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- Par Henri Tincq
- Henri Tincq est un journaliste, spécialiste des questions religieuses à la Croix et au Monde de 1985 à 2008. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont dernièrement Les Catholiques.
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Henri Tincq
Henri Tincq est un journaliste, spécialiste des questions religieuses à la Croix et au Monde de 1985 à 2008. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont dernièrement Les Catholiques.
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Cinq enjeux derrière la burqa
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Ce mardi 26 janvier, la mission d'enquête parlementaire sur la burqa, après trois mois d'auditions, rend publiques ses conclusions. Clarifions les enjeux.
La burqa est-elle une prescription religieuse ?
Se fondant sur l'avis de la grande majorité des théologiens musulmans, on peut affirmer que le port du voile intégral n'est pas une prescription religieuse. Il ne figure pas dans le Coran. Le niqab vient d'être interdit en Egypte. Selon le recteur de l'université Al-Azhar du Caire, plus haute autorité religieuse dans le monde sunnite, le niqab ou la burqa n'est pas une farida, une obligation divine, ni une ibada, une disposition cultuelle, mais une ada, soit une simple coutume. Il s'agit plus précisément d'une coutume de la péninsule arabique qui existait déjà dans les temps préislamiques, soit avant le septième siècle. Il vient d'être interdit en Egypte sous le prétexte, invoqué par le recteur d'Al-Azhar, que c'est une tradition «contraire à l'esprit de l'islam».
Cette tradition est pourtant revendiquée par les militants salafistes, courant le plus rigoriste issu de l'islam wahhabite, la doctrine officielle en Arabie saoudite. L'islam salafiste se présente comme l'islam «véritable». Le terme salaf renvoie aux «pieux prédécesseurs», ainsi qu'on désigne les premiers compagnons du prophète Mahomet. Les salafistes rejettent toute interprétation moderne du Coran et des hadith - les dits, faits et gestes du Prophète — dont ils cherchent à imiter le comportement à la lettre. Ils seraient en France au nombre de 12.000 environ, soit une pratique très minoritaire, mais en progression. Selon les enquêtes, les femmes qui portent le voile intégral sont plutôt jeunes, majoritairement françaises et une sur quatre serait une convertie.
Le voile intégral reflète donc une vision intégriste de cette religion, bien peu conforme à celle que les fidèles vivent au jour le jour sur le sol français. Sa pratique est marginale, estimée à moins de 2.000 femmes environ. Mais elle signe la montée en puissance du courant fondamentaliste.
Qu'y a t-il de plus choquant dans la burqa?
Si le port du simple foulard islamique constitue un signe distinctif montrant l'appartenance à une religion, la forme la plus extrême de cette pratique consiste à voiler totalement le visage de la femme, de façon à la rendre méconnaissable en public. Cette pratique va donc bien au-delà d'un signe distinctif et prosélyte. Il s'agit de la négation même de la personne dans la sphère publique. La femme devient un objet caché sans personnalité. Comme dit l'écrivain Abdelwahab Meddeb, le niqab ou la burqa, extension du hidjab, est «un crime qui tue la face. C'est un tissu qui transforme les femmes en prison ou en cercueil mobile, exhibant au cœur de nos cités des fantômes».
La société ne peut reconnaître comme personne la femme qui porte le voile intégral et n'a plus de visage. Elle ne la reconnaît que comme objet anonyme d'un groupe religieux. Celle qui porte la burqa se trouve dans l'impossibilité d'établir le moindre contact humain en dehors de sa famille. Cette déshumanisation de la femme constitue une violation grave de la dignité humaine. Le voile intégral malmène la liberté, l'égalité et la dignité de la femme.
Quel est l'intérêt d'une proposition de résolution?
Au terme de trois mois d'auditions, la mission d'enquête parlementaire sur le voile intégral — qui regroupe 32 élus de tout groupe parlementaire — énonce une proposition de résolution, destinée à être adoptée par l'ensemble du Parlement. Ce vote ne devrait pas faire de difficulté puisque tous les groupes représentés à l'Assemblée nationale et au Sénat s'y sont déclarés favorables. Il s'agit d'une réaffirmation de principe et d'un engagement solennel de la France à ne pas se laisser déborder par l'intégrisme.
Cette proposition de résolution affirme en effet que «le voile intégral est contraire aux valeurs de la République». Elle proclame que «c'est toute la France qui dit non au voile intégral et demande que cette pratique soit prohibée sur le territoire de la République». Elle entend réaffirmer «les valeurs républicaines de liberté, d'égalité et de fraternité qui fondent notre vivre ensemble et qui s'opposent à toutes les formes d'intégrisme, de communautarisme et de sectarisme». Elle «condamne les violences et les contraintes pesant sur les femmes et préconise le renforcement des mesures visant à promouvoir l'égalité entre hommes et femmes».
Quel champ pour une loi d'interdiction?
