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L'Europe, et non le populisme, a servi de détonateur à la crise politique en Italie

Temps de lecture : 3 min

Le président italien Sergio Mattarella a refusé le 27 mai la proposition de gouvernement de l'alliance entre la Ligue et le Mouvement 5 Étoiles.

Conférence de presse du président italien Sergio Mattarella à Rome, le 27 mai 2018 | Vincenzo Pinto / AFP
Conférence de presse du président italien Sergio Mattarella à Rome, le 27 mai 2018 | Vincenzo Pinto / AFP

Le président de la République italienne, Sergio Mattarella, a mis un terme au processus de formation du gouvernement de Giuseppe Conte, qui allait nommer un ministre eurosceptique appuyé sur la Ligue (Lega) et le Mouvement 5 Étoiles (M5S).

Aux dernières élections de mars, ces partis avaient été les incontestables vainqueurs du scrutin. Les deux mouvements ont alors projeté de faire alliance pour constituer un gouvernement –une coalition qui a manifestement échoué.

Deux partis classés anti-système

La Lega et le M5S sont deux mouvements populistes nés à des périodes différentes de l’histoire italienne.

D’abord nommé Ligue Lombarde, puis Ligue du Nord et désormais simplement Ligue, le parti de Matteo Salvini est né de la contestation populiste de la Première République. À partir de 1994, les membres de la Lega deviennent les partenaires privilégiés de Silvio Berlusconi et fondent la Seconde République sur les cendres du système partisan incarné notamment par la Démocratie chrétienne, le Parti socialiste italien (PSI) et quelques autres.

La Ligue séduit au Nord, dont elle exalte les pulsions autonomistes. Elle a entrepris de faire main basse sur la destra, c’est-à-dire sur l’ensemble des partis qui, sous la Deuxième République, ont composé la coalition de droite.

Aujourd’hui créditée de plus de 20% des voix, la Lega domine Forza Italia, le parti de Berlusconi, et Fratelli d’Italia, le parti post-fasciste de Giorgia Meloni.

Le Mouvement 5 étoiles est quant à lui né de la contestation des politiques menées par la Seconde République. Fondé après la crise de 2008, le M5S rassemble la sociologie qui a le plus souffert de la récession –soit les populations étudiante, diplômée et ouvrière.

À quelques égards, c’est un mouvement du Mezzogiorno [les régions du sud de l'Italie, au développement économique plus faible, ndlr], mais aussi des périphéries des grandes villes et jeune. Ce sont les positions «anti-euro» du M5S qui inquiètent particulièrement en Europe.

Le bras de fer ne pouvait que s’engager entre les institutions européennes et les deux partis classés anti-système. Car si leurs horizons idéologiques ne sont pas les mêmes, ils ont l’Europe pour adversaire commun.

Opposition de l'Europe à la ligne anti-euro du M5S

Actrice constante de la vie politique italienne, l’Union européenne a pesé contre la constitution de la coalition. Depuis 2011, les populistes italiens ont notamment construit leur succès sur la critique du gouvernement technique de Mario Monti, puis sur celle des réformes inspirées par la politique européenne.

Ce n’est pas tant la politique xénophobe de la Lega qui pose problème à l'Europe. La Ligue a été présente au gouvernement plusieurs fois depuis 1994, a inspiré les lois Bossi-Fini sur l’immigration, dirigé avec Roberto Maroni le ministère de l’Intérieur et inspiré, orienté nombre des lois des gouvernements Berlusconi: il n’y a rien de bien étonnant à la voir revenir aux affaires.

Il est plus hasardeux, il est vrai, de voir entrer les grillini, les élues et élus novices du Mouvement 5 Étoiles, dans une équipe ministérielle. Bien que déjà à la tête de plusieurs grandes villes, comme Turin (Chiara Appendino) ou Rome (Virginia Raggi), les membres du M5S font surtout peur parce qu’elles et ils militent activement contre les règles de l’union monétaire –une position qui rompt avec quelques fondamentaux de la vie politique italienne depuis 2011, partagés par Berlusconi ou Renzi.

Le président Mattarella ne s’est pas trompé: il a apposé son veto à la nomination d’un possible ministre hostile aux règles de la zone euro, Paolo Savona. Là est la véritable ligne de partage entre ce qui est admissible et ce qui ne l’est pas. Que l'on ne se trompe pas: l’intention de Giuseppe Conte de nommer Savona a été le détonateur de la crise.

De nouvelles élections bienvenues?

De nouvelles élections devraient avoir lieu à l'automne ou début 2019, au plus tard. Et les deux forces de la coalition avortée ont quelques raisons d’espérer ce scrutin.

Le M5S va chercher à capitaliser sur l’anti-système; ses 32% en mars lui permettent d’envisager une position favorable dans quelques mois. Le mouvement fera sans doute porter sur le président la responsabilité de l’échec de la coalition.

L’enjeu de la Lega est d’achever sa mue. Elle tentera d'absorber ou de vassaliser Forza Italia et Fratelli d’Italia pour devenir la force motrice de la destra italienne. Le retour aux urnes n’est pas une mauvaise nouvelle pour Matteo Salvini, qui peut achever la stratégie de transformation de sa formation en parti organique de la droite, à vocation nationale.

Lors de ces prochaines élections, c’est le destin de la Deuxième République qui se jouera. Dans l’incapacité de former un gouvernement, la Lega et le M5S devraient jouer un rôle de premier plan. Avec à la clé une crise de la zone euro?

Gaël Brustier Chercheur en science politique

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