Politique

Laurent Wauquiez, Olivier Faure, deux patrons de partis mal partis

Temps de lecture : 7 min

L'éviction de Virginie Calmels par le patron de LR et l'absence de visibilité de celui du PS dans l'opinion illustrent la crise que traversent les partis qu'ils dirigent. Une situation mise à profit par Nicolas Sarkozy et par François Hollande.

Laurent Wauquiez, le 6 juin 2018 | Zaid Al-Obeidi / AFP - Olivier Faure, le 28 mars 2018 | Rémy Gabalda / AFP
Laurent Wauquiez, le 6 juin 2018 | Zaid Al-Obeidi / AFP - Olivier Faure, le 28 mars 2018 | Rémy Gabalda / AFP

Un an après les élections de 2017, on n'y voit pas beaucoup plus clair chez Les Républicains (LR), ni au Parti socialiste (PS). À la présidentielle, Emmanuel Macron avait écarté, dès le premier tour, ces deux partis structurant la vie politique française depuis les début de la Ve République.

Aux législatives, il avait achevé le travail en divisant par neuf la représentation socialiste à l'Assemblée nationale et en coupant en deux celle de la droite sarkozyste. Cerise sur le gâteau macroniste, l'adversaire du second tour élyséen, Marine Le Pen, n'était pas en mesure de constituer un groupe au palais Bourbon après les législatives.

Un an après, les deux partis mis à terre sont encore dans le cirage. Après plusieurs mois d'errance, le PS s'est doté d'un nouveau premier secrétaire avec Olivier Faure, ex-collaborateur de Martine Aubry au ministère de l'Emploi (1997-2000), ancien fidèle de Jean-Marc Ayrault quand il était à Matignon (2012-2014) et partisan de la «synthèse hollandaise». Mais il ne parvient pas encore à percer dans l'opinion. Inconnu avant son élection par les militants, le congrès du PS à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), en avril 2018, ne crée pas l'électrochoc qui lui aurait permis de décoller.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste, dans les travées de l'Assemblée Nationale, le 18 avril 2018. | Jacques Demarthon / AFP

Calmels et Wauquiez, un assemblage politique improbable

Dans un sondage Ifop pour Paris-Match et Sud Radio, réalisé les 8 et 9 juin, Faure se classe en 47e position des personnalités politiques avec 15% d'opinions favorables, soit deux points de plus, à peine, que Virginie Calmels (50e et dernière du classement avec 13%), ancienne vice-présidente du parti Les Républicains qui s'est faite éjecter, le 17 juin, de son poste de n°2 par Laurent Wauquiez, patron de LR qui ne supportait plus la contestation de sa ligne.

Calmels et Wauquiez, c'était un assemblage politique improbable. Et tout à fait opportuniste de la part de l'actrice et de l'acteur concernés. Première adjointe à la mairie de Bordeaux, elle s'était ralliée à François Fillon après la défaite d'Alain Juppé à la primaire de la droite, fin 2016, avant de rejoindre Wauquiez dans la course à la présidence de LR, après l'élection présidentielle ratée de sa famille politique, à la mi-2017. C'est lui qui l'avait sollicitée, raconte le très conservateur hebdomadaire Valeurs actuelles.

Il pensait faire un bon coup à Juppé. Le poulain de Nicolas Sarkozy élu, elle obtient un poste de n°2 à l'arraché. Elle devait être la caution libérale et pro-européenne d'un parti que d'aucun voyait se replier sur des positions étatiques et euro-sceptiques sous l'égide de Wauquiez.

L'attelage baroque a tenu à peine six mois. Celle à qui on prête d'avoir intrigué pour devenir ministre de Macron multipliait les signes d'indépendance à l'égard de son n°1 depuis quelques semaines. L'élaboration et la diffusion d'un tract intitulé «Pour que la France reste la France» reprenant une thématique chère au Rassemblement national (ex-FN) sur l'immigration a constitué l'abcès de fixation. Calmels a regretté de ne pas avoir été associée –comprenez consultée– sur la rédaction de cet outil de propagande.

Le tract de la discorde.

Ne voyant pas venir de réaction, elle a voulu pousser son avantage dans un entretien au Parisien où elle déclarait: «J'ai cru à la volonté de rassembler de Laurent Wauquiez». L'emploi du passé montrait que la rupture était consommée.

L'interview de la discorde, dans le Parisien Dimanche.

Des militants LR et PS déboussolés par les échecs

Sans perdre de temps, le président de LR a débarqué sa première vice-présidente et il a nommé, pour lui succéder, un centriste venu du Parti Radical, Jean Leonetti. Soutien successif de Jean-François Copé (2007-2009), de Bruno Le Maire pour la présidence de l'UMP, en 2014, et de Juppé à la primaire de la droite, en 2016, Leonetti, qui ne s'aventure pas sur le terrain médiatique des querelles politiques, est surtout connu pour ses contributions sur la bioéthique et ses positions médianes entre l'euthanasie et l'acharnement thérapeutique dans la loi relative aux droits des malades et à la fin de vie. Un profil destiné à ne pas se couper définitivement de l'aile centro-libérale chahutée par les derniers événements internes.

Si les personnalités de Faure et Wauquiez ne sont en rien comparables, pas plus que leur ligne ou leur stratégie, les situations politiques complexes dans lesquelles l'un et l'autre se trouvent, présentent pourtant d'étranges similitudes. Le premier secrétaire du PS et le président de LR ont été respectivement élus à la tête de leur parti par des militants encore déboussolés par les échecs électoraux de l'an dernier. Pire, ils ont été désignés par un nombre relativement faible de militants, de gros contingents s'étant mis en réserve ou ayant tout simplement désertés.

