Égalités / Société

Beaucoup de femmes croient à tort qu'elles font du 95B

Temps de lecture : 2 min

Non, un bonnet C ou D ne correspond pas à une taille énorme.

Mary Phelps Jacobs a breveté le premier modèle de soutien-gorge en 1914  | Capture d'écran via Youtube CC License by
Mary Phelps Jacobs a breveté le premier modèle de soutien-gorge en 1914 | Capture d'écran via Youtube CC License by

Début de ventes privées, grande enseigne, je parcours lascivement le rayon lingerie, tombe en amour devant un soutien-gorge vert canard avec dentelles, ne trouve pas ma taille. La déception passée, je continue de fouiller jusqu'à regarder la partie «tailles disponibles» de l'étiquette, la plupart des modèles s'arrêtent au B, quelques-uns poussent jusqu'au C ou D. Pour les «grandes tailles», fini le choix de couleur ou de motif, c'est noir, blanc ou beige.

Josie Fellows, qui travaille dans un magasin de lingerie à Londres, parle de «grosses déceptions» dans la cabine d'essayage: «Les femmes ont tendance à penser que E est la plus grande taille, elles pensent que le D est une énorme taille et cela fait vingt ans qu'elles achètent du B». La majorité de ses clientes pensent faire un 95B.

«Si on dit à une cliente, vous faites du G, c'est comme dire à quelqu'un qui pense faire du 36 qu'elle fait en fait un 42», raconte-t-elle au Guardian. Et souvent pour compenser, les femmes agrandissent le tour de dos au lieu de s'orienter vers un 85D par exemple –un petit tour de dos mais un bonnet plus profond. Une pratique révélatrice d'un manque de choix pour les plus grandes tailles, surtout dans les gammes de prix les plus faibles.

Un marché à prendre

Kelly Dumnore, qui travaille chez Rigby et Feller (marque de lingerie allant des bonnets A à K) depuis une vingtaine d'années, estime que nous avions un problème de perception. On verrait les bonnets D et E comme des grandes tailles, les F et G comme des super-grandes tailles et la plupart du temps, on ne connaît même pas l'existence du G ou du H –pourtant ce sont ses meilleures ventes.

On pourrait penser que les précédentes générations de femmes ont été trompées et qu'elles nous ont transmis les mauvaises tailles. Mais c'est en fait le marché qui ne correspond pas aux corps des femmes. Avant, peut-être, les matériaux étaient plus chers, les rembourrages uniformisaient les modèles. Aujourd'hui, c'est surtout que «le marché a échoué, emporté par la mode qui voit les seins des femmes comme un obstacle au design», explique Zoe Williams, journaliste au Guardian.

Pour les femmes à gros bonnets, ou juste faisant du D ou plus, c'est souvent un casse-tête de trouver des soutiens-gorge adaptés et avant internet, c'était encore pire. On comprend alors l'emballement pour une marque de sous-vêtements inclusive allant du 75A au 125H, ThirdLove. Depuis la sortie de ses vingt-cinq tailles supplémentaires, la liste d'attente du site compte plus d'1,3 million d'acheteuses.

À l'économie toujours

Bravissimo est une marque britannique pour les femmes avec des «plus gros seins» (à partir du D). Mais la fondatrice a rapporté au Guardian que les fournisseurs refusent souvent de répondre à la demande de la clientèle: «Si on dit qu'on a des consommatrices qui souhaitent des soutiens-gorge plongeants, beaucoup vont nous répondre “c'est pas possible, c'est trop compliqué”» En effet, la conception de soutiens-gorge grandes tailles demande plus de temps et plus de matériaux. C'est pour cela que les marques de haute-couture sont meilleures dans le domaine, elles se permettent d'utiliser plusieurs couches de tissus pour améliorer le maintien.

Patriarcat vous avez dit? La réponse au manque de diversité de taille se trouve aussi là. La publicité a longtemps été orientée vers les hommes, ceux-ci achetant pour leur promise l'objet de sensualité –et ignorant les réels besoins des femmes.

Slate.fr

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