Sports

Coupe du monde: Deschamps n’est pas loin d’avoir la matière dont il rêvait pour triompher

Temps de lecture : 7 min

Si les qualités techniques du groupe sont indéniables, ses ressources mentales sont aussi nombreuses.

Les Bleus posent le 30 mai 2018 à Clairefontaine-en-Yvelines. | Franck Fife / AFP
Les Bleus posent le 30 mai 2018 à Clairefontaine-en-Yvelines. | Franck Fife / AFP

Les sportifs français n’ont pas de mental. Cette idée reçue est fréquemment répétée sur tous les tons avec sa part de vérité et ses exagérations quand viennent les mauvais résultats comme récemment à Roland-Garros, au cœur de la déconfiture des joueurs français. Qu’en est-il de l’équipe de France de football à l’aube de cette Coupe du monde en Russie? Peut-elle aller jusqu’au bout en comptant sur ses forces morales? Ces questions, parmi d’autres, vont nourrir bien des débats lors des jours et des semaines à venir sans que beaucoup puissent d’ailleurs vraiment définir ce qui se cache derrière ce mot-valise ou tarte à la crème de «mental».

«Le mental est le moteur de tout ce qui produit la performance: le physique, la technique, l’intelligence tactique, la détermination, l’esprit d’équipe, le contrôle de soi et de ses émotions, le sang-froid pour faire le geste juste, etc. Si le mental flanche, c’est tout ou partie de ces éléments qui s’écroule.» Telle est la définition de Patrick Grosperrin, 56 ans, préparateur mental, qui a professionnellement participé à la conquête de trois titres olympiques inattendus –Jean Galfione (or à la perche à Atlanta en 1996), Jean-Luc Crétier (or en descente à Nagano en 1998) et Philippe Rozier (or en équitation par équipes à Rio en 2016)– tout en contribuant à de nombreux autres résultats internationaux.

La France sportive, notamment les disciplines collectives de haut niveau, rechigne la plupart du temps à faire appel à des préparateurs mentaux. Ceux-ci sont perçus comme des éléments perturbateurs ou inutiles au sein d’un groupe, parce que le coach considère, d’abord et généralement, détenir un savoir en la matière. Pourtant, invisible et insidieuse, la souffrance morale peut notamment se diffuser et faire des ravages. Le joueur de football allemand Per Mertesacker a récemment avoué avoir traversé un calvaire personnel sur le plan psychologique, y compris lors de Coupes du monde, en raison d’un niveau de pression et d’attentes devenu insupportable.

C’est souvent l’étonnant paradoxe de clubs cotés en bourse: des dizaines de millions sont dépensés dans la construction de stades ou dans des transferts parfois délirants, mais cet investissement au niveau du suivi mental des joueurs, et donc de leur santé, est insuffisamment consenti. Et c’est un tabou très français.

Comme l’équipe de France de rugby, l’équipe de France de football n’a pas de préparateur mental officiel. Mais avec 60% de son effectif travaillant dans des clubs étrangers, pour la plupart au sommet de l’Europe, elle est armée à l’heure de partir au combat. Jusqu’à être capable de tenir tête à la Terre entière? À voir…

Pour Slate, Patrick Grosperrin, qui observe avec attention le groupe de Didier Deschamps, a bien voulu évaluer, sur le plan mental, les joueurs titulaires ou proches de l’équipe type en leur attribuant un qualificatif et une note sur 10 pour accompagner son commentaire.

Didier Deschamps, le gagnant: 10/10

En tant que joueur, Didier Deschamps a toujours su maximiser ses capacités et celles de ses partenaires pour tout gagner. Depuis qu’il est entraîneur, il en fait de même. Il optimise ses groupes pour tendre vers la victoire, et bien sûr, ça marche: titres avec Monaco et Marseille, finale de la Ligue des champions, finale de l’Euro. Rarement flamboyantes et spectaculaires, ses équipes sont toujours au rendez-vous. Avec cette sélection, s’il n’est pas trop touché par des coups du sort (blessures, cartons, faits de jeu), il n’est pas loin d’avoir la matière (qualité des joueurs, complémentarité, maturité, expérience, solidité mentale, esprit d’équipe, profondeur de banc) dont il rêvait forcément, pour lui permettre de triompher.

