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  • Par Daniel Gross
  • Daniel Gross est chroniqueur économique de Newsweek et de Slate.com. Il est l'auteur de la rubrique Moneybox. Vous pouvez lui écrire à moneybox@slate.com. Son dernier ouvrage, Dumb Money: How Our Greatest Financial Minds Bankrupted the Nation, vient d'être publié sous forme d'e-book.

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Les banques américaines en guerre contre la taxe Obama

Les grandes banques américaines envisagent de saisir la justice.

Lundi 25 Janvier 2010
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Les grandes banques envisagent de demander à la justice de déclarer inconstitutionnelle la proposition de taxe d'Obama pour les banques et institutions financières. Voyons si j'ai bien saisi tous les tenants et aboutissants de cette affaire.

La Réserve fédérale (banque centrale américaine) qui décide unilatéralement, sans débat public, de prendre en charge le passif des institutions financières —lequel représente des centaines de milliards de dollars– a acheté pour des centaines de milliards de dollars des titres garantis par des hypothèques, exposant ainsi potentiellement les contribuables à subir d'immenses pertes: c'est totalement constitutionnel! Mais quand le Congrès vote une loi prévoyant qu'un petit nombre de sociétés du secteur financier sauvées de la faillite, qui continuent de recevoir des subventions du gouvernement, doivent payer des droits lorsqu'elles présentent un compte de bilan massivement déficitaire: là, c'est inconstitutionnel!

Une taxe nuisible?

Les entreprises du secteur soutiennent que la taxe sur les banques préconisée par le président américain nuirait à l'économie, qui est en train de se redresser. Car les banques répercuteraient ce coût sur leurs clients et les emprunteurs au lieu de l'assumer. Plus de taxes induit moins d'argent disponible pour les prêts. En théorie, c'est peut-être vrai. Mais quand on regarde la taille des banques, la taille de la taxe et les énormes sommes d'argent qu'elles dilapident chaque trimestre à cause de prêts qu'elles ont accordés à mauvais escient, la taxe bancaire proposée par Obama est négligeable.

Cette taxe représente 0,15% du passif net des institutions financières dont les actifs dépassent 50 milliards de dollars et qui ont reçu des fonds au titre du programme Tarp ou du Programme de garantie de liquidité temporaire, lesquels ont évité aux banques d'avoir à payer des centaines de millions de dollars d'intérêts. Ceux-ci auraient été d'un montant de 90 milliards de dollars (9 milliards par an sur 10 ans). Sean Ryan, salarié de Wisco Research à Madison (Wisconsin), a estimé le niveau d'imposition de plusieurs institutions et m'a fourni le résultat de ses calculs. Plus l'institution est grande, plus le montant de la taxe est élevé: les géants JPMorgan Chase et Citigroup paieraient chacun quelque 1,5 milliard de dollars par an. En revanche, une grosse banque comme US Bancorp devrait s'acquitter annuellement d'environ 100 millions de dollars.

On a l'impression que c'est une somme astronomique. Mais quand on prend en compte le contexte plus large, ce n'est pas le cas.

Créances douteuses

Les banques ont dans leur portefeuille des créances douteuses. Ça fait partie du jeu. Quand elles prêtent de l'argent à des emprunteurs qui ne les remboursent pas, elles doivent mettre des fonds de côté sous forme de provisions pour compenser ces pertes, et passer les créances irrécouvrables par pertes et profits. Dans les deux cas, il s'agit d'argent qui aurait pu servir à prêter ou à verser des salaires ou des dividendes. Et ces derniers trimestres, les banques américaines ont constitué des provisions ou annulé des sommes s'élevant à des dizaines de milliards de dollars à cause des prêts accordés à tort avant l'éclatement de la bulle financière. On appelle cela des frais de fonctionnement. On pourrait aussi dire qu'il s'agit d'une auto-taxation pour cause de très mauvaises pratiques en matière de prêts ces dix dernières années.

