Sports

Coupe du monde: l'Allemagne éliminée au premier tour

Temps de lecture : 5 min

«À la fin c'est l'Allemagne qui gagne», veut la formule de Gary Lineker. Mais en tant qu'équipe championne sortante, c'est compliqué.

Le gardien allemand Manuel Neuer après avoir concédé le deuxième but autrichien lors du match amical international entre l'Autriche et l'Allemagne à Klagenfurt, en Autriche, le 2 juin 2018. | Vladimir Simicek / AFP
Le gardien allemand Manuel Neuer après avoir concédé le deuxième but autrichien lors du match amical international entre l'Autriche et l'Allemagne à Klagenfurt, en Autriche, le 2 juin 2018. | Vladimir Simicek / AFP

Nous republions cet article du 17 juin à l'occasion de l'élimination de l'Allemagne au premier tour de la Coupe du monde 2018 après sa défaite 2-0 contre la Corée du Sud.

C’est probablement l’un des plus beaux (ou plus fous) paris de l’année. Dans le podcast Ringer FC, Ryan O'Hanlon, journaliste pour The Ringer, a osé prédire que l’Allemagne, championne du monde en titre, allait se faire sortir au premier tour de la Coupe du monde qu’elle débute ce dimanche à 17 heures, contre le Mexique.

Si l’Allemagne fait partie des favoris pour se succéder, ce n’est pas pour rien. Championne du monde en titre, elle a marché sur son groupe de qualifications (dix matchs, dix victoires), et «paraît même être intrinsèquement plus forte que celle de 2014», écrit SoFoot. Autant dire que quand on parle d’Allemagne, on parle plus d’une finale de Coupe du monde, que d’une élimination prématurée.

Pourtant, en cherchant des justifications à cette sortie (des matchs amicaux décevants à quelques jours du début de la compétition?), une nous a sauté aux yeux au vu des dernières éditions: le champion du monde en titre ne s’en sort pas toujours très bien.

Les deux derniers champions du monde (l’Italie, puis l’Espagne) sont tombés après trois matchs. Une petite liste à laquelle on peut ajouter la France, pour porter le nombre d'éliminations de champions du monde en titre à trois lors des quatre dernières éditions. Et au total, sur les dix-neuf champions du monde sortants, cinq sont passés à la trappe.

La victoire était en nous

En 2002, la France, championne du monde en titre avait buté sur un groupe que l’on imaginait à sa portée: Uruguay, Sénégal et Danemark. Sans Zinédine Zidane, blessé, les Bleus s’étaient pourtant d’abord inclinés à la surprise générale face au Sénégal (1-0), malgré une frappe sur le poteau et une autre sur la barre transversale. Lors du match suivant contre l’Uruguay, un but avait été refusé à Trezeguet pour un hors-jeu pourtant inexistant, Emmanuel Petit avait trouvé le poteau sur un coup franc, et Henry avait été exclu pour un tacle appuyé dès la 25e minute. Résultat: un 0-0 qui n’arrangeait personne. Malgré le retour de Zidane pour le troisième match, les Bleus avaient été battus par le Danemark 2 à 0 et avaient quitté la Coupe du monde avec un seul petit point, sans marquer le moindre but, mais en touchant les poteaux à cinq reprises. «La fin d’une histoire», titrait alors L’Équipe deux ans après le «monumental» succès en finale de l’Euro 2000.

Si le Brésil avait réussi à sortir d’une poule à sa mesure en 2006, avant de tomber face à la France en quarts, l’Italie, championne du monde en titre, avait dû à son tour dire adieu très vite à ses espoirs de doublé, en 2010. Tenus en échec par le Paraguay (1-1), puis par la Nouvelle-Zélande (1-1), les Italiens devaient absolument faire au moins match nul contre la Slovaquie pour se qualifier. Et la Squadra Azzura a flanché (défaite 3-2). Avec deux nuls et une défaite, l’Italie avait fini dernière de sa poule (derrière la Nouvelle-Zélande). Le Corriere dello Sport et la Gazzetta dello Sport avaient notamment parlé de «honte» dans les instants qui avaient suivi cet échec.

