Médias / Monde

Aux États-Unis, un dessinateur viré de son journal pour avoir caricaturé Trump

Temps de lecture : 2 min

Rob Rogers travaillait pour le Pittsburgh Post-Gazette depuis 1993.

Rob Rogers travaillait pour le Pittsburgh Post-Gazette depuis 25 ans. | Can Pac Swire via Flickr CC License by

«J'ai été viré pour m'être moqué de Trump.» Dans une tribune publiée dans le New York Times, le caricaturiste Rob Rogers exprime son amertume après avoir été remercié par le journal qui publiait ses dessins depuis 25 ans. Jeudi, le Pittsburgh Post-Gazette a en effet licencié son principal dessinateur de presse.

Rob Rogers, finaliste du prix Pulitzer en 1999, avait pris un congé au début du mois, révélait alors The Inquirer, après avoir vu 19 de ses dessins censurés en à peine quatre mois, dont six en une seule semaine. La star de ses cartoons «tués»? Donald Trump, tourné en ridicule par le crayon et l'humour fins du dessinateur. Mais pas seulement, expliquait Rob Rogers à The Inquirer: l'un de ses dessins critiquait l'interdiction de la NFL de laisser ses joueurs protester contre les injustices raciales durant l'hymne national.

C'est donc depuis mars, et l'arrivée d'un nouveau directeur de la rédaction, que Rob Rogers a vu apparaître les ciseaux de la censure. Certes, on lui refusait déjà généralement «un ou deux dessins par an», confie-t-il à The Inquirer, mais sur des sujets «portant à controverse, ou susceptibles de mettre mal à l'aise nos lecteurs». Des décisions qu'il pouvait comprendre.

Mais en mars, l'arrivée de Keith Burris a automatisé la censure. «La Direction jugeait mes dessins "trop énervés", raconte Rob Rogers dans le New York Times, elle disait que j'étais "obsédé par Trump" Le même Trump que soutient ouvertement le fameux Keith Burris qui, en janvier signait une tribune défendant les propos du président des États-Unis sur les «shithole countries».

«J'aurais dû le voir venir», confesse Rob Rogers. Le journal ne reconnaît évidemment pas les raisons du licenciement de son dessinateur. Début juin, le directeur de la publication John Robinson Block, lui aussi fervent supporter de Trump, évoquait «un problème interne et personnel», «n'ayant pas grand chose à voir avec la politique, une quelconque idéologie ou Donald Trump». Mais pour l'Association des dessinateurs éditorialistes américains, il n'y a pas de doute: «Il ne faut pas longtemps pour faire le lien entre l'absence des dessins de Rob tendant à gauche et l'arrivée récente d'un éditorialiste pro-Trump.»

«Notre travail est de provoquer le lecteur là où les mots ne peuvent pas le faire», résume Rob Rogers dans sa tribune du New York Times. Le dessinateur conclut: «Ce journal a peut-être gommé mes cartoons. Mais je resterai à mon bureau chaque jour de cette législature».

Sur son compte Twitter, Rob Rogers a publié ses dessins censurés. En voici quelques-uns:

Slate.fr

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