Jetez un œil à la dernière publication des résultats de JPMorgan Chase, peut-être la grande banque la mieux gérée. Au quatrième trimestre, elle a réalisé des bénéfices honorables: 3,3 milliards de dollars sur des revenus nets de 25,23 milliards de dollars. Mais la banque a précisé qu'elle disposait de «provisions de 8,9 milliards de dollars pour les dépenses liées aux crédits». Or à la fin de ce trimestre, elle annonçait 19,7 milliards de dollars de créances non productives, pratiquement le double par rapport à l'année précédente. Dans la majeure partie de son cœur de métier, JPMorgan Chase a dû annuler d'énormes dettes. Elle a sorti de son bilan 1,2 milliard de dollars d'emprunts hypothécaires, 452 millions de subprimes et 568 millions de primes. Au cours de ce trimestre, elle a sorti de son bilan 9,33% des soldes de comptes de cartes de crédit (contre 5,6% au dernier trimestre 2008). Le service des dépôts bancaires a annulé 483 millions de dollars de créances irrécouvrables. Maintenant, rappelons que la taxe imposée à JPMorgan Chase s'élèverait à 1,5 milliard de dollars par an. Ce dernier trimestre, les mauvaises décisions de cette banque en matière de prêts lui ont coûté en quelques semaines autant que cette taxe en une année complète.

Citigroup est à peu près dans le même cas. Au quatrième trimestre 2009, ses pertes nettes se montaient à 7,1 milliards de dollars sur les crédits. Plus généralement, le Federal Deposit Insurance Corporation (organisme fédéral de garantie des dépôts bancaires) a calculé que sur cette même période, les institutions assurées ont sorti de leur bilan 50,8 milliards de dollars de créances douteuses, soit 2,71% des prêts. C'est «le taux d'annulation net annualisé le plus élevé de n'importe quel trimestre depuis 1984, l'année où les institutions assurées ont commencé à faire des rapports trimestriels de leurs recettes et dépenses».

Des décisions irresponsables

Ces pertes sont bien sûr liées à l'état de santé de l'économie. Quand les prix de l'immobilier chutent, quand de plus en plus d'entreprises font faillite et quand les patrons pratiquent des licenciements massifs, de plus en plus de particuliers et de sociétés ne peuvent pas rembourser leurs emprunts. Mais ces pertes sont aussi dues aux décisions irresponsables d'accorder des prêts sans évaluation adéquate du risque de non-remboursement. Le PDG de JPMorgan Chase, Jamie Dimon, a récemment confirmé à la commission américaine chargée d'enquêter sur la crise financière que la banque n'avait pas effectué des tests de stress et des simulations pour anticiper les conséquences d'une chute brutale du marché immobilier.

D'ailleurs, toutes les banques n'ont pas subi de lourdes pertes. Hudson City est une banque bien plus petite que JPMorgan Chase ou Citigroup. Elle est toutefois plus prudente, plus cohérente et plus circonspecte. Elle reçoit des dépôts, consent des prêts hypothécaires, mais elle exige généralement de ses clients qu'ils effectuent un paiement comptant de 20%. En outre, elle conserve ses créances au lieu de les titriser. Résultat, à la fin de son dernier trimestre, «la provision pour pertes sur créances en pourcentage de la totalité des prêts et des prêts non productifs était de 0,37%». Alors que le ratio de JPMorgan Chase était de 5,5% à la fin du quatrième trimestre 2009.

Certes, 9 milliards de dollars par an de taxes supplémentaires, c'est une somme non négligeable pour le secteur bancaire. Mais il y a bien d'autres moyens pour que les banques puissent se procurer cet argent sans répercuter les coûts sur les consommateurs. Elles peuvent réduire quelque peu les hauts salaires, accroître leur efficacité ou simplement faire preuve d'un peu plus d'intelligence quand il s'agit de consentir des prêts. Une bonne partie des pertes sur prêts que subissent actuellement les banques aurait pu être évitée. De même que la proposition de taxe d'Obama, qui ne s'applique qu'aux institutions bancaires et financières qui tiennent à conserver des bilans massivement déficitaires explicitement et implicitement assurés par les deniers publics. Si les banques voulaient éviter d'être taxées, elles auraient dû s'arranger pour être «too big to fail» (trop importante pour qu'on les laisse faire faillite). Elles auraient ensuite fait faillite sans demander à être renflouées.

Daniel Gross

LIRE EGALEMENT SUR LE MEME SUJET: Etats-Unis: au tour des banques de banquer,  Banques: le triomphe des coupables, Patrick Artus: les tarifs des banques sont exorbitants, Banques: nationalisez les toutes! et Attali-Minc: «La facture de la crise n'est pas payée».