Et puis il y a cette déroute de l’Espagne en 2014, que personne ou presque n'avait vu venir. Sortis confortablement des éliminatoires (malgré deux nuls contre la France et la Finlande), et alors qu’on les pensait lancés vers les huitièmes après avoir ouvert le score sur penalty et dominé les Pays-Bas pendant quarante-cinq minutes de leur premier match, les Espagnols avaient craqué juste avant la mi-temps sur une incroyable tête de Robin Van Persie. En deuxième période, les Néerlandais avaient fait exploser la sélection espagnole (5 à 1). Une nouvelle défaite contre le Chili (2-0), et les Espagnols préparaient déjà leurs bagages pour rentrer au pays, après seulement deux matchs joués.

Des précédents célèbres

S'ils représentent une anomalie statistique (ce scénario aujourd'hui fréquent ne s'était produit qu'à deux reprises jusque-là), ces trois cas ne sont pas isolés dans l'histoire de la Coupe du monde. Les Brésiliens de 1966 et les Italiens de 1950 avaient connu le même sort. Les Sud-Américains avaient pourtant bien commencé cette édition anglaise, en battant la Bulgarie 2 à 0, malgré le traitement particulier réservé à Pelé, comme le racontait SoFoot en 2016: «Matraqué par les Bulgares au premier match (2-0), il renonça au second face à la Hongrie qui l’emporta (3-1) après que deux buts de la Seleção furent annulés. On connaît la suite. Et la fin: face au Portugal, Pelé fut “bousillé” tôt dans le match par Morais une première fois avant d’être achevé par le même boucher du Benfica. Morais ne reçut aucun avertissement!».

Pelé et ses coéquipiers avaient dû quitter la compétition dès le premier tour: la pire performance brésilienne depuis 1934. Jamais les Brésiliens n’ont manqué les phases à élimination directe depuis.

Quant à l’Italie de 1950, il s’agit d’un cas un peu particulier. Dans cette première coupe du monde de l’après-guerre, les Italiens s’étaient retrouvés dans un groupe à trois après le forfait de l’Inde. Et comme le racontait Le Monde en 2010, les Italiens étaient arrivés avec un effectif bien différent de celui qui leur avait permis de s’imposer en 1938.

«Seconde Guerre mondiale oblige, l'équipe italienne version 1950 affiche un effectif remanié dans son entier par rapport à celui de 1938. Et également différent par rapport à celui de 1949, puisque l'Italie a perdu plusieurs de ses internationaux cette année-là, lors du drame de Superga –du nom de la colline turinoise où s'écrasa un vol transportant les dix-huit footballeurs du grand Torino FC, le 4 mai 1949. Une catastrophe qui anéantit une équipe jusqu'alors sacrée cinq fois d'affilée championne d'Italie, et dans laquelle évoluaient huit membres de la Nazionale Une première défaite face à la Suède (3-2) avait déjà scellé le sort de la sélection transalpine. Après le nul suédois (2-2) face au Paraguay, les Italiens n’avaient plus aucun espoir de se qualifier, malgré leur victoire lors de leur dernier match (2 à 0).

À quel chiffre se vouer?

En se plongeant dans l'histoire de la Coupe du monde, on peut observer que sur les dix-neuf cas de champions du monde sortants, l'élimination au premier tour est la plus commune, parmi toutes les options proposées (trois ont été éliminés dans ce qui était le deuxième tour, et trois ont été éliminés en quarts de finale, par ailleurs).

Alors oui, l'Allemagne doit rester sur ses gardes. Reste que même dans un groupe qui peut s’avérer dangereux (Mexique, Suède et Corée du Sud sont au programme), et même si l'Allemagne version 2018 «semble tout de même un peu en bout de course, ou du moins à cheval entre deux générations», comme l’indique SoFoot, les Allemands peuvent regarder vers un autre chiffre pour se rassurer: depuis l'adoption des phases de poules en 1950, jamais la Nationalmannschaft n’a été éliminée au premier tour d’une Coupe du monde. Et depuis 1982, elle n'a pas fait pire qu'une défaite en quarts de finale. Deutsche Qualität.

Grégor Brandy Journaliste

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