Politique

Pourquoi Laurent Wauquiez est si brutal

Temps de lecture : 3 min

Le chef de file de Les Républicains a une stratégie bien pensée, et elle ne passe pas par la séduction d'une large partie de l'opinion.

Laurent Wauquiez le 6 décembre 2017 | Bertrand Langlois / AFP
Laurent Wauquiez le 6 décembre 2017 | Bertrand Langlois / AFP

Ayons d'abord une pensée pour les militants et militantes du parti Les Républicains (LR). Mettez-vous à leur place. Depuis 2012, rien ne leur a été épargné. La guerre Copé-Fillon, sur fond d'accusations mutuelles de fraude. L'affaire Bygmalion. Le «Sarkothon», pour rembourser l'ardoise de la campagne. Les mises en examen de Nicolas Sarkozy. L'affaire François et Pénélope Fillon. Et surtout, deux défaites présidentielles.

Plus d'un ou une encartée LR a dû se demander quel acte inavouable il ou elle avait commis dans une vie antérieure pour mériter un tel déluge.

Nouveau coup dur?

Revenons à présent à ce mois de juin 2018. chez LR, on pensait pouvoir respirer à nouveau. Le parti avait un nouveau chef, Laurent Wauquiez, et il était devenu la première force d'opposition au parlement. La formation s'était épurée des transfuges pro-Macron (Le Maire, Philippe, Darmanin).

Et voilà que Laurent Wauquiez scalpe Virginie Calmels. La numéro deux du mouvement, intronisée en grande pompe il y a neuf mois par une ascension champêtre sous l’œil des photographes est priée de faire ses cartons. (On les a même déjà faits pour elle, d'ailleurs).

En professionnelle des médias, l'ex-numéro 2 a tout de suite contre-attaqué. «Populiste», «identitaire», «qui mène au rétrécissement», «désastre», a-t-elle lancé au sujet de Laurent Wauquiez. Ravivant chez les militants et militantes la nausée des divisions publiques.

Si les «emmerdes volent en escadrille», selon l'adage chiraquien, alors LR semble survolé en permanence par la patrouille de France.

Wauquiez, de son point de vue, réussit

En apparence, la situation n'est pas mauvaise pour Laurent Wauquiez. Elle est très mauvaise. Depuis un an, Les Républicains n'ont jamais vraiment réussi à s'imposer, face à un gouvernement qui reprend certains thèmes de prédilection de la droite. Les élections partielles n'ont pas montré d'effondrement de La République en marche. L'image de Laurent Wauquiez tutoie toujours les profondeurs abyssales.

Comment comprendre ce fiasco? Comment expliquer que ce cerveau ultra-charpenté (major de l'agrégation d'histoire, major de sa promotion de l'ENA ) semble commettre toutes les erreurs possibles?

L'explication est simple: Wauquiez est au contraire en train de réussir –du moins de son point de vue. Il a compris depuis longtemps qu'il n'y aurait pas d'espace pour une droite pro-européenne et libérale. Emmanuel Macron occupe ce terrain, sa majorité le suit, et les Français et Françaises le créditent (en majorité) de cet activisme.

Le point faible est ailleurs, estime Laurent Wauquiez. Où? Sur l'identité, le régalien, la sécurité. Illustration: la majorité présidentielle a voté docilement les mesures économiques (fin de l'ISF, Flat tax...), mais elle s'est divisée sur la loi «asile immigration». Preuve qu'il existe une ambiguïté originelle du macronisme sur ces sujets. Des sujets qui ne disparaîtront pas de sitôt, la tenue d'un mini-sommet européen sur les migrations, ce dimanche, en témoigne.

D'où les punchlines identitaires de Laurent Wauquiez. Un jour contre Emmanuel Macron, le président «déconnecté». Un autre contre les billets en euros qui oublient «les racines judéo-chrétiennes» de la France. Les résultats électoraux en Italie, en Autriche, en Hongrie, l'ont montré: l'Europe est touchée par une vague patriote-populiste. Plutôt que d'être englouti par cette vague, Laurent Wauquiez préfère surfer dessus.

La crainte du terrorisme ne disparaîtra pas non plus. «Je ne serais pas étonné que ça pète dans trois ans», révélait d'ailleurs le président de LR, dans un enregistrement clandestin de son cours devant les étudiants de l'école EM Lyon. D'où la surenchère de propositions (centres de rétention pour les fichés S...) destinées à montrer son intransigeance sécuritaire.

Une primaire qui ne dit pas son nom

Voilà donc pourquoi la principale adversaire de l'homme à la parka rouge se nomme Marine Le Pen. Convaincu que le débat télévisé de la présidentielle a discrédité la présidente du Rassemblement national, Laurent Wauquiez se voit comme le meilleur candidat de la droite de la droite. Il n'oublie pas qu'en 2017, François Fillon et Marine Le Pen ont obtenu, à eux deux, plus de 40% des suffrages au premier tour.

C'est à cet électorat que veut s'adresser Wauquiez. C'est là qu'il estime disposer d'un réservoir de voix suffisant pour se qualifier au deuxième tour de la prochaine présidentielle. Et c'est pour convaincre ces électeurs et électrices qu'il affronte Marine Le Pen dans une sorte de primaire invisible. Une primaire officieuse pour représenter les idées patriotes et sécuritaires. Il sera toujours temps de rassembler au second tour de la présidentielle.

Au regard de cette stratégie, Laurent Wauquiez ne vise pas à séduire. Ni même à plaire.

Il semble persuadé qu'en 2022 –à l'aube de la campagne présidentielle– le nom de Virginie Calmels suscitera une seule question: «Qui ça?»

Frédéric Says Journaliste

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