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Quand les Bleus perdaient, nous n'étions pas si malheureux

Temps de lecture : 13 min

L'équipe de France de foot n'a pas toujours été la plus performante, loin de là. Pourtant, ses joueurs ont fasciné plusieurs générations.

Il a fallu du temps et de la persévérance pour décrocher cette première étoile. | Patrick Herzog / AFP
Il a fallu du temps et de la persévérance pour décrocher cette première étoile. | Patrick Herzog / AFP

J’aime à penser à nos défaites, elles furent le sel de mon enfance et témoignent que nous existions. Nous fûmes français avant que la victoire nous prenne, et nous n’étions pas moins aimables si nos footballeurs ne resplendissaient pas.

Quand s’avance la gloire de Kylian et Grizou et s’est donné le culte de Deschamps et Zizou, j’ai besoin de prononcer ces noms des pages autrefois grises ou jaunes de l’Équipe, je veux psalmodier Herbin, Gondet et Charly Loubet, je veux dire Bosquier dit Bobosse, Hervé Revelli, Rostagni et Djorkaeff le père, Chiesa et Gondet et Jo Bonnel, j’invoque nos gardiens Marcel Aubour et Pierre Bernard et le magnifique Carnus, qui tous portaient vaille que vaille un maillot au coq inoffensif et revenaient piteux des champs de bataille.

Ils furent une France du football dans laquelle j’ai grandi, une France moyenne de football moyen et de Français moyen et ce n’est pas seulement la nostalgie qui me guide mais un souci de justice, quand l’euphorie paresseuse du temps nous interdit tout autre destin que celui du winner. Nous vivons dans l’injonction de la victoire et rejetons ce que nous fûmes, pourtant: ce que je fus. Je ne ne tire aucune honte d’avoir connu la défaite, ni gloire masochiste, et ne souhaite pas qu’elle revienne. Elle exista, simplement. Que sommes-nous devenus à oublier d’où nous venons?

La longue nuit du football français

Je suis né le 18 décembre 1962. Une Coupe du monde venait de passer, nous l'avions manquée. La nuit était tombée sur le football un an, plus tôt. Le 16 décembre 1961, la Bulgarie avait battu la France dans un match de qualification, au stade San Siro de Milan. Le sort était injuste. Notre meilleur joueur cette saison-là, le défenseur André Lerond, avait marqué contre son camp sur un coup franc bulgare. Trois mois après, ma mère tombait enceinte. Je n’ai pas cette prétention de croire que tout est lié.

Le journaliste et historien Didier Braun a rapporté dans une note de blog le traumatisme d’alors. L’Équipe atténuait la honte en la philosophant: «En football comme en toute autre activité, il existe une évolution, un cycle, un cheminement des idées et des hommes qui amène le progrès par le renouvellement constant». Nous étions démunis par le départ de Raymond Kopa, notre Zizou d’alors, il fallait revenir à «L’ÉQUILIBRE» et à la «SIMPLICITÉ» (les mots étaient en majuscules) pour y suppléer.

Raymond Kopa | Stringer / AFP

Nos journaux en ce temps-là étaient fort bien écrits. Les lecteurs également avaient du talent, fut-il courroucé, tel ce Grenoblois qui écrivait à l’Équipe: «Ça, une équipe nationale, chargée de tenir pavillon haut nos couleurs! Allons donc, à peine une équipe d’artisans et, à quelques rares exceptions, une réunion de mercenaires, de fonctionnaires qui n’ont jamais pensé un seul instant à l’enjeu de cette partie». Mercenaires et fonctionnaires, trop payés, avons-nous changé dans nos préjugés?

Avant le match, nos vedettes nous avaient promis la gloire. «Les Français au Chili, c’est comme si c’était fait», promettait la meneuse de revue Zizi Jeanmaire et le chanteur Sacha Distel prévoyait une nette victoire, «Disons 3-1». Nous aurions dû prévoir. En 1960, l’équipe de France, troisième de la précédente Coupe du monde, avait déjà perdu une demi-finale de championnat d’Europe qui lui était promise. Notre gardien, pied-noir et moustachu, Georges Lamia, avait offert trois buts en cinq minutes à la Yougoslavie. «Lamia assassine l’équipe de France» titrait alors un journal. Nous n’en reviendrions pas.

