Sports

Pourquoi l'équipe d'Uruguay a-t-elle quatre étoiles sur son maillot?

Temps de lecture : 3 min

Deux étoiles pour ses victoires en Coupe du monde, plus deux étoiles supplémentaires.

Le maillot de l'équipe uruguayenne pour la Coupe du monde 2018 | Franck Fife / AFP
Le maillot de l'équipe uruguayenne pour la Coupe du monde 2018 | Franck Fife / AFP

Sur Twitter, c'est l'une des questions qui revient à chaque match de l'Uruguay: pourquoi Edinson Cavani, Luis Suarez et leurs coéquipiers exhibent-ils quatre étoiles sur leur maillot, alors qu'ils n'ont remporté que deux Coupes du monde, en 1930 et 1950?

C'est une règle bien respectée dans le milieu du football: chaque champion du monde peut broder une étoile sur son maillot pour chaque titre. Le Brésil a ses cinq étoiles au-dessus de son blason, l'Italie et l'Allemagne en ont quatre, l'Argentine deux, et la France, l'Espagne et l'Angleterre une chacune. Alors pourquoi l'Uruguay a-t-il décidé de rajouter deux étoiles?

Titres olympiques

En fait, c'est assez simple: l'Uruguay considère que ses deux titres de champion olympique de 1924 et 1928 valent en réalité deux titres de champion du monde.

Lors des Jeux olympiques de Paris en 1924, les Uruguayens –qui dominaient alors le football mondial– avaient facilement battu la Suisse en finale (3-0), après avoir marché sur le tournoi.

Quatre ans plus tard, ils avaient remis ça à Amsterdam, où la compétition avait été nettement plus disputée. Il leur avait notamment fallu deux rencontres pour venir à bout des Argentins en finale (1-1, puis 2-1 lors du match rejoué).

Deux titres olympiques qui deviennent des titres mondiaux: on pourrait penser que la plus haute autorité footballistique ne serait pas tout à fait d'accord, et pourtant, cette vision des choses est reconnue par la Fifa elle-même.

En 2010, à l'occasion de la Coupe du monde, elle évoque sur son site ces «victoires aux Jeux de 1924 et 1928, tournoi ayant à l'époque valeur de championnat du monde» –difficile de faire mieux en matière de validation.

Et si vous voulez une autre preuve que la Fifa n'en veut pas à l'Uruguay, on vous redirigera vers ce quiz de 2013 (et sa réponse), dans lequel elle demandait qui du Brésil (cinq titres), de la France (un titre), de l'Allemagne (trois titres alors) et de l'Uruguay portait quatre étoiles sur son maillot.

Et les Belges et les Anglais?

Reste que si l'Uruguay a le droit de se rajouter des titres de champion du monde, pourquoi d'autres équipes n'en feraient-elles pas autant?

Jusqu'en 1930, aucune autre compétition que les Jeux ne pouvait se targuer de couronner la meilleure sélection du monde. Sport de démonstration en 1900 et 1904, le football a officiellement gagné sa place aux JO en 1908. Entre cette date et 1930, cinq tournois ont eu lieu et trois nations se sont imposées: l'Angleterre à deux reprises, en 1908 et 1912, la Belgique en 1920, et donc l'Uruguay, en 1924 et 1928.

Alors forcément, l'audace uruguayenne a donné des idées aux Belges. Plusieurs médias ont fait savoir qu'ils aimeraient bien, eux aussi, broder leur première étoile sur leur maillot.

Voici par exemple ce qu'on pouvait lire sur le site de l'hebdomadaire Le Vif, en avril 2014: «Dans cet ordre d'idées, les Diables Rouges mériteraient eux aussi de voir figurer une étoile sur leur tunique. Car avant que les Uruguayens ne s'imposent aux JO à Paris et Amsterdam, nos représentants avaient remporté l'or, en football, aux Jeux d'Anvers en 1920. Ce qui reste, à ce jour, le plus grand exploit organisé par notre sélection représentative sur le plan footballistique [les Tchécoslovaques avaient quitté le terrain avant la mi-temps, pour protester contre l'arbitrage, ndlr]. Alors, à quand une étoile sur le maillot des Diables? Une idée à creuser, assurément, pour la Fédé et Burrda, l'équipementier de notre équipe nationale».

Pas vraiment des champions du monde

Sauf que plusieurs éléments font que Belges et Anglais ne peuvent pas vraiment prétendre à ces étoiles supplémentaires. Tout d'abord, les nations présentes lors de ces tournois: en 1908 et 1912, ne sont présentes que des sélections européennes. Huit ans plus tard, en 1920, on y ajoute seulement l'Égypte. Difficile de parler alors de titre de «champion du monde». La situation s'était légèrement améliorée en 1924: lors de ce tournoi, on avait pu compter sur la présence d'un troisième continent, avec la participation des États-Unis et de l'Uruguay.

Surtout, comme l'a déniché un utilisateur de Reddit dans un document en espagnol de la Fifa aujourd'hui introuvable (il en est de même pour la version anglaise), on peut lire que «la Fifa a accepté lors du Congrès de 1924 d'assumer la responsabilité de l'organisation des tournois olympiques de football en ratifiant la proposition suivante: “À condition que les tournois olympiques de football se déroulent selon les règles de la Fifa, cette dernière reconnaît le tournoi comme un championnat du monde de football.”»

Sur son site, la Fifa indique que la même proposition avait été ratifiée en 1914. Il n'existe en revanche aucune mention du tournoi de 1920, dans la présentation de l'histoire de la Fifa. Seuls les tournois de 1924 et 1928, remportés par l'Uruguay, y sont décrits et présentés comme «d'emblée, un véritable succès». Ce qui voudrait donc dire que les vainqueurs des tournois olympiques organisés avant 1924 ne sont pas considérés par la Fifa comme des champions du monde.

Grégor Brandy Journaliste

Newsletters

L’histoire des ballons de foot qui donnaient l’assaut dans les tranchées

L’histoire des ballons de foot qui donnaient l’assaut dans les tranchées

Dans son livre «Le sport et la Grande Guerre», Paul Dietschy évoque une anecdote folle, représentative de l’esprit sportif des troupes britanniques durant la Première Guerre mondiale.

En Chine, le MMA fait trembler les arts martiaux traditionnels

En Chine, le MMA fait trembler les arts martiaux traditionnels

En Chine, la rivalité entre arts martiaux est un combat culturel.

Faire du sport nous rend-il vraiment plus intelligent?

Faire du sport nous rend-il vraiment plus intelligent?

Les effets sur la mémoire d'une activité physique se confirment.

Newsletters