Tant chez Les Républicains qu'au Parti socialiste et en dehors des centres urbains tenus par des personnalités fortes de l'un ou l'autre bord, la vie des fédérations tourne au ralenti et les militants ne montrent pas un enthousiasme débordant. Pour les appareils de deux partis, il s'avère compliqué de remettre la machine en route tant la désaffection ou le désintérêt est prégnant dans la troupe. Cet état de fait s'explique aussi, bien sûr, par l'absence de consultation électorale proche, le prochain scrutin étant celui des européennes, le 26 mai 2019.

Macron a absorbé les électorats modérés des deux côtés

Depuis les dernières élections de 2017, les deux partis sont dans une impasse idéologique et stratégique dont ils ne parviennent pas à sortir. Et les deux chefs de file en font les frais. En faisant irruption inopinément sur la scène politique, Macron a absorbé une partie de l'électorat modéré des deux formations: il a ratissé dans le champ social-libéral des sociaux démocrates et il fait son marché dans l'espace orléaniste de la droite dominée par les bonapartistes, selon la classification de l'historien René Rémond.

Un malheur n'arrivant jamais seul, Les Républicains et le Parti socialiste sont attaqués également à l'autre bout de leur propre spectre politique: LR par les lepénistes du Rassemblement national et les souverainistes de Nicolas Dupont-Aignan, le PS par les mélenchonistes de La France insoumise et les hamonistes du mouvement Génération.s. Alors même que les sympathisants qui leur restent fidèles ne sont pas, en masse, selon les enquêtes d'opinion, dans une opposition frontale au chef de l'État, Faure et Wauquiez n'arrivent pas à élaborer le bon discours pour être entendus comme des opposants constructifs, puisqu'ils aspirent l'un et l'autre à gouverner.

L'un (Faure) reste très largement inconnu aux yeux des citoyens, l'autre (Wauquiez) demeure majoritairement autoritaire, inquiétant et peu capable de rassembler les Français pour le corps électoral. Si son image est nettement meilleure auprès des sympathisants de droite, selon le même sondage de l'institut Elabe, elle subit, cependant, une forte détérioration.

Un dernier élément, et pas des moindres, rapproche les deux hommes dans la malédiction qui les poursuit. Une ombre plane au-dessus de chacun d'eux. Celle d'un juge de paix prêt à dégainer des appréciations assassines. Ce sont les deux derniers présidents de la République: Nicolas Sarkozy et François Hollande. Le passage du septennat au quinquennat doublé de l'élection d'hommes encore relativement jeunes, n'ayant fait qu'un seul mandat car battu pour l'un et empêché politiquement de se présenter pour l'autre, a pour conséquence de maintenir dans le jeu ces orphelins de l'Élysée.

Et Sarkozy, et Hollande veulent peser sur la vie, l'organisation et la direction de leur ancien parti. Dans la crise que traversent Les Républicains, le premier se comporte avec Wauquiez comme il avait agi à l'égard de François Fillon au moment de la calamiteuse campagne présidentielle de 2017. Profitant de l'aura dont il jouit dans le peuple de droite, il veut, une nouvelle fois, tirer les ficelles... pour son plus grand profit.«Sans le rassemblement, rien n'est possible», lâche-t-il ainsi juste après l'éviction de Calmels par Wauquiez qu'il incite à conduire la liste de droite aux européennes.

Sarkozy est toujours le président «de coeur» de la droite

Même topo pour Hollande. En pleine promotion de son livre Les leçons du pouvoir (Editions Stock), l'ancien président donne force conseils à Faure. Et c'est dans la même veine que ceux de Sarkozy. «L'avenir d'un parti, c'est sa clarté, sa cohérence et son unité», égrène-t-il à l'intention à peine voilée des ex-frondeurs (dont un bon nombre a rompu avec le parti) et du premier secrétaire du PS. Lequel lui rétorque qu'il cherche des lecteurs alors que lui, Faure, cherche des électeurs. Une manière de lui montrer qu'ils ne conduisent par tous les deux le même combat.

La différence entre les deux anciens chefs de l'État est la popularité dont ils sont détenteurs dans leur propre famille politique. Toutes les enquêtes d'opinion le montrent, comme «L'observatoire politique» Elabe pour Les Échos. Si Sarkozy est toujours leader auprès d'une très large majorité de sympathisants de droite (72%), il n'en va pas de même pour Hollande qui est en cinquième position (42%) derrière... Mélenchon, Besancenot, Hamon et Hulot chez ceux de gauche.

Autant dire que la question du leadership est délicate pour les patrons des deux partis. Écrasé par Sarkozy qui reste le président «de coeur» des militants de droite, Wauquiez est aussi devancé, en terme de popularité, par Bertrand, Juppé et Pécresse. Ce sont précisément trois responsables qui sont en rupture avec «la ligne unique, identitaire et populiste» dénoncée par Calmels sur TF1, le 18 juin.

Chez Les Républicains, la majorité des militants interrogés assure que la crise politique n'existe pas et que l'épisode Calmels n'est, en fait, qu'une crise d'ego. L'explication est certainement un peu courte même si le bref parcours sinusoïdal de l'intéressée ne plaide pas vraiment en faveur de convictions chevillées au corps. Sur ce terrain, il se trouve que Wauquiez est à peu près dans la même situation. Ce qui explique sans doute les différences d'approches électorales entre les militants, les sympathisants et les électeurs.

À cette aune, les élections européennes vont incontestablement être une épreuve politique majeure pour Wauquiez et Les Républicains. Le président du parti va devoir se déterminer clairement entre la position peu ouverte à l'Europe d'un appareil militant qui, par son rétrécissement, pèse de moins en moins et celle d'un électorat moins critique à l'égard de l'Union européenne et largement plus étoffé. L'heure de vérité européenne va finir par sonner.

Olivier Biffaud Journaliste

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