La défaite est notre royaume

Les premières défaites eurent la saveur stupéfiante des tremblements de terre. Ensuite, on s’habitua. La défaite serait notre royaume. J’avais un an et demi, au printemps 1964, quand la Hongrie nous battait deux fois, à Colombes et chez elle, pour nous interdire le championnat d’Europe.

J’allais vers mes six ans, en avril 1968 quand la Yougoslavie nous sortait du championnat d’Europe d’un cinglant 5 à 1.

Le Monde, dirigé par l’austère Beuve-Méry, qui surveillait avec rigueur les débordements du régime gaulliste, savait fustiger nos errances du ballon avec la même autorité:
«Il n'était pas possible que l'équipe de France fasse indéfiniment illusion. L'humiliante défaite qu'elle a subie face à la Yougoslavie a cruellement rappelé qu'elle n'avait pas sa place parmi les huit meilleures équipes européennes. Les onze joueurs yougoslaves formaient une équipe homogène, soudée, prompte à se regrouper dans la partie du terrain où se déroulait l'action de jeu. L'équipe de France était composée de onze individualités errant à la recherche d'un ballon insaisissable.»

Sept mois plus tard, en novembre 1968, Le Monde pouvait recommencer. Les joueurs amateurs de la Norvège avaient battu nos professionnels, 1 à 0, but d’Iversen, chez nous, à Strasbourg, nous privant à coup sûr de la Coupe du monde à venir au Mexique:

«Quelle tristesse ce fut, dans ce stade de la Mainau où le public alsacien avait préparé une chaleureuse ambiance à l'équipe de France, de voir les joueurs français incapables de vaincre un adversaire indéniablement inférieur, par manque de vivacité, de force d'exécution, de sang-froid, de fraîcheur physique et, il faut bien le dire, d'organisation collective.»

Dans l’Équipe, le secrétaire d'État à la jeunesse et aux sports Jacques-Philippe Vendroux affichait le courroux de l’État gaulliste:

«Nous avions l'intention d'attendre la fin de l'année pour prendre contact avec les dirigeants du football. Les événements qui viennent de survenir et cette défaite de Strasbourg nous ont montré qu'il y avait intérêt à nous préoccuper de ce problème encore plus rapidement.»

«Comme par dérision, les joueurs hongrois viennent de nous convaincre qu'on ne soutenait même pas la comparaison avec un pays de onze millions d'habitants.»

Le Monde, octobre 1971

Je ne savais pas grand-chose de ces comédies du pouvoir. Je fus autorisé à regarder du football à la télévision peu avant mes dix ans. Je me souviens d’une revanche sans objet contre la Norvège, 3-1 je crois, ou d’une victoire contre la Grèce? Cela faisait plaisir, mais n’y changeait rien. La Hongrie était venu nous battre le 9 octobre 1971, et nous serions privés du championnat d’Europe suivant, et le Monde pourrait à nouveau soupirer:

«Comme par dérision, les joueurs hongrois viennent de nous convaincre qu'on ne soutenait même pas la comparaison avec un pays de onze millions d'habitants. D'où vient qu'une masse de 700.000 footballeurs ne puisse produire une élite capable de rivaliser à tout le moins avec les pays européens?»

Une défaite à Moscou le 26 mai 1973, nous interdirait la Coupe du monde de 1974. L’Allemagne de l’Est et la Belgique nous éliminaient du championnat d’Europe 1976. C’était écrit.

Effort de résilience

Les disettes de mon enfance semblent pesantes dans leur répétition. Ce n’était pas vraiment le cas. Il y avait, après chaque défaite de l’équipe nationale, une émouvante recherche de résilience. Battus, les Bleus s’acharnaient à revivre, et nous à y croire. On se racontait des belles histoires et on saluait les jeunes joueurs qui montaient dans les routines du championnat. On découvrait un feu follet lyonnais du nom de Di Nallo, un buteur nantais nommé Gondet, un attaquant argentin mais français, Nestor Combin, et le chti Georges Lech. Il y avait ces moments où la malédiction s’estompait. La cruauté ou le ridicule nous faisaient retomber. Nous nous étions qualifiés pour la Coupe du monde en Angleterre, en 1966, par la grâce éphémère d’une équipe rajeunie. Sur place, nous fûmes piteux. Un an après, une sélection de joueurs corses évoluant en deuxième division battait la France à Marseille. On n’y échappait pas.

