Société

Pourquoi déteste-t-on les scouts?*

Temps de lecture : 4 min

*Ou plus précisément, les jeannettes et les louveteaux, les éclaireuses et les éclaireurs, les guides et les scouts.

Illustration par Laurence Bentz
Illustration par Laurence Bentz

Non, Slate ne déteste pas les scouts. Notre série «Pourquoi déteste-t-on les…?» recense les préjugés les plus courants pour les expliquer et les démonter.

Beaufs, fonctionnaires, punks à chien… Retrouvez chaque semaine la déconstruction d'un nouveau stéréotype.

Tous les épisodes de la série «Pourquoi déteste-t-on les...?»

Le scout est une espèce discrète. On peut en croiser à l’approche de Noël, quand ils viennent demander quelques pièces aux passantes et passants pour soutenir une bonne action. Le reste du temps, les scouts restent entre eux, le plus souvent dans la nature, à construire des cabanes en forêt ou à organiser des courses d’orientation dans les parcs. Surnommés «loutre maline» ou «girafe agile», ils sont tous habillés pareil: short, chemise et petit foulard bicolore sagement noué autour du cou.

Le scout n’a pas l’air bien méchant. Il semble surtout très chiant. «Nous avons vraiment cette image du catho un peu niais en culotte courte», sourit François Mandil, délégué national des Scouts et guides de France.

Le mouvement véhicule plutôt des valeurs positives et éducatives. C’est en tout cas ce qu’illustre un récent sondage OpinionWay publié en mai 2018. Plus d’une personne interrogée sur deux trouve que le scoutisme rend les jeunes serviables (81%), débrouillards (86%), et leur apprend à respecter la nature (86%). En revanche, le mouvement garde une image élitiste et vieillotte. Une petite majorité estime que le scoutisme est adapté à la vie d’aujourd’hui (52%); il serait plutôt réservé à des milieux favorisés (55%) et fermé aux non-croyants (42%).

Enfants bien proprets

Quand il est filmé par Wes Anderson dans Moonrise Kingdom, le scoutisme et son imaginaire ont une esthétique léchée, presque hipster.

Des petits enfants bien propres, une chemise beige soigneusement repassée rentrée dans le short assorti, sans oublier, autour du cou, les foulards à liserés enroulés sur eux-mêmes.

En dehors de cet univers, la tenue des scouts est plutôt moquée. «C’est la première chose dont on me parle quand je dis que j’ai été scoute. Tout le monde me demande si je portais l’uniforme avec le petit béret», soupire Louise, 28 ans, qui faisait partie des Scouts de France pendant son enfance.

«Pourtant, on peut s’habiller librement, aujourd’hui. Seule la chemise est obligatoire. Elle est unie et sa couleur dépend de l’âge de l’enfant. En plus, tout le monde peut personnaliser ses affaires avec des écussons de son choix, explique François Mandil. Finie aussi, l’époque où l’on restait en short dans la neige, en montagne.»

Les Guides et scouts d’Europe, une branche catholique traditionnaliste et non reconnue par les organisations scoutes mondiales (mais agréée par le Ministère de la jeunesse et des sports), gardent eux une tenue stricte: short pour les garçons, jupes pour les filles, mi-bas blancs pour tout le monde lors des cérémonies.

Le béret basque fait également partie de leur tenue officielle, truffée de références à la religion. En témoigne la croix à huit pointes apposée sur leur logo et sur leur tenue: «Cette croix […] symbolise les huit Béatitudes du sermon sur la montagne (Évangile selon saint Matthieu 5, 1-12), véritable “programme de vie”», peut-on lire sur le site des scouts d’Europe.

Branches traditionnalistes

Les mouvements de scouts forment une véritable nébuleuse. Certains portent des noms similaires, mais tous n'ont pas été validés par les organisations internationales de scoutisme, en raison de leurs fondamentaux parfois trop extrêmes.

Il en va ainsi des scouts de Riaumont, un groupe de catholiques durs qui voyait son nom apparaître dans les médias au début du mois de mai 2018, la justice enquêtant sur des soupçons de maltraitances et violences sexuelles dans la communauté du Pas-de-Calais. Ce micro-mouvement est affilié aux Éclaireurs neutres de France, une fédération de scoutisme.

L’organisation officielle des scouts n’est pas catholique. Nombre de ses membres sont d'ailleurs affiliés à d’autres religions. «Nous comptons soixante millions de membres partout dans le monde, ainsi que dans des pays musulmans. Il se trouve que la majorité des scouts en France sont catholiques», rappelle François Mandil.

La fédération se compose en réalité de six mouvements: Les Scouts et guides de France, catholiques, mais aussi les Éclaireuses et éclaireurs de la nature, bouddhistes, les Scouts musulmans de France, les Éclaireuses et éclaireurs israélites de France, les Éclaireuses et éclaireurs unionistes de France, de confession protestante, et un mouvement laïque appelé Les Éclaireuses et éclaireurs de France.

Traditions vieillottes

Si le scoutisme s’avère plus progressiste qu’on ne pourrait le penser, le mouvement est encore parfois moqué pour sa non-mixité, qui ne concerne pourtant que certaines branches, comme les Guides et scouts d'Europe et les Scouts unitaires de France.

Chez les Scouts et guides de France, «effectivement, il peut exister des groupes de filles et des groupes de garçons, explique François Mandil. Cela dit, tous et toutes participent à toutes les activités ensemble, peu importe leur genre». Pour lui, cette forme de non-mixité contribue même à l’égalité entre les sexes au sein du groupe: les filles construisent leur canoë au même titre que les garçons, et le soir, quand les groupes sont séparés dans leurs habitations, les garçons apprennent à se faire à manger eux-mêmes.

On peut toujours charrier les scouts en les surnommant «castor jovial» ou «rhinocéros farfelu», ces surnoms «totems» qu’ils se sont longtemps attribués, mais «ils ont été interdits au lendemain de la guerre. À l’époque, l’adjectif devait rester secret, il existait tout un cérémonial autour de ça».

«Depuis, les Scouts ont trouvé que c’était trop réducteur de définir une personne en un seul adjectif» –voilà pourquoi les totems de personnes connus, comme «bison égocentrique» pour Jacques Chirac, se rapportent tous à des personnalités âgées.

Le rituel abandonné participait aussi de l’image fermée des scouts. Même si, à côté de tous les mythes qui pèsent sur le mouvement, ces surnoms naïfs et surannés restent un moindre mal.

Edit: ajout de précisions sur la mixité dans le mouvement scout et sur l'agrément de l'AGSE par le ministère de la Jeunesse et des Sports.

Cécilia Léger Journaliste

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