Sociéte

«À 36 ans, je n'ai jamais connu les choses de l'amour»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille R., une femme qui, après avoir longtemps laissé sa vie sentimentale de côté, aimerait rectifier le tir.

Anushka Manchanda dans Déesses indiennes en colère de Pan Nalin (2015). | Capture d'écran
Anushka Manchanda dans Déesses indiennes en colère de Pan Nalin (2015). | Capture d'écran

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là.

Chère Lucile,

J'ai 36 ans et je me sens un peu perdue...

Je suis quelqu'un qui a toujours été un peu timide et réservée, mais à côté de ça, j'ai le rire plutôt facile, avec beaucoup d'humour, je fais rire également, je suis curieuse, j'aime apprendre de tout et de tous et j'ai divers centres d'intérêts. Je ne suis pas un canon de beauté, je pense me situer dans la moyenne.

J'ai toujours été focalisée sur mes études et ma vie professionnelle. De fait, j'ai laissé ma vie sentimentale de côté. Je crois l'avoir purement et simplement oubliée dans l'équation.

Je n'ai ainsi connu que quelques flirts qui ne sont jamais allés très loin, mais je n'ai jamais eu de petit ami, encore moins d'amant. Depuis quelque temps, le besoin d'un compagnon (ou ami-amant-complice) se fait sentir cruellement. Mais au jeu de la séduction je suis novice et j'ai l'impression de ne pas être vraiment équipée pour. Ainsi je me suis inscrite sur un site de rencontres, et si j'ai eu quelques rendez-vous (assez peu cela dit), ils se sont tous terminés en «classé sans suite», avec cette impression de ne pas être suffisamment intéressante.

Parallèlement à cela je tchatte parfois le soir. Évidemment, dans ce cadre-là, il y a bien plus de tri à faire...

J'ai fait la connaissance de cet homme qui, intellectuellement, me correspondrait (intelligent, il a beaucoup de répartie et d'humour) mais nous ne cherchons clairement pas la même chose: il ne veut que des histoires sans lendemain ou au moins sans engagement, tandis que de mon côté, sans être fixée sur une histoire longue, je ne veux pas être simplement une conquête de plus. Je pense que de toute façon, ma situation de vierge fait une différence pour lui.

Et puis il y a cet autre. Attachant, à qui je plais, qui m'envoie tous les jours plusieurs messages dans la journée... mais marié. Cela fait plusieurs semaines que nous échangeons. Au départ, il ne s'agissait que d'un échange purement anodin, puis les choses ont changé –surtout de son côté. Il manifeste un important désir de me rencontrer, et que les choses aillent plus loin entre nous que la simple amitié.

Lui aussi sait que je n'ai jamais connu les choses de l'amour, mais au contraire d'autres, il trouve cela bien et se propose de me les apprendre, il saura faire preuve de douceur et prendre son temps (je le crois là-dessus).

J'ai toujours pensé que ce genre de situations n'étaient pas bonnes, pour des histoires de morale, car il a sa famille, etc. Mais je pense à ma vie, et surtout à mon absence totale de vie affective et sexuelle, et parfois j'en viens à me dire que ce serait peut-être une bonne chose que de m'initier à cela avec quelqu'un de doux et de patient, que cela me permettrait de trouver une confiance en moi qui me fait de toute évidence défaut. De l'autre côté, je me dis que ce serait en quelque sorte l'utiliser, et surtout je pense à cette première fois, qui devrait se passer avec quelqu'un que j'aime (je n'ai pas de sentiments pour cet homme, je l'apprécie, mais ça ne va pas plus loin), que ça ne devrait pas être calculé. Et puis il a sa famille, j'ai peur qu'il s'attache (je le sais sensible, et de son propre aveu il pourrait «s'attacher vite»).

Je suis totalement perdue... Dois-je attendre celui qui me donnera des papillons dans le ventre, au risque de l'attendre encore longtemps? Ou dois-je passer le cap avec un homme pour lequel je n'ai pas de sentiments amoureux, mais que je sais patient et attentif à mon ressenti? Merci à vous pour votre écoute et vos conseils.

R.

Chère R.,

Cet homme qui vous donne des papillons dans le ventre, vous pourriez aussi bien l’attendre toute votre vie. C’est un geste romanesque, certes, mais je ne suis pas sûre qu’il corresponde à vos attentes aujourd’hui. Pour moi, c’est encore une énième variation du mythe du prince charmant. Ce type qui correspondrait à tous les critères, qui aurait des sentiments réciproques et serait idéal du point de vue sexuel.

Mais la réalité du couple, je pense, c’est que celui-ci est un travail de longue haleine. Trouver quelqu’un avec qui on partage des valeurs communes, et pour qui on a du désir, c’est pour moi la meilleure base d'un couple. La folle passion, si certaines ont la chance de la connaître, n’est pas une norme ou une preuve d’amour.

J’ai longtemps voulu des amours de roman. J’attendais des hommes une intensité que je leur rendais en retour, quitte à tout détruire autour, quitte à me détruire aussi. Mais ces ruptures ravageuses étaient aussi la preuve que notre amour avait compté. Enfin je le croyais. Je me retrouvais exsangue, intellectuellement satisfaite mais toujours en attente de plus, et jamais en sécurité surtout. J’ai arrêté de vivre ma vie sur ces standards irréalisables. Il existe toutes formes de relations et de sentiments. Je crois aujourd’hui que le plus important c’est de s’y sentir bien, libre d’être soi et de pouvoir s’exprimer.

Écoutez vos envies, ne cherchez pas forcément le grand geste. S’il arrive, tant mieux. Mais vous pourriez aussi trouver la grâce et le contentement par surprise, là où vous ne l’attendez pas.

Je ne vous parle pas ici de baisser vos attentes mais de réalisme, de prendre en compte l’infinité de personnes, de rencontres et de relations. Vous avez tout à fait le droit d’attendre la bonne combinaison. Mais vous pouvez aussi laisser sa chance à celles qui s’offrent à vous, tant que vous vous y sentez en sécurité.

Personnellement, je prônerais toujours le choix de vivre plutôt que d’attendre. Mais ce choix est le vôtre et il ne souffrira d'aucun jugement.

Lucile Bellan Journaliste

Newsletters

L’affaire Benalla, fruit d’un mélange des fonctions pourtant prohibé

L’affaire Benalla, fruit d’un mélange des fonctions pourtant prohibé

Le garde du corps que l’Élysée abandonne menait, physiquement, les guerres sociales du président et de ses affidés.

Procès d'Angel Valcarcel: «Il fallait que ça s’arrête»

Procès d'Angel Valcarcel: «Il fallait que ça s’arrête»

[4/4] Avant de rendre son verdict, la cour d'assises de l'Hérault revient sur les circonstances de la mort de Vanessa Mayor sous les balles de son beau-père, le 30 août 2014.

Procès d'Angel Valcarcel: «C'est pas une gitane, elle n'a pas le savoir-vivre de chez nous»

Procès d'Angel Valcarcel: «C'est pas une gitane, elle n'a pas le savoir-vivre de chez nous»

[3/4] La cour d'assises de l'Hérault se penche sur la crispation des relations entre Vanessa Mayor et sa belle-famille après la mort d'Angel Valcarcel fils.

Newsletters