Culture

Han Solo, l'éternel deuxième de la saga «Star Wars»

Temps de lecture : 8 min

Le capitaine du Faucon Millenium est sans doute l'un des personnages principaux les moins intéressants de «Star Wars».

Le mannequin de cire de Han Solo à l'exposition «Star Wars» du musée Madame Tussauds à Londres, le 12 mai 2015 | Justin Tallis / AFP
Le mannequin de cire de Han Solo à l'exposition «Star Wars» du musée Madame Tussauds à Londres, le 12 mai 2015 | Justin Tallis / AFP

Septième personnage le plus cool de tous les temps selon Entertainment Weekly, quatorzième plus grand héros de cinéma pour l’American Film Institute, quatrième plus grand personnage ciné d'après le magazine Empire, deuxième plus grand personnage de Star Wars –derrière Dark Vador– dans le classement d'IGN.

La légende de Han Solo n’est plus à écrire: les garçons voulaient lui ressembler, les filles voulaient l’embrasser. Ce «pilote intergalactique de vingt-cinq ans solide comme James Dean, un cowboy dans un vaisseau spatial, simple, sentimental et très sûr de lui-même», comme le définissait George Lucas dans son scénario de La Guerre des Étoiles, a inscrit son nom au panthéon des plus grands personnages de la pop culture.

Résistance à l'épreuve du temps

Incarné par Harrison Ford, le personnage se découvrait un charisme et une modernité dont même son créateur n’avait probablement pas oser rêver.

Han Solo, joué par un Harrison Ford dansant subtilement sur le fil ténu du premier degré, apportait sa touche de maturité, de cynisme, de noirceur même, à une histoire avant tout bercée par les illusions de l’enfance.

«De tous les humains du film, Harrison Ford est celui qui parvient le mieux à voler la vedette, disait Mark Hamill, l’interprète de Luke Skywalker, dans un article de People en 1977. Quand je l’ai entendu dire cette réplique “P'tit gars, j'ai piloté cet appareil d'un coin de la galaxie à l'autre”, je me suis dit que ce type avait toutes les bonnes répliques.»

Grâce à lui, le personnage passait haut la main l’épreuve du temps, à la fois remémoré pour ses grands moments d’héroïsme par notre part enfantine et pour ses plus sombres instincts par l’adulte désormais aux manettes.

Il était le cynique qui refusait de croire à «toutes ces croyances à la noix et ces armes démodées» et le sentimental qui «savait» que Leia l’aimait. Il était le pirate sans merci qui «tirait le premier» et le héros qui hurlait «Yahoo!» comme un gamin en dégommant Dark Vador. «Allez vas-y, p'tit gars, fais-moi péter c't'engin et on rentre!», disait-il à Luke Skywalker, avec le charme et l’arrogance de celui qui était bien conscient d’avoir sauvé la mise du jeune Jedi au dernier –et parfait– moment.

Un film dédié à la jeunesse du héros était donc inévitable. George Lucas lui-même en avait rêvé, avant de confier les clés de son royaume à l’empire Disney. Avec les nouveaux canons anthologiques de la franchise permettant des retours en arrière sur les moments écartés par l’histoire «officielle», le rêve allait devenir réalité: le 8 juillet 2015 était annoncée la mise en chantier d’un film centré «sur comment un jeune Han Solo devenait le contrebandier, voleur et bandit que Luke Skywalker et Obi-Wan Kenobi rencontraient pour la première fois à la cantina de Mos Eisley».

Avec le succès colossal du Réveil de la Force quelques mois plus tard, l’excitation allait même monter d’un cran. Tous les jeunes acteurs d’Hollywood se pressaient aux portes de Disney pour incarner le héros. À coup sûr, le rôle changerait la vie de l’heureux élu, comme il avait changé celle de Harrison Ford, alors le seul acteur à avoir incarné Solo au cinéma.

Il se disait qu’ils avaient été près de 3.000 à avoir auditionné ou envoyé une vidéo à la directrice de casting. Dans la presse apparaissaient des dizaines de noms: Miles Teller, Ansel Elgort, Dave Franco, Jack Reynor, Scott Eastwood, Logan Lerman, Emory Cohen, Blake Jenner, Taron Egerton ou Alden Ehrenreich –un acteur de 28 ans découvert par Steven Spielberg, qui obtiendra finalement le rôle.

