Politique / Monde

À la télévision italienne, le sort des Roms rappelle celui des juifs d'autrefois

Temps de lecture : 2 min

L'idée d'un recensement des Roms vivant en Italie a réveillé de dramatiques souvenirs dans la population italienne, notamment chez Enrico Mentana, l'un des présentateurs télévisés les plus célèbres du pays.

Capture d'écran du journal télévisé de La7 / TG La7
Capture d'écran du journal télévisé de La7 / TG La7

C'est en direct, dans l'un des journaux télévisés les plus suivis et regardés du pays, qu'Enrico Mentana, présentateur emblématique et historique du paysage audiovisuel italien et directeur de la chaîne généraliste La7, a décidé de s'exprimer sur la dernière annonce du nouveau ministre de l'Intérieur italien, Matteo Salvini.

Le leader du principal parti d'extrême droite du pays (La Ligue, ex-Ligue du Nord), devenu ministre au détour d'une improbable et laborieuse coalition gouvernementale, venait d'annoncer, le 18 juin, sa nouvelle idée: organiser un recensement des Roms vivant en Italie, en vue d'expulser celles et ceux de nationalité étrangère, mais en gardant «malheureusement» –ce sont ses mots– celles et ceux de citoyenneté italienne.

Une prise de position conforme à son engagement politique: en 2015, déjà, Matteo Salvini avait déjà appelé à «raser les camps roms», avant de tweeter: «Les prétentieux qui m'insultent et qui défendent les Roms ont-ils déjà vécu près d'un de leurs camps? Les “bons samaritains”, vous m'avez cassé les c******».

Plus récemment, le ministre de l'Intérieur a pris la décision de fermer les ports italiens aux bateaux et navires d'ONG venant en secours aux migrantes et migrants échoués en Méditerrannée.

«Tout a commencé par un fichage»

Le jour même de l'annonce de Matteo Salvini, Enrico Mentana est venu exprimer au journal de 20h son opposition à ces mesures concernant les communautés rom et sinté.

«Je veux rappeler à tout le monde que, quatre-vingt ans en arrière, c'est par un fichage que tout a commencé», a-t-il fait remarquer, en allusion aux lois raciales fascistes à l'œuvre à partir de 1938 en Italie, prises notamment à l'égard de la population juive.

Pour appuyer son propos, Enrico Mentana a également fait le choix de diffuser, comme une piqûre de rappel, la photo d'un document historique: une fiche de déclaration d'appartenance à la «race juive» datée de février 1939.

Cette fiche, c'est celle d'Alberto Segre, un habitant de Milan. Conformément aux lois raciales fascistes, il y déclare être de «race juive», tout comme sa fille, Liliana Segre, qui vient tout juste de naître. Quelques années plus tard, en janvier 1944, Liliana et Alberto seront déportés depuis la gare centrale de Milan vers le centre de concentration d'Auschwitz-Birkenau.

Mais contrairement à son père tué le jour de son arrivée dans les camps, Liliana Segre a survécu et a pu retourner en Italie, où elle dispose aujourd'hui du titre de sénatrice à vie. «Liliana a survécu et c'est un moyen de se souvenir du fait que cela débute par un fichage, mais on ne sait jamais ni où, ni comment, cela peut se terminer», a conclu Enrico Mentana, qui a collecté les mémoires de la sénatrice dans un ouvrage publié en 2015.

Un sentiment largement partagé dans l'opposition. Simona Malpezzi, sénatrice du Parti démocrate (PD, centre-gauche), a qualifié ce projet de recensement de «dernière trouvaille au parfum vaguement fasciste» de la part du ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, rappelant «les lois raciales de manière sinistre».

Slate.fr

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