Parents & enfants / Société

Le «retour de l'uniforme»: cette formule qui sonne bien est complètement fausse

Temps de lecture : 3 min

Il appartient au plus beau des passés, celui qui n’a jamais existé.

Des élèves de l'Internat d'Excellence de Sourdun, à l'est de Paris, le 5 mars 2012. | Thomas Samson / AFP
Des élèves de l'Internat d'Excellence de Sourdun, à l'est de Paris, le 5 mars 2012. | Thomas Samson / AFP

Une ville de taille moyenne (que je n’ai pas envie de nommer, mais c’est Provins) se fait un gros coup de pub en organisant une consultation sur le port de l'uniforme dans ses écoles publiques, approuvé par plus de 62% des parents. Au retour des vacances de la Toussaint 2018, les élèves pourront donc le porter, mais sans obligation.

Et bim! Voilà le «retour de l’uniforme» lu, entendu à la radio, commenté sur les réseaux sociaux en ces termes avec des erreurs hallucinantes comme à la fin de ce papier: «Reste qu'en France, l'uniforme scolaire ne constitue plus une obligation aux yeux de la loi depuis mai 1968». Ben oui, pourquoi se fatiguer à vérifier alors qu’on peut répéter des banalités? En vérité, il n'y a jamais eu d'uniforme dans les écoles publiques françaises.

Signalons, au passage, qu'il s'agit d'une blouse sur cette photo, et non d'un uniforme.

C’est fou, cette facilité à évoquer le retour de quelque chose que ni celui ou celle qui écrit, ni ses parents et pas tant que ça de monde n’a vraiment connu. Comme si la réalité avait moins de poids qu’une formule qui sonne bien.

Pas étonnant pour Cécile Alduy, chercheuse associée au Cevipof et spécialiste du langage, qui m'a répondu sur Twitter: «C’est l’imaginaire d’une société uniforme, idéalement sans différences (de classe, de culture, de race): pas besoin à un imaginaire d’avoir le moindre ancrage de la réalité historique pour être puissant».

L’uniforme a existé mais minoritairement, plutôt au lycée à une période où peu d’élèves le fréquentaient, et dans certaines écoles privées. Aujourd’hui, on le porte dans les maisons d'éducation de la Légion d’honneur (établissements d'enseignement public) et dans des écoles publiques (dès la primaire) en Guadeloupe et en Martinique.

Faut-il le répéter? C’est la blouse qui était portée en France, elle évitait les tâches d’encre sur les vêtements à l’époque où ceux-ci coûtaient cher. Le stylo à bille, autorisé à l'école en 1965, a plus fait pour la fin de la blouse que Mai 68. Il y a eu les blouses grises, puis les blouses colorées, et tout le monde n’avait pas la même dans le pays, ni même souvent au sein des écoles et des classes.

Confusion entre uniformité et égalité

Comme l’explique l’historien Claude Lelièvre: «En réalité, le port de l'uniforme (ou de la blouse uniforme) n'a jamais été obligatoire dans les écoles communales (il suffit d'ailleurs de regarder les photos de classe, même jaunies, pour le constater). Il ne l'a jamais été non plus, dans le cadre national, pour les collèges ou lycées: c'étaient des politiques d'établissement possibles, mais choisies».

C’est d’ailleurs ce que préconise le ministre de l’Éducation, que les établissements choisissent car «dans certains cas, ça peut être utile».

Le sujet a aussi un petit intérêt médiatique: tout le monde a un avis, ça fait parler. Et c’est un marqueur politique, à savoir plutôt une proposition de droite –François Fillon l’avait d'ailleurs proposé dans son programme à l’élection présidentielle.

En tête des arguments en faveur de l’uniforme: il permet de gommer les différences. Mais on pourrait aussi tous adopter la même coupe de cheveux et choisir un prénom unique dans ce cas... Une seule chose est sûre concernant l’uniforme, son «retour» plaît justement parce qu’il appartient au plus beau des passés, celui qui n’a jamais existé. Un peu comme une histoire d'amour. Et le sujet illustre bien la relation passionnée que nous entretenons avec l’école.

Il illustre également cette confusion bien pratique entre uniformité et égalité. L’uniforme masquerait les inégalités donc, pour qu’on les voie moins alors qu’elles sont reproduites avec tant de force par notre système scolaire. Peut-être qu’on les voit moins... mais pourquoi, si elles existent toujours et se renforcent comme c’est le cas aujourd’hui? Parler des questions d’égalité, c’est parler de la pénurie d’enseignants et d'enseignantes dans certaines écoles des quartiers populaires, des pédagogies plus adaptées, de l’accès au savoir et à la culture. Le ministre de l’Éducation en parle aussi, mais c’est moins repris.

Et puis, aux passionnés de l'égalité qui se réveillent quand on parle de l’uniforme: intéressez-vous aux inégalités des enfants devant la santé ou le logement. Mais pourquoi parler de tout ça quand on peut parler chiffons?

Louise Tourret Journaliste

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