«Le personnage ne m’intéresse pas tant que ça»

Pourtant, le film de Ron Howard est venu rompre le parcours jusque là sans faute de la plus grande saga intergalactique de tous les temps. En tenant compte de l’inflation, avec quatre-vingt quatre millions de dollars de recettes, le film –malgré des chiffres dont rêverait n’importe quel producteur– a réalisé le plus mauvais démarrage au box-office américain de la franchise depuis vingt ans, déjouant des attentes beaucoup plus élevées. Même constat à l’international, où le film est loin de susciter le même enthousiasme que ses prédécesseurs.

Bien sûr, ce (demi-)échec pouvait être mis sur le dos de raisons très objectives, comme une mauvaise date de sortie, après Avengers 3 et Deadpool 2, une production mouvementée ou une certaine fatigue de la franchise Star Wars, cinq mois seulement après la sortie de l’épisode VIII, Les Derniers Jedi.

Mais le personnage n’était-il pas lui aussi en cause? Après tout, Harrison Ford lui-même n’a jamais réellement cessé de critiquer celui qui l’avait rendu célèbre. À Oprah Winfrey, qui lui demandait en 1997 s’il aurait envie de jouer à nouveau le rôle, il avait ainsi répondu: «Le personnage ne m’intéresse pas tant que ça. Je ne pense pas qu’il ait autant de profondeur que Indiana Jones.»

Quinze ans plus tard, il avait réitéré son scepticisme au critique Peter Travers, en affirmant qu’il ne pensait pas «qu’on puisse faire revenir le personnage dans l’histoire», puisqu'«il n’a jamais été très intéressant».

En fait, dès 1982, il luttait contre George Lucas pour faire mourir le personnage au milieu du Retour du Jedi.

«J’ai plaidé pour la mort de Han Solo, car il ne faisait pas partie de la grande histoire», expliquait Ford au New York Times, qui a évidemment perdu la bataille: «George ne pensait pas qu’il y avait un futur pour des jouets à l’effigie d’un Han mort».

Han était un second rôle, un outsider; Harrison Ford le savait. Il avait fallu près d’une vingtaine d’années au personnage pour obtenir ce statut qu’on lui attribue toutes et tous aujourd’hui.

Popularité récente auprès du public

En juin 1977, en plein milieu du phénomène Star Wars, alors que Mark Hamill devenait l'idole des ados, Harrison Ford, que ses partenaires de dix ans ses cadets appelaient «Papa», racontait déjà l’indifférence du public pour son personnage.

«J’ai vu le film avec un public pour la première fois il y a trois jours, expliquait Ford, 34 ans. Je me suis assis à côté de deux personnes qui voyaient le film pour la deuxième fois. Ils ont commencé à m’en parler, à me dire à quel point ils avaient adoré et de quoi ça parlait. À la fin du film, ils m’ont demandé pourquoi j’étais parti au milieu, si c’est parce que je n’avais pas aimé. Ils ne m’ont pas du tout reconnu, à aucun moment.»

Même après la sortie d’Indiana Jones, Harrison Ford n’était toujours pas considéré comme la grande star de Star Wars. Dans un article de People en 1981, il était la célébrité «interchangeable», dont on ne peut pas dire qu’elle soit «le nouveau Bogie ou Duke, ni même le nouveau Newman ou Eastwood».

Comme l’écrivait le magazine, «ses films ont réalisés des recettes proches du milliard de dollars, plus importantes que celles de n’importe quel acteur dans l’histoire, mais personne ne fait référence à Star Wars, à L’Empire contre-attaque et à son actuel Aventuriers de l’arche perdue comme “des films d’Harrison Ford”».

En 1987, dans sa parodie de la saga, La Folle histoire de l’espace, Mel Brooks lui non plus ne reconnaissait pas le caractère exceptionnel du personnage, en faisant de Lone Starr, incarné par Bill Pullman, un mélange de Luke et de Han. Comme le disait Carrie Fisher en 1980, Luke et Han combinés feraient «le mec parfait».

