De l'utilisation du prénom par Sarkozy

Le chef de l'Etat a visiblement souhaité pendant cette confrontation se montrer proche des Français et de leurs préoccupations, c'était le but affiché. Tellement proche qu'il a établi de curieuses règles dans la formulation de ses réponses. Nous ne nous pencherons pas ici sur la tournure de ses phrases, mais davantage sur la façon dont il a interpellé ses intervieweurs d'un jour.
Pour davantage de proximité, Nicolas Sarkozy en a appelé certains par leur prénom. Pas tous. Il semblerait que seules les femmes (Elodie, Bernadette, Sophie, Nathalie...) et les deux seuls représentants des «minorités visibles» (Rex et Samir pour être précis), par ailleurs plutôt «jeunes», aient eu droit à ce «traitement de faveur». En revanche, le Président a servi du «Monsieur Berthelot» au gentil retraité, du «Monsieur Ménahes» au syndicaliste et du «Monsieur Bills» au chef d'entreprise.
Nathalie, Martine, Elodie...
Ainsi Nathalie Perriot, diplômée bac+5 et au chômage... Si elle a eu le droit à un doux «Mademoiselle Perriot» en guise de première interpellation, elle n'a par la suite été appelée par le Président que «Nathalie». «La réponse à votre situation, c'est la croissance, Nathalie»; «La France que vous connaissez, Nathalie...». Nathalie, première de l'émission à poser ses questions, s'est-elle sentie davantage impliquée par ce contact privilégié avec Nicolas?
Même traitement pour Martine Millet, infirmière, pour Elodie Lupont-Dupin, auto-entrepreneuse et pour Marguerite Gautier, comptable. A aucun moment le Président ne s'est adressé à elles en utilisant leur nom de famille, et ce alors qu'une fiche détaillée (avec leur nom complet, leur âge, leur métier et leur situation familiale) était présentée à l'écran au début de chacune de leurs interventions. Et que la caméra montre plusieurs fois Nicolas Sarkozy prendre des notes.
Une seule femme sur le plateau a pu entendre son nom de famille prononcé à maintes reprises par le chef de l'Etat, c'est Sophie Poux. Peut-être est-ce dû à la pugnacité de cette productrice de lait (son échange avec Nicolas Sarkozy est un des plus longs de l'émission), particulièrement vive.
... Rex, Samir, Monsieur Le Ménahes
Le Président ne mentionne pas une seule fois le nom de famille de Rex Kazadi et Samir Abbad. Ce qui donne des échanges comme: «Samir, vous êtes enseignant en?»; «Samir, d'après ce qu'il vient de nous dire...». Ou encore un aimable: «Rex a raison». Point de «Monsieur Kazadi», ni de «Monsieur Abbad». En revanche, pas un seul «Jimmy», aucun «Jean-Georges», aucun «Pierre» (et ce, même si le nom de Pierre Le Ménahes n'était pas des plus faciles à prononcer, ce qui a donné par moment des bafouillages ou des raccourcissements de patronyme étranges).
Et la gymnastique semble plutôt bien ancrée dans l'esprit de Nicolas Sarkozy. Quand il ne se souvient plus du nom d'une femme, c'est un prénom qu'il cherche: «C'est comment déjà, Bernadette, c'est ça?». Au contraire, quand il s'agit d'un homme, c'est le patronyme qu'il essaye de se remémorer.
Julia Vergely
Image de une: TF1/Reuters
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Mis à jour le 26/01/2010 à 18h06














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Quelle conclusion ? A moins qu'elle ne soit dans votre introduction...
D'un point de vue purement comportemental, ça signifie que Sarkozy se sent plus proche des femmes et des minorités visibles ?
Malheureusement, la productrice de lait n'est nullement une minorité visible, ni un homme.
Il inclut donc dans ses rapports autres chose que la proximité...
Quand on converse avec un homme plus âgé (ou une femme) on l'appelle par un "M./Me X" a moins qu'ils ne vous invitent d'eux-mêmes à les appeler par leur prénom.
Un syndicaliste qui vous vilipende, vous ne l'appellerai pas par son prénom et vous ferez preuve de distance dans vos réponses. Votre interlocuteur n'est pas là pour être votre ami, et le tutoyer ou l'appeler par son prénom alors que lui même ne le fait pas est malpolie.
Un chef d'entreprise est une personne avec des responsabilités et qui est responsable de la vie de personnes.
Bref, ces quelques explications vous montrent qu'il inclut aussi au moins le respect dans son débat vis à vis de ces interlocuteurs.
Vous venez effectivement de démontrer que Sarkozy avait une capacité ‘formidable’ à juger les gens et à interagir avec eux afin d'établir une relation de confiance dès le début.
Bravo ;)
Moi aussi j'avais remarqué, mais je ne vois pas l'intérêt.
Par contre j'ai remarqué que la taxe verte a refait surface. Enfin un peu de protectionnisme (pour ceux qui aiment). Le Figaro qui revient "point par point", comme le dit un de vos collègue, sur l'intervention du président n'en fait pas mention.
C'est peut être une solution pour apporter un équilibre dans la concurrence entre européens et à l'extérieur, au moins cela vaut la peine d'en débattre.