La mission d'enquête parlementaire préconise l'interdiction du voile intégral dans l'ensemble des services et des transports publics, ainsi qu'à la sortie des écoles. Ce dispositif contraindrait les personnes à «montrer leur visage à l'entrée d'un service public ou d'un moyen de transport public et à conserver le visage découvert tout au long de leur présence au sein de ce service public». En cas d'opposition de la personne, le service demandé ne pourrait être délivré.
Mais la mission d'enquête n'a pas retenu l'idée d'une interdiction générale et absolue, par une loi, du voile intégral. Avant toute intervention du législateur, elle entend demander un avis au conseil d'Etat. Les raisons de cette prudence sont politiques. Les élus jugent incertains les fondements juridiques d'une loi générale d'interdiction. Les juristes auditionnés par la mission d'enquête ont fait valoir que si une loi interdisait la burqa dans la rue, ce seraient tous les signes d'appartenance qu'il faudrait prohiber, «sauf à introduire des discriminations injustifiables», comme a dit Guy Carcassonne, professeur de droit à Nanterre. Une telle loi risquerait donc d'être sanctionnée par le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l'homme. Les islamistes tireraient argument d'un tel échec. Une loi destinée à combattre l'intégrisme en France aurait un effet boomerang et se retournerait contre ses auteurs.
Seul Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, a déposé une proposition de loi — alors que la mission parlementaire n'avait pas encore achevé ses travaux, visant à réprimer le fait de dissimuler son visage dans les lieux ouverts au public et sur la voie publique. Mais cette proposition divise l'UMP: la solution radicale d'une loi d'interdiction générale ruinerait les espoirs des élus de droite et de gauche qui espèrent encore trouver la voie d'un consensus.
Quels sont les risques d'une loi d'interdiction générale?
Une interdiction générale par la loi du voile intégral risque d'avoir des effets désastreux. Elle sera interprétée comme une forme de stigmatisation supplémentaire par une population musulmane qui souffre déjà de discriminations et d'isolement dans la communauté nationale. Une majorité de musulmans s'opposent à la burqa comme à la loi. Ils s'indignent du fanatisme qui conduit certaines femmes au choix du port du voile intégral et se plaignent de l'amalgame ainsi créé entre l'islam modéré et le traditionalisme agressif et sectaire de l'islam salafiste. Mais ils craignent qu'une interdiction législative du voile intégral apparaisse comme la confirmation d'une logique de conflit qui s'est instaurée entre l'islam et la République laïque.
L'islam dans sa généralité sera à nouveau identifiée et montrée du doigt comme une menace contre laquelle il convient de se défendre. «Cela pourrait faire naître un sentiment d'injustice, même parmi les musulmans hostiles au voile intégral», ne cesse de répéter Mohamed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM).
On peut raisonnablement penser que le nombre croissant (même s'il reste très minoritaire) de femmes en burqa dans les rues est lié au fait que ces femmes sortent davantage de chez elles. C'est pourquoi il faut être extrêmement attentif: s'il y a une loi, ces femmes risquent de rester recluses au domicile et de se mettre un peu plus en marge de la société. La loi aggraverait la rupture.
Il y a deux manières de porter la burqa: l'une revendiquée, l'autre subie. Contre la première, une loi, même assortie de lourdes sanctions financières, risque d'être impuissante. Dans le cas où le port de la burqa est subi, un dispositif d'aide sociale pour accompagner vers la femme vers plus d'autonomie serait moins agressif et plus approprié qu'un interdit général. Les changements internes à une religion sont liés à une dynamique sociale, à un climat général, pas à une approche autoritaire.
Henri Tincq
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Image de une: Marseille, le 24 décembre 2009. Jean-Paul Pelissier / Reuters
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Comments
Masqué
Je continue de ne pas comprendre comment une loi simple, interdisant de se promener masqué sur la voie publique en dehors d'événements particuliers comme le carnaval, ou les grands froids (et qui oblige à se dévoiler chaque fois qu'on vous le demande, comme on le fait avec un casque de moto) pourrait être retoquée par le Conseil d'Etat ou la Cour des Droits de l'Homme.
On interdit, et on fait appliquer sans difficulté la loi interdisant de se promener nu, ou même en tenue trop dépouillée (short, torse nu, maillot de bain) en ville, y compris au bord de la mer. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas interdire de sortir masqué.
Par ailleurs, l'argument qui évoque que ces femmes seraient davantage, recluse, ne tient pas.... elles sont recluses de toute façon, le revendiquent et nous agressent. Si elles ne veulent pas qu'on les voie, qu'elles restent chez elles, et quelles envoient leurs hommes, si modernes et si démocrates, faire les courses et les corvées!
Lili
Agression ?
"elles sont recluses de toute façon, le revendiquent et nous agressent."
On peut comprendre que cette tenue puisse choquée, appartenir à un courant marginal etc., etc...