Blaise Matuidi, le ratier: 10/10

Le «ratier», pour reprendre le qualificatif donné par Vincent Moscato sur RMC. Un roc inusable. De même, avec lui, on peut voyager. On l’a un peu oublié, mais il possède également les capacités technique et mentale à se projeter et à marquer.

Antoine Griezmann, l’ange tueur: 10/10

On lui donnerait le bon Dieu sans confession, mais devant le but, il possède un implacable sang-froid au service d’une technique parfaite. Sans lui à l’Euro en 2016, la route aurait pu s’arrêter face à l’Irlande dès les huitièmes de finale. Inutile de revenir sur la récente finale de la Ligue Europa avec son club de l’Atlético de Madrid contre Marseille –mais cette fois, il sera «du bon côté».

Hugo Lloris, le glaçon: 9/10

Froid, incroyablement déterminé, il donnera tout ce qu’il peut donner pour atteindre le titre. Cette énorme force mentale a joué un mauvais tour à cette équipe de France lors de la finale de l’Euro en 2016: durement touché au tibia, il est quand même resté sur le terrain mais n’a pas pu compter sur ses appuis pour détourner la frappe victorieuse d’Eder. Faut-il douter de lui après ses récents ratés? Il est suffisamment fort pour surpasser ces péripéties inhérentes à une carrière de gardien.

Samuel Umtiti, la tour de contrôle: 9/10

Intelligent, mature, on peut compter sur lui. On a vu le vide que son départ de Lyon a créé, tout en devenant rapidement titulaire au FC Barcelone. Parfois, des petits manques de lucidité (exemple: une faute inutile sur Balotelli lors du récent match amical contre l’Italie, des poussettes qui peuvent se transformer en penalty).

Benjamin Mendy, le percutant: 9/10

Fiable, il possède l’aptitude rare pour un arrière latéral à pouvoir marquer. Capacité technique, mais surtout mentale à se créer et à prendre sa chance (pas la peur de rater qui anime la plupart des joueurs français quand il s’agit de tirer, héritage de la pédagogie française par la faute). Face à des provocateurs, il doit canaliser un tempérament explosif.

Lucas Hernandez, la révélation: 9/10

Malgré son jeune âge, il n’est pas impressionné par grand-chose et il a déjà fait ses preuves lors de grands matchs (finale de la Ligue Europa). Une aubaine compte tenu du manque de préparation de Benjamin Mendy.

N’Golo Kanté, la force tranquille: 9/10

Monsieur Propre. Avec lui, comme dirait l’autre, on peut voyager. Il ne fait pas de bruit ou d’éclat, mais quelle efficacité! Pas déstabilisé lorsqu’il rate quelque chose.

Paul Pogba, le crack de retour: 9/10

Brillant à tous points de vue, il était récemment devenu inconstant, voire inconsistant, perdu dans son «cirque médiatique». Son ego surdimensionné se nourrit lors des grandes échéances et on le voit monter en puissance. Possède la capacité rare à pouvoir marquer de loin (confiance, sang-froid, technique). À coup sûr, un élément-clé pour faire basculer les choses du bon côté quand ça deviendra vraiment sérieux.

Nabil Fekir, brillant et gagneur: 9/10

Le capitanat à Lyon lui a fait un bien fou (merci Bruno Genesio). Il a épuré son jeu, tout en gagnant en volume de jeu et en capacité à être décisif (buteur ou passeur). Contre les États-Unis, il n’a pas paru perturbé par son transfert avorté à Liverpool.

Olivier Giroud, le combattant focalisé: 9/10

Comme Didier Deschamps durant sa carrière de joueur, il a la capacité d'optimiser ses capacités (justement) techniques et physiques pour mettre le ballon au fond des filets. Souvent critiqué, mais toujours là mentalement.