Image de Une: Le parquet du New York Stock Exchange  Reuters

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Comments

Le débat ne devrait pas être à ce niveau

Il faudrait se poser la question de savoir si on accorde au secteur bancaire un rôle de service public ou non. Tant que les banques seront des sociétés privées, elles seront gérées dans le but principal de gagner de l'argent au détriment souvent de leur efficacité économique. On ne peut pas leur faire ce reproche!! Si on juge que les banques recherchent trop le gain à tous prix, il y a toujours la solution de l'entrée des états dans leur capital.

Service public n'est pas entreprise publique

Donner un rôle de service public à une banque ne veut pas dire la nationaliser. La régulation, une définition claire de ce qu'est une mission de service public peut être appliquée à des entreprises privées.
L'amalgame service public et entreprise publique existe principalement en France mais pas dans les autres pays développés.

Le principal problème que pose le secteur bancaire provient du fait que la réglementation internationale les a trop avantagés dans le processus de mondialisation provoqué par l'explosion des moyens de communication. Les capitaux sont plus mobiles que les biens et services, eux-mêmes plus mobiles que les hommes. Les banques ont pu s'octroyer une part trop importante du gâteau (des profits) comparativement à leur réelle contribution à l’accroissement de la richesse mondiale.

L'objectif d'une nouvelle régulation doit être de rééquilibrer le partage de la rémunération entre les agents économiques (entreprises, salariés et état) et les banques.

On peut comprendre que ce ne soit pas leur intérêt....

Bon article... dommage pour le parti pris

D'accord avec 'Social Démocrate'.

Il est dommage que vous n'ayez pas repris pleinement les arguements des banques.
Et effectivement, dans le contexte actuel, ce sont les clients des banques qui pairont cette taxe. Le problème ne vient pas du fait qu''ils gagnent assez, alors, une taxe de plus, c'est pinuts", c'est que le marché bancaire et financier est mondialisé. Ajouter une taxe dans 1 pays, c'est réduire sa compétitivité par rapport à tous les autres. Rien que cette contrainte suffit déjà a comprendre les réactions des banques américaine. Parallèlement, c'est une taxe nécessaire pour assainir le système de toute excès et tout risques inconsidérés comme vous le faites à juste titre remarquer. Ainsi donc, si vous volait mettre en place ce genre de taxe efficacement, il faut que ce soit décidé au G20. Dommage que Barak Obama s'en apercoit 6 mois trop tard.

Dans votre dernier paragraphe, vous nous donnez les 'solutions'. Mais, je n'y crois à aucune :
- Réduire les gros salaires : ils iront là où ils sont le mieux payer. Si c'est pas aux EU, ca sera ailleurs. (C'est vraiment le même problème que Proglio : Soit on veux les meilleurs, et il faut mettre le prix, soit ont prends ceux qui reste.) Je vous cache pas que ceci ne me semble pas être dans la culture Anglo-Saxonne.
- Accroitre leur efficacité : 1 seul choix s'impose, augmenter les conditions d'accès aux crédits. Ca peut être bien... mais les surendétter en France, ce n'est pas à cause des grands établissements bancaires, mais plutôt des 'prêteurs' qui vous font miroité des taux hyper-bas, alors qu'au final ils sont à la limite des taux usuriés.
- Intelligence : changement de critères ? j'ai du mal à voir ce que vous proposez là.

Les 'Subprime' sont à la base des prêts étudiants pour qu'ils poursuivent leurs études. (N'oublions pas que là-bas il n'ont pas la chance qu'on a en France). Les banques font donc un pari sur l'avenir de l'étudiant. Ce pari est très risqué, et elle le savent très bien. Pour supporter la charge de ce risque, elles le titrisent et l'adossent à un secteur très rémunérateur et porteur : l'immobilier. Le problème, vient surtout du fait du retournement du marché de l'immobilier qui n'a jamais été prévu par les banques. A ceci s'ajoute la généralisation des prêts à taux variable (Je crois bien qu'ils ne proposaient(ent) jamais de taux fixe), qui peuvent mettre un payeur assidu aux bord du gouffre. C'est peut-être là votre remarque sur l'intelligence. Mais 'Social Démocrate' a clairement exprimé mon opinion là dessus. Pas de monde des bisounours, ils sont là pour gagner de l'argent... comme toute les entreprises !

@constructif : On a vu ce que la régulation a permis lors de cette crise : Les règles prudentielles mise en place après la crise des nouvelles technologie a faillit réduire à néan le système : ils n'avaient tout simplement pas prévu que les marchés pouvaient baisser. La crise, et surtout les bourses ont commencé à arrêter de chuter lorsque ces l'application de ces règles à été suspendu.

testatio !

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