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Même sans défilé en maillot de bain, le concours de Miss America reste indéfendable

Temps de lecture : 4 min

«J’ai beau essayer, je n’arrive pas à comprendre ce pour quoi les concurrentes de Miss America se battent.»

Concours Miss America 2018, le 7 septembre 2017 à Atlantic City. | Donald Kravitz / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Concours Miss America 2018, le 7 septembre 2017 à Atlantic City. | Donald Kravitz / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les candidates au titre de Miss America n’auront plus à défiler en maillot de bain ni en robe de soirée, a annoncé Gretchen Carlson, présidente du conseil d’administration de l’organisation. Interrogée sur le plateau de l’émission Good Morning America, la gagnante du titre en 1989 et ancienne animatrice de la chaîne Fox News a déclaré que le concours ne jugerait plus les candidates sur leur physique.

Gretchen Carlson a même ajouté: «Nous ne sommes plus un concours de beauté. Nous sommes une compétition». Selon une déclaration de l’organisation, «plutôt que de défiler en maillot de bain, les concurrentes s’entretiendront en direct avec les juges à propos de leurs réussites et de leurs buts dans la vie, ainsi que de la façon dont elles emploieront leurs talents, leur passion et leur ambition au poste de Miss America». Et au lieu de porter des robes de soirée, les participantes seront autorisées à porter la tenue de leur choix.

Gretchen Carlson a été appelée à diriger le conseil d’administration de l’organisation en janvier dernier, à la suite d’une fuite de courriels ayant amené le PDG, le président et le directeur de l’exploitation du concours à démissionner. Dans ces mails peu flatteurs, les dirigeants de l’organisation se moquaient notamment de la prise de poids des femmes, les accusaient de promiscuité sexuelle et s’amusaient qu’un journaliste traite les anciennes lauréates de «salopes». Les courriers électroniques ont également révélé que l’organisation était tellement obsédée par son image que des cadres allaient jusqu’à enquêter sur les anciennes candidates ayant formulé des critiques contre elle.

Il est intéressant de noter que deux des trois dirigeants ayant renoncé à leur poste au moment du scandale étaient des hommes, remplacés ensuite par un triumvirat de femmes dans une tentative apparente de corriger les choses et d’orienter le débat public sur un autre sujet que la misogynie des mails. C’est la première fois que la fondation de l’organisation et la branche en charge du concours sont dirigées par des femmes, et Gretchen Carlson est la première ancienne Miss America à occuper cette place au sein du conseil d’administration.

Presque moins défendable sans évaluation du physique

Dans le podcast de Double X Gabfest du mois dernier, je m’interrogeais sur les changements que Miss America aurait à faire pour me convaincre d’adhérer à sa mission. Je craignais que le simple fait de placer des femmes à la tête de l’institution ne suffise pas à créer un changement radical –après tout, beaucoup de femmes aiment Miss America, et ce qui est bon pour les femmes dans le système de concours (on veut plus de concours!) n’est pas nécessairement bon pour les femmes en général (on veut moins de concours!). Je me suis demandé s’il serait plus facile pour moi de soutenir Miss America si les nouvelles dirigeantes supprimaient le défilé en maillot de bain, sans doute la partie la plus insultante et sexiste d’un programme qui s’efforce néanmoins de promouvoir des éléments ne tournant pas autour de l’évaluation du corps des femmes.

Maintenant que c’est fait, j’ai ma réponse. Je ne crois pas que le concours soit particulièrement plus progressiste sans cette histoire de maillots de bain. Sans évaluation du physique, le concours de Miss America devient presque moins défendable: qu’est-ce que les juges évaluent, si ce n’est la capacité d’une femme à modeler son corps en fonction de proportions désirables aux yeux de la société? Les autres facettes du concours –le talent, l’interview, les questions en direct et, désormais, la conversation avec les juges au sujet des buts des participantes dans la vie– ne contribuent pas plus à offrir une vision cohésive du «meilleur» que lorsque les numéros en robe de soirée et en maillot de bain étaient au programme.

Si des femmes avaient envie de montrer leurs compétences en claquettes ou en piano, elles participeraient plutôt à «America’s Got Talent». Si elles avaient envie d’apprendre à mieux répondre à des questions à chaud portant sur des événements actuels, elles s’inscriraient à un groupe de débat. J’ai beau essayer, je n’arrive pas à comprendre ce pour quoi les concurrentes de Miss America se battent, ce que ce titre représente et en quoi le fait de classer publiquement cinquante-et-une femmes sur la base d’un ensemble de compétences disparates et arbitraires a du sens. Il existe déjà une compétition au sein de laquelle des femmes s’affrontent pour prouver leur passion, leur ambition, leur intelligence, leur talent et leur amour de l’Amérique: on appelle ça une élection.

Féminité idéalisée

Gretchen Carlson, qui a passé des années à déprécier les causes féministes sur Fox News avant de s’offrir une nouvelle image d’actrice du changement au sein du mouvement féministe, a structuré le nouveau «Miss America 2.0» comme une entreprise pro-femmes par nature. «Quelle femme n’a pas envie d’être indépendante, d’apprendre à diriger, d’aller à l’université tous frais payés et de montrer au monde qui elle est vraiment à l’intérieur? a-t-elle demandé. Ce sont les critères sur lesquels nous les évaluons désormais.» Gretchen Carlson n’a pas précisé en quoi le fait d’être jugée sur son maintien et sa présence par un panel mixte était censé valoriser une femme, ou pourquoi une femme exposant son âme au monde entier méritait de se faire payer des études davantage qu’une jeune femme aux revenus modestes posant en silence devant un appareil photo.

Soyons réalistes: aussi honnête Gretchen Carlson soit-elle lorsqu’elle affirme que la nouvelle version du concours sera ouverte aux femmes de «toutes tailles et formes», il est peu probable que les juges de Miss America cessent soudain d’évaluer les candidates au titre sur leur physique. L’actuelle Miss America, Cara Mund, a annoncé la fin du défilé en bikini sur Twitter avec une vidéo faussement pudique montrant un maillot de bain disparaissant dans un nuage de fumée.

«Nous enlevons nos maillots de bain pour entrer dans une nouvelle ère», disait le tweet, évoquant les vestiaires du concours, où les candidates enfilent et enlèvent leur maillot de bain en coulisses –une perspective empreinte d’érotisme pour beaucoup. Et tout porte à croire que, dans une publicité pour un spectacle télévisé tournant autour de la féminité idéalisée, cette image faisait partie du message.

Christina Cauterucci Journaliste

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