Les entraineurs se succédaient, chacun portant son lot d’impuissance. À ma naissance, le sélectionneur français s’appelait Georges Verriest habile nordiste qui s’entendait très mal avec la vedette Raymond Kopa et exerçait son mandat sous la surveillance inquiète des autorités fédérales:

«M. Georges Verriest a exposé samedi les raisons des contre-performances de l'équipe de France de football: jeu étriqué, impossibilité de former de jeunes internationaux du fait de la guerre d'Algérie, qui absorbe les joueurs de 20 à 23 ans, présence aux postes-clés des grands clubs français d'un trop grand nombre d'étrangers...» (Le Monde, janvier 1962).

«Après la nouvelle défaite de l'équipe de France mercredi soir devant la Pologne (1-3), la Fédération française de football réunit ce samedi son bureau. Le sélectionneur Georges Verriest et son adjoint Marcel Langillier seront entendus.» (Le Monde, avril 1962, et je précise ici que Marcel Langiller, quand il était joueur, avant-guerre, était surnommé «la Caille», et rien ne doit être oublié).

«Boulogne calque sur le football les concepts qui ont cours dans la pensée économique du temps et qui s’appellent croissance, industrialisation, performance, etc.»

Alfred Wahl

Verriest serait remplacé par Henri Guérin, contre lequel les joueurs se révolteraient en pleine world cup anglaise, et qui serait remplacé par un tandem composé de l’entraineur de Saint-Etienne, Jean Snella et de celui de Nantes, José Arribas, eux-mêmes remplacés par le buteur de la Coupe du monde 1958 Just Fontaine, lui-même remplacé par Louis Dugauguez, un charentais instituteur né à la gloire en entrainant Sedan, lui-même chassé au profit de Georges Boulogne, un technicien chauve né dans le Pas-de-Calais, qui échouerait comme les autres, en dépit d’un parti-pris de modernisation nous vivions les années Pompidou– qui portait la marque de son temps.

So Foot l’a résumé ainsi: «Inspiré par l’ouvrage L’Homme, cet inconnu d’Alexis Carrel, qui prône un eugénisme douteux, il structure le haut niveau du football français, professionnalise la détection et la formation des meilleurs talents de l’Hexagone. "Instructeur national" , "bâtisseur" et même "baron", autant de surnoms pour qualifier ce père fondateur abrupt et énergique du football-compétition, anti-Coubertin d’une France jusqu’alors trop gentille. "C’est Georges Boulogne qui formalise progressivement les conceptions globales de ce qu’il appelle le football moderne. [...] Boulogne calque sur le football les concepts qui ont cours dans la pensée économique du temps et qui s’appellent croissance, industrialisation, performance, etc", explique l’historien Alfred Wahl dans l’essai Le Mai 68 des footballeurs».

Esprit de spadassins

Il y aurait alors, dans ce football de mon enfance, un dernier sursaut, aux confins de la pensée magique. Ayant épuisé trop d’entraineurs et laminé trop de joueurs, à la rentrée 1973, la Fédération française allait recruter un habile Roumain, Stefan Kovacs, qui avait emmené deux fois l’Ajax Amsterdam, meilleur club de l’époque, à la victoire en Coupe d’Europe. Tel le facteur de Jacques Tati essayant la tournée à l’américaine, nous engagions Kovacs pour apprendre le «football total» alors en vogue, où «tout le monde attaque, tout le monde défend», répétait-on.