Kylian Mbappé, le facteur X: 9/10

Il a tout mentalement (état d’esprit, ambition, combativité, sang-froid) au service de ses fantastiques qualités. Le risque: comme il n’a peur de rien (enjeux, contacts), il doit apprendre à se méfier des gardiens. Depuis le début de l’année, deux d’entre eux, Anthony Lopes à Lyon et Régis Gurtner à Amiens, ont failli le casser pour un moment.

Ousmane Dembelé, le lévrier: 8/10

Avec lui, tout va très vite: actions, frappes, évolution de carrière. Du fait de ses aptitudes physiques et techniques hors normes, mais aussi d’une tête solide et bien faite.

Raphaël Varane, l’élégant: 8/10

La solidité dans la tranquillité. Il a engrangé une expérience fondamentale au Real Madrid. Un Laurent Blanc sans l’instinct du buteur.

Corentin Tolisso, le taureau: 8/10

Actif, puissant, précis, attiré par le but. Il a passé un cap au Bayern de Munich et il devient un élément important du groupe France. De même que Mendy, il ne doit pas se laisser aller à voir rouge.

Djibril Sidibé, le teigneux: 7/10

Ce galopeur est très accrocheur. Son talon d’Achille est qu’il est parfois trop impulsif au contact, ce qui représente deux risques: récolter des cartons et se blesser à nouveau. D’ailleurs, la question de sa présence, en raison d’un problème au genou, s’est posée avec insistance ces derniers jours. Sera-t-il, sinon, fragilisé par son erreur contre les États-Unis? On en saura plus, rapidement. Si nécessaire, Benjamin Pavard a montré des garanties pour le suppléer.

Benjamin Pavard, l'outsider: 7/10

Après des débuts hésitants, il s’affirme de rentrée en rentrée. Il reste maintenant à voir sa fiabilité lors de matchs décisifs, avec un surcroît de pression.

Florian Thauvin, en mode chrysalide: 6/10

Meilleur buteur français de la Ligue 1 (22 buts), il s’est montré transparent dans les matchs importants. Il faut qu’il soit aidé pour passer ce cap.

Steve Mandanda, géant aux pieds d’argile: 5/10

Ce gardien aux aptitudes impressionnantes a parfois des absences coupables dans des moments cruciaux lors de matchs décisifs (OL/OM, finale de la Ligue Europa). Difficile de savoir s’il a travaillé le mental durant sa carrière, mais c’est un cas d’école.

Évaluation mentale de l’équipe type: les conquérants – 9/10

Ambitieuse, dangereuse, brillante, mais également travailleuse et solidaire. Jeune, mais déjà expérimentée. Elle a subi un scénario particulièrement défavorable lors du dernier match de préparation contre les États-Unis, mais elle a eu la force mentale de ne pas paniquer (jamais une bonne chose de perdre des matchs aussi près d’une grande échéance), de revenir au score sur le tard et de continuer à pousser. Encourageant, donc, malgré un résultat en demi-teinte.

Évaluation mentale du groupe de 23: tous pour un, un pour tous! – 8/10

Les doublures sont de qualité et le niveau général reste assez stable, quelle que soit la composition d’équipe. Ceux qui seront peu utilisés, et c’est ce qu’a voulu Didier Deschamps, continueront à jouer le jeu au sein du groupe et c’est évidemment très important.

À chacun et chacune, bien sûr, de se faire sa propre opinion.

Yannick Cochennec Journaliste

Newsletters

Boxer à mains nues, le défi qui attire les Français en Angleterre

Boxer à mains nues, le défi qui attire les Français en Angleterre

Pour la gloire ou le challenge, Sami, Sofiane et Emmanuel ont traversé la Manche afin de tester le bare knuckle, un sport extrême qui se développe au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Les stéréotypes, premiers freins à la féminisation du football

Les stéréotypes, premiers freins à la féminisation du football

Les filles ne représentent que 7,6% des licences.

Rééducation

Rééducation

Newsletters