Égalités / Parents & enfants

Éducation: le «plan mercredi» impose un emploi du temps casse-tête

Temps de lecture : 6 min

Que proposer aux enfants et à leurs parents pour cette journée libre qui concernera 60% des élèves dès la rentrée prochaine?

Le mercredi reste encore largement plus à la charge des mamans que des papas. | 
Patrick Fore via Unsplash License by

C’est une information que je vérifie à chaque fois, tellement je la trouve surprenante: il n’y a qu'en France que les élèves travaillent quatre jours par semaine. Le mercredi sans école est une exception. Partout ailleurs, on passe cinq jours à l’école, du lundi au vendredi. Les journées sont moins longues –pas forcément beaucoup moins longues– mais la semaine n’est pas coupée en deux, comme chez nous.

Un mercredi sans école –ou partiellement sans école— c’est un jour spécial pour les enfants, pour les clubs de sport, les conservatoires, les associations, les centres de loisirs et pour nous, les parents français.

Le mercredi chômé nécessite de l’organisation. Il faut attendre dans des vestiaires, sortir plus tôt du travail, envoyer des millions de textos pour caler les emplois du temps des uns et des autres, essayer de mener des conversations téléphoniques avec des enfants dans les pattes (les enfants nous parlent toujours quand on téléphone), penser aux réveils qui sonnent plus tôt. Car il faut bien orchestrer ce mercredi, LE jour de la semaine pour ceux et celles qui ont des enfants dans leur vie, avec tous ceux et celles qui s’en occupent –grands-parents, baby-sitters, copains, copines et leurs parents.

Le temps des femmes n'est clairement pas une priorité

Sans mercredi, la charge mentale qui pèse sur les parents serait considérablement plus légère (ou mieux répartie dans la semaine). Sur les parents, mais surtout sur les mères car, comme tout ce qui concerne les enfants, le mercredi reste encore largement plus à la charge des mamans que des papas (même si oui, des papas qui s’occupent des enfants, ça existe). Un constat que faisait l’économiste Thomas Piketty en 2013 chez Libération:

«Le mercredi sans école met une pression énorme sur les parents, et en pratique une pression disproportionnée sur les mères de jeunes enfants, pour s’arrêter de travailler le mercredi. Cela a des conséquences extrêmement dommageables sur l’inégalité hommes-femmes des carrières professionnelles: si vous savez que les jeunes mères de famille seront systématiquement indisponibles pour les réunions le mercredi, allez-vous leur confier les mêmes responsabilités qu’aux pères? Évidemment non. En mettant fin à cette regrettable particularité française, et en instituant un service public d’éducation fonctionnant du lundi au vendredi, pour les enfants et les parents, ce gouvernement œuvrerait puissamment pour la réduction des inégalités hommes-femmes.»

Une étude publiée par l’Institut des politiques publiques en avril 2017 évoquait, en parlant de la réforme des rythmes scolaires de 2013, «une petite révolution dans l’organisation des temps sociaux».

Cette réforme a été parmi les premières à être détricotée par Jean-Michel Blanquer. Peu de temps après son arrivée au ministère de l’Éducation, il a libéré les communes de l’obligation d’organiser le temps scolaire en quatre jours et demi. Beaucoup se sont empressées de revenir à la situation antérieure, la semaine de quatre jours (dont on rappelle qu’elle ne date que de 2008) pour faire des économies et se libérer d’un gros dossier. Preuve en est que le temps des enfants et celui des femmes n’est clairement pas une priorité alors que, comme l’expliquait l’étude de l’IPP, les conséquences sur le travail des femmes étaient déjà assez convaincantes:

«La réorganisation des temps scolaires prévue par la réforme de 2013 a entraîné une réorganisation du temps de travail des femmes: si la réforme n’a pas eu pour effet à court terme d’accroître le nombre d’heures travaillées par semaine, elle a permis à un plus grand nombre de femmes de travailler le mercredi, entraînant, en moins de deux ans, une réduction de 15% de leur différentiel de participation ce jour de la semaine par rapport aux hommes.»

Notez qui si on s’intéressait aux besoins réels des enfants et des ados, les semaines d’école, le rythme des vacances et de toute l’année scolaires ne seraient pas du tout ceux qu’ils sont actuellement.

Bref, on attendait donc beaucoup du «plan mercredi» dévoilé –justement– mercredi 20 juin par le ministre. Que proposer aux enfants et à leurs parents pour cette journée désormais entièrement libre qui concernera 60% des élèves dès la rentrée prochaine?

