Parents & enfants / Santé

Faut-il laisser ses enfants jouer dans la terre pour qu'ils tombent moins malades?

Temps de lecture : 5 min

Ça dépend de la qualité de la terre.

Un gâteau de terre | Jelleke Vanooteghem via Unsplash CC License by
Un gâteau de terre | Jelleke Vanooteghem via Unsplash CC License by

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Jouer dans la terre permet-il aux enfants de développer leur système immunitaire?»

La réponse Tirumalai Kamala, immunologiste, titulaire d’un doctorat en mycobactériologie:

Avant tout chose, la force du système immunitaire n’est pas un bon indicateur de ses performances. C’est plutôt son équilibre qui est important. Et c’est précisément une réponse immunitaire équilibrée que l’on développe lorsque l’on grandit dans des environnements «naturels», sans pour autant littéralement jouer dans la terre.

Dans cette réponse, nous nous intéresserons aux aspects suivants:

- pourquoi l’exposition à la saleté est désormais associée au fonctionnement du système immunitaire

- pourquoi il convient de déterminer si la réaction immunitaire est ordonnée/bien contrôlée, au-delà de sa force, pour évaluer correctement les performances du système immunitaire

- pourquoi il convient d’envisager l’idée de «jouer dans la terre» comme une métaphore d’un mode de vie «naturel» conscient, et non pas littéralement.

Une découverte dans les fratries nombreuses

Comment a-t-on été amené à établir un lien entre le fait de jouer dans la terre et le fonctionnement du système immunitaire? Tout au long du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, les épidémiologistes ont observé une hausse nette des taux d’un éventail de troubles inflammatoires chroniques tels que les allergies et les maladies auto-immunes dans les pays développés, à savoir en Europe de l’Ouest, en Amérique du Nord et en Australie.

L’apparition et la propagation soudaines de maladies non infectieuses au sein d’une génération ou deux rendaient peu probables les causes génétiques telles que les mutations. La chronologie pointait plutôt vers des facteurs environnementaux encore non identifiés. Desquels pouvait-il s’agir?

En 1989, l’épidémiologiste David Strachan a remarqué qu’au sein des familles nombreuses, les plus jeunes frères et sœurs avaient tendance à être beaucoup moins prédisposés à développer des allergies telles que le rhume des foins et l’eczéma. Ses recherches suggéraient d’ailleurs que les plus jeunes d’une fratrie ayant contracté une série d’infections de l’enfance étaient mieux protégés. Les infections de l’enfance semblaient donc avoir un rôle dans la résistance aux allergies.

À peu près au même moment, plusieurs études ont commencé à établir une corrélation entre la résistance aux allergies ou l’auto-immunité et l’exposition pendant l’enfance à des fermes ou la vie à la ferme. Le lien entre la vie à la ferme et la protection contre les maladies inflammatoires chroniques a mis l’accent sur les facteurs environnementaux associés aux fermes, tels que la terre et les excréments en grande quantité.

L’hypothèse de l’hygiène

L’identification d’un lien avec les excréments a coïncidé avec la découverte du microbiote de l’organisme humain, étendant le champ de la réflexion des infections aux microbes en général.

Au cours des dernières décennies, certaines observations sur le mode de vie «occidental» ont permis de réduire les facteurs environnementaux au microbiote:

- peu de personnes des pays occidentaux vivent dans des fermes

- il est normal de vivre dans de bonnes conditions sanitaires et d’avoir accès à de l’eau potable chlorée

- l’exposition aux antibiotiques et à une grande variété d’agents antiseptiques (nettoyants, lingettes, lotions) est répandue et fréquente

- les naissances à l’hôpital sont la norme et les césariennes sont de plus en plus fréquentes.

Par conséquent, une hygiène excessive, tout particulièrement pendant l’enfance, entraîne une diminution nette et soudaine de l’exposition naturelle à toutes sortes de microbes. L’idée générale derrière ces observations a été codifiée dans une théorie, l’hypothèse de l’hygiène, selon laquelle le mode de vie «occidental» limite automatiquement et de plus en plus l’exposition naturelle aux microbes, altérant la façon dont le système immunitaire est «formé» pendant le développement de l’enfant et augmentant ainsi le risque de troubles inflammatoires. Les conditions précises de ce phénomène font encore l’objet d’un intense travail de recherche.

Respecter des mesures de précaution

Qu’est-ce qu’un système immunitaire fort? La force du système immunitaire ne permet pas d’évaluer correctement la fonction immunitaire, car une personne souffrant d’une maladie auto-immune présente un système immunitaire fort. De la même façon, une personne souffrant d’allergies présente une réaction immunitaire forte aux antigènes perçus comme inoffensifs par d’autres. Au-delà de la force, c’est le désordre ou le dérèglement qui distingue la fonction immunitaire dans les cas de troubles inflammatoires. Par conséquent, il convient d’examiner comment le système immunitaire fonctionne, de façon ordonnée ou désordonnée, plutôt que sa force.

Il convient d’envisager l’idée de jouer dans la terre comme une métaphore d’un mode de vie plus naturel. Depuis la nuit des temps, les humains interagissent avec le monde naturel et les enfants jouent dans la terre. Comme évoqué plus haut, la révolution industrielle a créé un schisme en permettant un mode de vie drastiquement différent du passé. Mais elle l’a fait au détriment de l’environnement et de la pureté de l’eau, de l’air et du sol. L’industrialisation s’est soldée par une profanation et une contamination de vastes bandes de terre nous entourant, tout particulièrement dans les zones urbaines. Dans de nombreux endroits, la terre est désormais polluée par des effluents industriels toxiques, tels que le plomb. Comme le souligne un rapport de 2015:

«Les terrains urbains sont fortement contaminés au plomb, notamment dans les centres-villes» (Filippelli and Laidlaw 2009; Mielke et al. 2013).

Par conséquent, à l’heure de laisser jouer les enfants dans la terre, prudence est mère de sûreté: vérifiez que la «terre» dans laquelle vos enfants jouent en est vraiment et qu’elle n’a pas servi par le passé à une activité industrielle. Le fait de choisir délibérément plusieurs autres options ou activités vous permettra également de veiller à ce que votre enfant soit capable d’avoir une réponse immunitaire équilibrée:

- en réduisant l’exposition aux antibiotiques et aux agents antiseptiques non nécessaires

- en optant pour une césarienne uniquement si cela est médicalement nécessaire, et non parce que cela est possible

- en favorisant une exposition fréquente aux environnements agricoles, par exemple en allant au zoo ou en ayant des animaux à la maison

- en passant plus de temps à l’extérieur, dans des environnements naturels le plus intacts possible, comme des parcs nationaux

- en ayant une alimentation composée en grande partie de fruits et de légumes riches en fibres naturelles tout en évitant autant que possible les aliments transformés, afin d’aider les enfants à développer et entretenir un microbiote diversifié, synonyme de bonne santé.

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