Sociéte / Culture

Un Néerlandais sillonne la France en caravane pour «sauver» nos chansons traditionnelles

Temps de lecture : 3 min

Dick Annegarn enregistre des centaines d'inconnus et d'inconnues pour sauvegarder ce patrimoine oral et créer du lien social.

Les gens choisissent leur(s) chanson(s) et Dick les accepte comme ils sont. | Captures d'écran via YouTube
Les gens choisissent leur(s) chanson(s) et Dick les accepte comme ils sont. | Captures d'écran via YouTube

«Comment savez-vous que je suis tombé amoureux de la langue française?», blague d'entrée Dick Annegarn lorsqu'on lui demande d'où lui est venue sa passion du français. «C'est Raymond Queneau qui dit qu'on perd deux précieuses années de sa précieuse jeunesse à apprendre des exceptions imbéciles. Entre moi et le français, c'est un couple compliqué», avoue-t-il.

Annegarn ne serait-il pas un peu maso? Le chanteur néerlandais, connu notamment pour «Le père Ubu», «Sacré géranium» ou encore son ode à Bruxelles, s'attelle ainsi à faire la promotion de la langue de Molière dans ses chansons mais également avec ses copains des Amis du Verbe.

Promouvoir l'oraliture

Au sein de cette association qu'il a fondée en 2002, il multipliait déjà les initiatives en faveur du français et notamment en essayant de développer l'oraliture, c'est-à-dire la tradition orale qui peut être transmise de différentes manières et notamment à travers les poèmes ou les chansons populaires.

Dans ce but, il a collecté 1.000 ouvrages sur ce thème en créant la première verbothèque, en organisant un festival du Verbe, des joutes verbales dans les établissements scolaires, du slam ou encore des concours de poésie sonore dans la région de Toulouse. Une démarche inspirée, notamment, par Claude Sicre et les Fabulous Trobadors.

Depuis quelques années, pour médiatiser son combat, le Gascon d'adoption a décidé de franchir les frontières de sa région et parcourir les routes de la francophonie afin de se lancer dans une entreprise ambitieuse: collecter les vieilles chansons traditionnelles afin d'éviter qu'elles ne disparaissent.

«Bêtement, je me suis aperçu tardivement que la chanson était un bon véhicule pour le verbe. On a toujours chanté, des chansons nous ont accompagnés dès l'enfance, elles jouent un rôle dans l'apprentissage de la langue, de la culture...»

275 chansons enregistrées

En France, en Belgique, au Québec et en Suisse, Dick Annegarn filme donc les interprètes volontaires dans un petit studio mobile. Ici, «c'est pas la Star Ac'» mais plutôt «une veillée à deux dans une caravane».

Dick Annegarn donne la parole aux amateurs. | Les Amis du Verbe

Les gens choisissent leur(s) chanson(s) et Dick les accepte comme ils sont. Peu importent les fausses notes, l'essentiel est de connaître les paroles, de chanter a capella, de choisir un titre qui n'ait pas d'auteur ou autrice connue et qui soit tombé dans le domaine public.

Sur YouTube, «La Chaîne du Verbe» rassemble, évidemment, de nombreuses interprétations en français. C'est le cas de «Je suis zozo», chantée par les sœurs Lebreux...

... ou de «C'était un jeune marin», interprétée par ces jumelles de huit ans.

Annegarn a aussi ouvert sa quête aux «soixante-dix langues du monde de France», comme il les appelle. «C'est un retour à l'identité où on prône la diversité. En Belgique, on a des Wallonnes voilées qui nous chantent l'hymne belge», précise-t-il. Lydia a choisi d'entonner, quant à elle, «La Barcarolle», chanson du patrimoine verviétois.

Parmi les 275 chansons enregistrées et publiées jusqu'à aujourd'hui, on trouve du breton, du brusseleir, du créole, du berbère, du flamand, du corse, du gascon ou encore de l'occitan avec «Los Esclops», l'une des chansons préférées du Néerlandais.

«Je ne les ai pas toutes en tête mais quand j'en entends une ça me reste deux ou trois jours. Il n'y a que des tubes, ce sont des mélodies très puissantes par leur pureté et elles sont tenaces. Il y a des chansons tristes, déchirantes quoi. Ce n'est pas pour rien que les compositeurs classiques, notamment, se sont inspirés des mélodies populaires.»

Sources d'inspiration

Le Néerlandais n'est pas le premier à se lancer dans un tel projet puisqu'avant lui, d'autres ont expérimenté le «field recording». Le compositeur Bela Bartók collecta, par exemple, de nombreuses musiques traditionnelles et notamment de la musique paysanne hongroise.

Deux ethnomusicologues, John Lomax et son fils Alan, parcoururent les routes nord-américaines pour enregistrer les musiciens traditionnels dans les prisons et dans les plantations. Une entreprise qui permis à Alan de convaincre Muddy Waters de faire carrière, comme le prodige du blues l'expliquait:

«C'est vraiment la première fois que j'entendais ma voix. J'avais l'habitude l'habitude de chanter comme je le sentais, parce que c'est de cette manière qu'on le faisait au Mississippi. Mais quand John Lomax m'a fait écouter le disque, je me suis dit: “Mec, ce gars peut chanter le blues”.»

Un travail de fourmi dont s'est aussi beaucoup servi Moby. Sur l'album Play, l'artiste américain a pioché dans ces pépites pour composer plusieurs titres. Ce fut le cas de «Trouble So Hard» de Vera Hall pour le célèbre «Natural Blues».

Jacques Besnard Journaliste

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