Stefan Kovacs, en 1974 à Rambouillet. | AFP

J’entrais au petit lycée, que l’on n’appelait pas collège. J’étais ravi. Comprenais-je qu’une histoire se jouait? Ce fut un des premiers renoncements de mon pays à ses seules vertus nationales; nous nous en remettions à des idéologies et des vérités venues de l’étranger. Ce fut un peu délicieux, tant Kovacs était charmant et roulait ses phrases, en ayant si peu l’air de se foutre de nous. Il était cultivé. Nous étions des ploucs. Il s’exprimait dans Le Monde:

«Les premiers matches auxquels j'ai assisté ont confirmé l'opinion que je m'étais faite à la lecture des journaux français que je me procure depuis vingt ans pour me tenir informé de l'actualité non seulement sportive, mais culturelle, théâtrale ou artistique. Les joueurs français ne manquent pas de qualités pour mieux s'exprimer; du moins de façon plus efficace. Mais, depuis quelques années, on a perdu de vue en France l'évolution du football [...] J’ai remarqué, d'autre part, que le Français est naturellement agressif, même s'il reste poli, quand il défend ses opinions au cours d'un échange d'idées. Sur le terrain, il n'exprime pas cette agressivité. Il faut être plus tranchant dans les interventions, sans toutefois se montrer brutal. Le footballeur français doit retrouver sur le terrain son esprit de spadassin.»

«L’esprit de spadassin était magnifique.» Kovacs nous ramenait au monde. Il était le plus brillant des démagogues. Il sut écouter la vox populi qui réclamait un artiste du SCO Angers, Jean-Marc Guillou, et Guillou joua. C’était bien. Kovacs devait rester un an, nous négociâmes avec la Roumanie, il resta deux ans puis s’en alla à l’été 1975, nous n’avions rien gagné de plus mais nous nous étions distrait. La tristesse allait bien se lasser.

Platini, enfin

Loin de l’équipe de France, une équipe de ville prolétaire, Saint-Etienne, et un jeune Lorrain de souche italienne, Michel Platini, naissaient à la force. La geste des Verts et les coups francs de Platini allaient se rencontrer en équipe de France, désormais dirigée par un tendre technicien aimant le beau jeu et la parole donnée, et capable de larmes: Michel Hidalgo, français humaniste, n’avait rien d’un spadassin. Mon enfance touchait à l’acné quand Platini marquait pour son premier match en bleu. Nous allions apprendre à gagner, dans les drames et puis dans l’habitude, et nous saurions, enfin, oublier que la défaite molle nous avait tant aimés.

Il ne sert à rien de poursuivre l’histoire ici. Séville 1982, Paris 1984, Guadalajara 1986, juste une pause, puis Paris 1998, Rotterdam 2000, Berlin 2006, Paris 2016, autant d’épopées, de victoires et de drames. Nous ne sommes plus des Français moyens mais une force arythmique, cyclique, impérissable pourtant.

Le football de France a égaré la modestie. Il se demande s’il tient ou non son rang? Mais il a un rang, quand jadis, nous étions quantité négligeable du jeu, que nos voisins belges écartaient en se jouant de nos vapeurs et nos petits gabarits. Nous sommes, nous étions si peu. C’est ce «si peu» qui m’intéresse et que je revendique, vieil adulte bientôt. Nous étions ce «si peu» et il ne faut pas en rougir. Il nous rendait, au hasard d’une surprise, parfois, très heureux.

Le charme d’un bon match, une fois, contre une Allemagne, un Brésil, nous portait d’extase. Bien jouer et gagner était une précieuse rareté. Nous en savions le prix. Avoir écarté de nos narrations tant de joueurs, tant de sueur, tant de matchs, tant de foules qui quittaient Colombes la frustration au coeur, est une mauvaise action. Être assigné à la défaite est suffisamment cruel pour que l’on n’ajoute pas l’oubli? Les joueurs de ce temps portaient une fatalité, parfois des tragédies. Un splendide défenseur de mes jeunes années Jean-Pierre Adams, Sénégalais de France qui formait avec l’Antillais Marius Trésor une «garde noire» qui m’enchantait dans France football, a été plongé en 1982 dans un coma sans fin par une erreur d’anesthésie.