Libération en parlait le 11/09/2009 "Sarkozy sème sa taxe verte" : "Nicolas Sarkozy, lui, s’est déjà placé dans le coup d’après lors de son discours : établir une taxe carbone aux frontières de l’Europe, «le complément naturel de la taxe carbone intérieure», pour lutter contre ce qu’il appelle le «dumping environnemental». Un débat qui promet aussi de dépasser les frontières."
"Un débat qui promet aussi de dépasser les frontières." Faut-il déjà commencer par en parler chez nous, non ?
Mais l'utilisation des prénoms c'est bien aussi ...
Tutoiement, vouvoiement, nom ou prénom sont des codes sociaux dont le décryptage est intéressant parce qu'ils sont significatifs.
Ainsi dans les entreprises marquées par la culture d'entreprise anglo-saxone, le tutoiement et l'utilisation du prénom sont aujourd'hui de rigueur. C'est l'expression d'une certaine forme de modernité, une référence inconsciente au modèle Apple, Microsoft. L'idée qu'il existerait une proximité, une complicité entre tous les membres du personnel, au-delà des salaires et des fonctions, de par leur appartenance à la même entreprise, et que la nouvelle économie s'attache à l'essentiel et méprise les conventions surannées de la vieille entreprise.
A l'inverse le nom et le vouvoiement signifie la distance toujours et le respect parfois. Ce qui suppose qu'inversement lorsque l'échange est inversé, il y a paternalisme, voire mépris. Je ne sais pas ce qu'ont pensé les policiers lorsqu'ils ont entendu le président utiliser leur prénom pour parler avec les djeunes, alors qu'eux-mêmes se voient régulièrement reprochés l'utilisation abusive du tutoiement lors de leurs interventions dans les banlieues.
C'est la justification inconsciente d'une idéologie comme chez Testatio.
Un chef d'entreprise est une personne avec des responsabilités et qui est responsable de la vie de personnes. L'ouvrier qui monte le circuit de freinage de votre prochaine voiture ou sur un bus aussi!
Quand on converse avec un homme plus âgé (ou une femme) on l'appelle par un "M./Me X" a moins qu'ils ne vous invitent d'eux-mêmes à les appeler par leur prénom. Pourquoi uniquement les personnes plus âgées ? J'ai depuis l'adolescence toujours eu pour principe de tutoyer qui me tutoyait, de vouvoyer qui me vouvoyait et d'appeler par son prénom celui ou celle qui utilisait le mien. J'en fais tout comme Testero une affaire de politesse. :~) Si un jeune veut introduire une distance, je ne vois pas pourquoi je lui imposerait une proximité qu'il ne souhaite pas, et inversement si une personne plus agée me tutoie, je ne voie pas pourquoi je devrais lui renvoyer son age à la gueule.
Pour en revenir au décryptage du Président, on est clairement, avec l'utilisation du prénom dans l'expression par le président d'une supposée complicité, avec pas mal de paternalisme dans la mesure où il savait que personne n'allait l'appeler Nicholas. Ce mélange d'ailleurs du vouvoiement et du prénom, n'est pas sans rappeler l'usage de certaines familles traditionalistes où les enfants et les parents se vouvoient, les enfants sont appelés par leurs prénoms et leurs parents sous les vocables de père et mère.
Appeler par son nom le chef d'entreprise était un exercice politiquement quasi-obligatoire. L'inverse aurait été interprété comme une complicité avec le grand capital. Appeler par leurs prénoms les jeunes et les femmes à l'exception de la productrice de lait, c'était consciemment la volonté de montrer qu'il y avait une complicité entre le Président et les "français" et l'expression inconsciente d'un bon vieux paternalisme envers les femmes et les jeunes. Derrière le paternalisme, il y a toujours un peu de mépris, ce qui explique sans doute le traitement particulier de Sophie Poux qui, par sa pugnacité, s'est attirée le respect.
Le syndicaliste pose, pour des raisons inverses, le même problème que le chef d'entreprise et en ce qui concerne le retraité, si jeune que soit Sarkozy, il n'en a pas moins été élevé à Neuilly.
Le Président se ferait d'ailleurs très mal voir s'il travaillait dans une des entreprises que j'ai évoquées plus haut, et s'il utilisait le prénom de tous ses collègues, à l'exception de ceux qui approcheraient de l'age de la retraite. :~)
Le tutoiement c'est le signe de familiarité ou de non respect...
On tutoie ceux qu'on ne connait pas pour avoir un ascendant sur eux.
On tutoie d'emblée les femmes quand on est machiste.
On tutoie les minorités pour entretenir une convivialité forcée sensée refléter notre connivence notre compréhension ou notre mépris.
Notre président ne s'est pas emmélé dans les codes.
Mais ce tutoiement forcé, (quand on me tutoie d'emblée je tutoie en réciproque fusse en face d'un président) forcement pas réciproque dans le contexte revèle de très mauvaises manières, un manque flagrant d'égard vis à vis de son interlocuteur... Je te tutoie pour assurer ma supériorité ou pour te montrer que je ne te respecte pas.
Et vous madame Julia Vergely, pourquoi n'utilisez vous la règle d'usage en appliquant Monsieur devant SARKOSY ?
Il s'agit tout de même du Président de la République !!!