Allègement du taux d'encadrement

Jean-Michel Blanquer assure que les communes qui veulent muscler leurs activités périscolaires pourront bénéficier d’aides «afin d’offrir au plus grand nombre d’enfants un accueil de loisirs éducatifs de grande qualité le mercredi. L’État accompagne les collectivités pour bâtir des projets éducatifs territoriaux ambitieux et pour faire du mercredi un temps de réussite et d’épanouissement pour l’enfant en cohérence avec les enseignements scolaires».

C’est à peu près le même discours que celui qui nous avait été servi lors de l’annonce du passage aux nouveaux rythmes scolaires en 2012: tout le temps libre, après la classe, serait mis à profit grâce à un meilleur accès aux activités périscolaires dans l’école même. Aujourd'hui, va pour le mercredi et son emploi du temps casse-tête –que les enfants méritent puisqu’on nous répète qu’il en va de leur réussite et de leur épanouissement, rien que ça.

En déplacement à Courcouronnes dans l’Essonne, le ministre a évoqué le rôle des bibliothèques et des musées locaux, des sorties dans les parcs et des activités sportives, le tout régi par une charte éducative: la «charte de qualité», que devront signer les communes souhaitant bénéficier du soutien de l’État. Les fonds (un euro par enfant et par heure d'activité contre 0,54 euro actuellement) seront attribués en fonction des projets présentés par les mairies. L’accueil du mercredi sera donc repensé avec plus d'activités dans le cadre périscolaire.

Francette Popineau, secrétaire générale du principal syndicat des professeurs des écoles (SNUipp-FSU) salue l’initiative tant il est important pour elle de se préoccuper du temps des enfants: «On est d’accord avec l’idée de renforcement de l’offre éducative pour ne pas que les enfants jouent seulement en bas de l’immeuble. Nous serons attentifs au seuil d’encadrement dans les centres de loisirs et les centres culturels».

Ces seuils, assouplis en 2013 au moment des nouveaux rythmes, peuvent être trop bas. Et malheureusement, le plan mercredi prévoit encore un allègement du taux d’encadrement: seulement un animateur pour quatorze enfants de moins de 6 ans et un pour dix-huit enfants de plus de 6 ans, contre un pour huit et un pour douze jusqu'ici. Pour Stéphane Ruffin, du syndicat UNSA Animation, le compte n'y est pas:

«On ne poursuit plus le même but quand le taux d'encadrement est baissé à ce point. On sera davantage dans l'accompagnement que dans l'animation. Certaines activités seront impossibles à mener avec ces taux. Imaginez un atelier scientifique, la fusée à eau par exemple, on ne peut pas suivre les avancées de chacun. Les animateurs ne sont pas à l'aise avec ces taux. On ne peut pas se satisfaire de ça.»

L’encadrement créant la confiance, on peut craindre que des parents hésitent à laisser désormais leurs enfants en centres de loisirs. Personne n’a envie de les confier à des animateurs ou animatrices débordées...

S'il fonctionne, le plan fera enfin la différence

Francette Popineau alerte par ailleurs sur les inégalités entre les communes: «Au stade où on en est, même avec des aides financières, il va être difficile de monter des projets dans les petites communes quand le tissu associatif est pauvre. Il faudrait imaginer une péréquation et ce n'est pas au programme».

Le ministre évoque bien des projets avec les professeurs des écoles, comme la mise en œuvre d'un «prix littéraire jeunes lecteurs», d'un concours destiné à «rendre les enfants acteurs de la préservation de l’environnement», ou encore de promenades «Exploravélo» pour les enfants des quartiers prioritaires. Mais pour la secrétaire générale du SNUipp-FSU, solliciter les enseignants et enseignantes le mercredi après-midi est tout sauf évident: c’est souvent un moment pendant lequel ils préparent leur cours.

Que plus d’enfants puissent faire du théâtre, du handball, de la musique ou prendre des cours de cuisine est évidemment une bonne nouvelle, surtout si on arrive à imaginer davantage de connexions entre les centres de loisirs et les organismes chargés de ces activités. Parce que faire du foot ou de l'athlétisme au centre de loisirs ou dans les équipements ad hoc n’est pas tout à fait la même chose... Si ces activités sont vraiment proposées, le plan mercredi fera enfin la différence et davantage de parents pourront se reposer sur l'accueil collectif du mercredi.

Car au fond, il s'agit bien de libérer le mercredi des parents en général, et des mères en particulier. Travailler à 80 ou à 100% n’est pas tout à fait la même chose.

Louise Tourret Journaliste

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