Jean-Pierre Adams et Marius Trésor dans le train qui le amène à Bruxelles pour affronter l'équipe belge, le 11 octobre 1974. | AFP

Georges Carnus, chouette gardien qui nous épargnait tant de hontes, a perdu sa femme et ses trois filles dans un accident de la route, en juin 1974. Quatre ans plus tôt, il avait défrayé la chronique sportive en quittant Saint-Etienne pour l’OM, avec son partenaire Bosquier. Les routes étaient alors meurtrières, plus qu’aujourd’hui, et les transferts encore scandaleux. On souffrait, et on revenait. Pourquoi avoir rayé Carnus des histoires que l’on conte et raconte à ceux qui nous suivront?

Comment vivre si seule la victoire surnage?

J’ai connu jeune adulte –19 ans à Séville– la grâce des victoires. J’y ai trouvé du bonheur, et d’autant plus que je venais du froid. Mes enfants ont grandi dans le monde de Zidane, et n’imaginent guère que la France puisse déchoir. Dois-je les envier ou bien nous plaindre? Bientôt, on n’osera plus penser que la défaite existe. En 2018, où le vainqueur par nature Macron demande aux vainqueurs par essence M’Bappe et Griezmann de vaincre en Russie, parce qu’il ne serait pas d’autre destin possible dans une compétition. Est-on fou d’en simplement sourire?

Emmanuel Macron avait 4 ans à Séville, et 15 quand l’OM battait Milan en coupe d’Europe, il faut le comprendre, il n’a pas su le reste. Mais elle est irrespirable la société que l’on fabrique, sur le modèle d’un football dénaturé, où le culte du plus fort a balayé l’humour et la tendresse. Seuls sont digne d’éloges le start-upper et le footballeur couronné, et les malchanceux aux mains qui glissent, les moins adaptés, les jamais-spadassins, ne seront rien, n’ont jamais été?

Comment vivre si la victoire seule surnage, comment vivre dans ce mensonge, comment vivre dans une telle injonction? Il faut donc chanter nos pertes, chanter Robert Herbin, que l’infâme anglais Stiles, «the Toothless Tiger», le tigre édenté, blessait il y a 52 ans. Retenez ceci. Ils n’étaient ni de mauvais footballeurs ni de mauvais Français, les Bleus de 1969, ni les appelés de 1940, les non-nommés, les interdits.

Voici donc, dans leur beauté, Angleterre 5, France 0, 12 mars 1969, la composition de notre équipe: Carnus, Djorkaeff, Lemerre, Bosquier, Rostagni, Herbet, Bonnel, Simon, Michel, Loubet, Bereta.Tous excellents hommes et Henri Michel le premier, qui vient de mourir. Regarder et aimer cette équipe et la commémorer est un antidote aux déshumanisations chatoyantes que l’on nous propose.

L’équipe de France de football perdait quand le pays gagnait.

C’est aussi, savez-vous, un antidote à la paresse de commentaire, qui veut lire l’état d’un pays à l’aune de ses résultats sportifs. La grande victoire de 1998 était celle de notre métissage, celle qui s’annonce sera la preuve de notre modernité, la pantomime de Knysna en 2010 illustrait les fractures françaises, peut-être nos guerres civiles à venir.

Il est bon alors de souligner ceci. L’équipe de France de football perdait quand le pays gagnait. C’est de la France des trente glorieuses, de l’industrialisation pompidolienne, que nous parlons ici. La formation humiliée par des Bulgares et des Hongrois venait d’une puissance économique, d’une société bouillonnante allant vers le progrès, ou le contestant.

Nul n’aurait songé à faire du football la preuve d’une déprime nationale. Nul n’aurait demandé aux joueurs de booster le moral d’un pays, qui se débrouillait fort bien? Nous étions forts, notre football était faible. Nous nous en étonnions, enfants que nous fûmes, sans jamais en faire de drame. Parfois, le pouvoir, un peu mécontent, voulait que le football se hisse à son niveau, au niveau de la France. Ce n’était pas si grave. Simplement un jeu, un art, que nous balbutions. Nous étions sages, alors, de ne pas mélanger. Je nous souhaite, adultes, la sagesse d’enfants.

Claude Askolovitch Journaliste

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