par des versions corrigées.
Je voudrais faire remarquer un autre point: celle de la liberté d'expression. (Non ne râlez pas, je parle juste de censure).
En effet, les oeuvres proposées par les pros sont soumises aux restrictions de langage des chaines, des assoc parentales, des commanditaires en tout genre. De ce fait, les sous-titres faits par les fans n'ayant pas ces contraintes sont plus libres d'employer les expressions adéquates que les pros sont obligés d'éviter. La conséquence directe est que le fan n'est plus déstabilisé par un langage qui semble commun mais qui en fait est pardonnez moi l'expression "robotisé". Ainsi le fan lisant un texte plus humain car sans censure rentrera plus facilement dans l'ambiance de la série.
-> fan et pro.
"Grâce aux fansubbers, les diffuseurs nous demandent de travailler de plus en plus vite, et pour de moins en moins cher. Ce qui ne les empêche pas d'attendre plusieurs mois, voire un an, pour passer à la télé les épisodes pour lesquels on nous a pressé le citron"
Problème de contrat ça... Demandez à ce que votre oeuvre soit diffusée sous un certain délai que vous fixez avant signature. Mais une entreprise qui puisse faire pression ou un consensus aidé par le gouvernement, ça marcherait mieux qu'uniquement un syndicat et des râles sur les fansubber qui ne font que s'adapter aux défauts actuels.
Vous avez de la chance, vous vivez dans un monde sans contrainte et sans aucune connaissance des réalités. Les contrats, la plupart du temps, on n'en a pas. Quand on en signe, c'est avec les labos, qui n'ont aucun pouvoir sur la diffusion. Les diffuseurs - pour qui seul l'argent compte - sont en haut de la chaîne, et il y a beaucoup d'intermédiaires. Et vous croyez vraiment que "le gouvernement" (cette grosse bête sans visage) se soucie des diffusions de séries à la télé ? En tant qu'auteurs, nous dépendons du ministère de la Culture, pas du ministère du Travail. Pas de convention collective, et zéro pouvoir de pression (c'est pas faute d'essayer de se faire entendre). La seule chose que le gouvernement puisse faire, c'est interdire le téléchargement illégal... et tout le monde respecte la loi, c'est bien connu ! Contrairement à vous, je suis réaliste. Je sais bien qu'on n'empêchera pas le fansubbing, ainsi va le monde. Je demande juste un peu de respect pour notre profession malmenée. Merci.