Ce n’est qu’à partir de la fin des années 1990, avec la ressortie de la trilogie en 1997 –et ses très médiatiques rajouts au personnage– et les nombreux succès de Ford au cinéma (Le Fugitif, Danger immédiat, Air Force One) que le personnage de Han Solo s’est soudainement mis à prendre une signification particulière pour un public désormais adulte se reconnaissant davantage dans son scepticisme que dans l’idéalisme parfois béat de Luke.

Avec le 11 septembre 2001 et l’arrivée sur les écrans de héros beaucoup plus ambigus moralement (Batman, Iron Man, etc.) et d’histoires de science-fiction beaucoup plus sombres (La Guerre des mondes, Je suis une légende et même les prequels de Star Wars), Han Solo devenait un personnage plus en phase avec l’air du temps. Désormais, dans les fameux sondages susmentionnés, Han Solo figurait aux premières places, Luke et Leia n’apparaissant parfois même pas.

Cool comme une punchline

Avec cette touche de cynisme qui caractérise aussi bien l’acteur que son personnage, Harrison Ford comprenait par conséquent que Han Solo, aussi important était-il pour Star Wars, ne fonctionnait dans l’histoire que comme un contrepoids. Il était le sceptique face à la croyante Princesse Leia; il était l’amertume face à la douceur de Luke; il était même la sagesse face à l’impétuosité de Rey et Ben.

Il comprenait également que ces «qualités» ne faisaient pas les grands héros de cinéma, le sceptique se déplaçant au gré du vent sans objectifs ni quête, le cynique marchant, par définition, toujours à rebours, et le sage finissant inexorablement, comme Obi-Wan, Yoda (et lui-même), par mourir.

«Pas vraiment», répondait-il, il y a seulement quelques mois, à quelqu'un lui demandant s'il était impatient de voir un film basé sur les aventures de Solo.

Han Solo était en fait cool comme une punchline, celle que l'on a imaginé florissante quand ont été embauché sur Solo Phil Miller et Chris Lord, réalisateurs de 21 Jump Street et La Grande Aventure Lego connus pour leur goût de l’improvisation et d’une comédie hystérique et souvent absurde.

Mais une punchline n’est pas si intéressante au-delà d’un GIF. Au milieu du tournage de Solo, Phil Miller et Chris Lord le comprendront de la manière la plus brutale qui soit: en étant virés, leur style s’avérant incompatible avec le personnage qu'ils avaient imaginé, tête brulée, cool et sexy.

«Le clash créatif, selon une source proche du tournage, venait de différences dans la compréhension du personnage de Han Solo. “Les gens ont besoin de comprendre que Han Solo n’est pas une personnalité comique. Il est sarcastique et égoïste”, disait la source», lisait-on alors dans The Hollywood Reporter.

Cette image de joyeux pirate ne collait pas à la réalité brutale du personnage, celle voulue par Lawrence Kasdan, scénariste de Solo et gardien du temple de la saga après avoir écrit L’Empire contre-attaque et Le Retour du Jedi, celle que notre part d’enfance n’avait pas envie de voir, celle qui encore aujourd’hui est ignorée par ce public qui a préféré faire de Rey sa nouvelle héroïne.

Faire de Han Solo le héros de sa propre histoire forçait les cinéastes à faire du personnage quelqu’un d’autre. Il était bien celui qui ne quittait pas son pistolaser, qui «tirait le premier», qui avait «un bon pressentiment», qui ne voyageait pas sans son fidèle Chewbacca à bord de son Faucon Millenium ou qui faisait le Raid de Kessel en douze parsecs.

Mais il n’était pas cet iconique contrebandier de l’espace au très flexible sens moral. Il ne pouvait pas l’être, car il n’avait pas Luke –ou Rey– à ses côtés. L’idéaliste, ce devait désormais être lui. Ce n’était pas fondamentalement un mal mais, hormis pour les artéfacts d’un passé révolu, Han Solo n’était plus vraiment Han Solo.

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