Mais de là à parler d'agression, j'avoue ne pas bien saisir.
Si par "agression" vous sous-entendez que la simple vue de femmes couverts de noir de haut en bas vous horrifie la vue, d'autres pourrait revendiqués qu'ils (elles) se sentent agressés par la vue de femmes de plus en plus dénudés. Dans les 2 cas, l'argument n'est pas recevable.
juste quelques mots
l'argument d'écrire "Si par "agression" vous sous-entendez que la simple vue de femmes couvertes de noir de haut en bas vous "horrifient" la vue, d'autres pourraient revendiquer qu'ils (elles) se sentent agressé(e)s par la vue de femmes de plus en plus dénudées." ne tient pas du tout.
Pourquoi ?
Parce que les femmes françaises sont plus vêtues aujourd'hui que dans les années 60/70 et suivantes.
En effet, les musulmanes et musulmans n'ont jamais rien dit à l'époque de la mini-jupe, des cuissardes, de la grande époque des films pornos dans les cinémas, ni l'époque du monokini.
Désormais, le port de ce truc est simplement revendicatif d'une appartenance religieuse mais nous sommes bien trop polis et poltrons pour le reconnaitre.
Bref, on caquette, on piaille mais on n'agit pas en fonction de nos us et coutumes : nous sommes les vrais descendants des Gaulois (gaulus : coq).
oups
assistance à ... qui?
Peut-on sauver les gens malgré eux? elles, en occurrence?
Vous pointez un paradoxe évident : si on interdit la burqa (pour les libérer) ça risque de les enfermer encore plus...
Quand il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème : si ces femmes ne veulent pas être libérées, on ne peut rien faire pour elles. Elles sont adultes, majeures et ne souffrent pas de déficience physique ou intellectuelle.
Donc la seule question qui vaille est ce que la République veut : la laïcité et la publicité des identités.
Recluses main non !
Elles ne représentent pas une génération spontanée, elles ont vécu avant, elles vivront après d'autant qu'elles sont chargées des tâches ménagères.
Pas besoin d'être inquiets. Il y a un problème non pour elles mais pour nous.
Il y a une solution qui doit être politique.
oups
Non au rejet affiché
Non au rejet affiché
même avis que vous. la sécurité publique peut interdire les cagoules et autres niqab sauf nécessité ...
il doit y avoir des exception : température polaire, rhume carabiné, photophobie, sport en hivers, mais le costume doit manifestement être une adaptation a un problème technique, pas une bonne excuse pour se cacher ou pour choquer.
Je rejette l'idée que le niqab est une insulte a la femme.
c'est peut être le cas dans certains pays ou c'est une quasi-obligation, mais en france c'est une insulte pour les autres gens, une manière de dire qu'on est pas du même groupe.
un peu comme porter des gants pour serrer la main, ou se mettre une pince a nez pour vous parler.
je sais que se différencier est a la mode, mais il y a des limite entre la liberté de choisir son costume et l'indécence.
et l'indécence est dans les deux sens.
un maillot de bain au louvre est aussi choquant qu'un costume cravate sur une plage naturiste.
Un niqab a paris est aussi choquant qu'un short a ryad.
il y a une marge de tolérance, un hijab a ryad, un hijab à paris...
et quand on entre dans une mosquée on enlève ses chaussures.
quand on entre dans une école, on enlève son hijab.
là c'est pas de la décence c'est du respect pour l'hôte.
c'est ca le vivre ensemble, mais il est vrai que c'est pas une pensée libérale...
d'ailleurs le grand malaise actuel est que la vrai différence ne se fait plus entre droite et gauche, mais entre libéraux et "vivre-ensemblistes".
et les francais votent toujours pour les discours "vivre-ensemblistes" (protectionistes, socialiste, souverainistes,dirigistes) et les actions sont toujours libérales (communautarisation, libre-échangisme, droitdelhommisme,indépendantisme) souvent par la contrainte européenne.
ya du bon dans le libéralisme, mais aussi dans le vivreensemblisme, et la burqa franchit la limite.
Ségrégation ...voilée
Cette façon de se cacher sous un voile induit une ségrégation concrète : elles ne vous acceptent pas dans leur monde.
Croiser une femme voilée et vous constaterez qu'elle ne croise pas votre regard, qu'elle ne vous sourit pas, ne vous parle pas mais parle avec d'autres voilées.
Entre femmes dans les magasins, c'est pire. Elles s'imposent de la même manière comme si elles descendaient de la cuisse de Jupiter.
Non à la ségrégation, oui au respect de la religion mais depuis tant de décennies voir apparaître ce phénomène est significatif d'un réel problème.
Aujourd'hui le voile intégral, hier les créneaux de piscine et le burkini, demain l'obligation pour les Françaises de se vêtir de telles façons dans les villes comportant une forte majorité de musulmanes voilées et après demain, une ministre ou une députée voilée responsable de ces questions ?
oups