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Les climato sceptiques marquent des points

Baptiste Marsollat, mis à jour le 25.01.2010 à 9 h 06

Le doute était politiquement incorrect il y a encore quelques semaines. La mise en cause de la crédibilité du Giec et du consensus scientifique par une succession d'affaires change la donne.

Les scientifiques qui prédisent depuis des années une catastrophe climatique sont-ils honnêtes? La question se pose aujourd'hui quand la crédibilité du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) est mise en cause. Les experts des Nations unies ont reconnu avoir annoncé à tort et sur la foi d'informations anciennes erronées et non vérifiées l'accélération de la fonte des glaciers de l'Himalaya. Ils se sont aussi fourvoyés et ont fait preuve de légéreté sur le lien entre le réchauffement de la planète et l'augmentation du nombre et de la sévérité des catastrophes naturelles comme les ouragans et les inondations. Les vérifications scientifiques de rigueur n'ont pas été faites.

Il faut y ajouter l'affaire du «climate gate», qui a éclaté quelques semaines avant le sommet de Copenhague de décembre. Elle visait, estime-t-on, à discréditer, à la veille de ce grand rendez-vous, les travaux des scientifiques «orthodoxes» sur le réchauffement du climat.

Il s'agirait donc d'un «coup» des «climato-sceptiques» —terme qui semble remplacer progressivement celui d'«éco-sceptique», signe que la question du climat supplante et/ou englobe désormais les autres sujets de préoccupation écologiques (pollutions locales, biodiversité, eau, démographie etc...). Ces derniers auraient cherché à ébranler l'expertise scientifique dominante, à fissurer le consensus sur le climat, au moment où la conclusion d'un accord politique international sur le climat, devant prendre la suite du protocole de Kyoto à compter de 2013, apparaissait tout à la fois urgent et crucial. Peut-être. N'exagérons cependant pas l'impact de cette affaire sur l'échec de ce sommet qui était craint, annoncé et pressenti de longue date.

L'essentiel ici est sans doute ailleurs. Cette affaire, au fond  de médiocre importance, a fait apparaître les climato-sceptiques sinon comme une grande fraternité conspirant à la destruction d'un dogme particulier du moins comme une famille d'esprits.

Or, qui désigne-t-on ordinairement sous le vocable «climato-sceptique»? Quiconque, finalement, remet en cause une ou plusieurs des propositions suivantes: le réchauffement du climat est sans équivoque et particulièrement rapide; il a des causes essentiellement ou majoritairement anthropiques (les émissions de gaz à effet de serre résultant de l'activité humaine); la température moyenne devrait croître de plusieurs degrés au cours du XXIe siècle (de 1,8 à 4°C d'ici 2100 par rapport au niveau moyen observé au cours de la période 1980-1999); cette augmentation aura, pour l'humanité, des conséquences négatives (dans le cas d'une augmentation relativement faible des températures, de l'ordre de 2°C), ou catastrophiques (si la hausse s'approche du haut de la fourchette); le changement climatique constitue en conséquence le principal défi auquel se trouve actuellement confrontée l'humanité et il convient de tout mettre en œuvre, quel qu'en soit le coût, pour endiguer le phénomène; pour ce faire, la principale action à adopter consiste à réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre.

A une controverse scientifique, se mêlent donc, on le voit, des considérations de nature politique économique et sociale.

Il n'est pas étonnant, dans ces conditions que les tenants de thèses multiples et parfois incompatibles soient indistinctement frappés de climato-scepticisme.

Climato-sceptiques, donc, Vincent Courtillot et Jean-Louis Le Mouël, qui remettent en cause la validité même de la construction d'une courbe moyenne de la température mondiale et qui font remarquer qu'en admettant même qu'elle soit valide, il conviendrait de souligner que la température a certes cru de 1910 à 1930 environ mais aussi décru de 1940 à 1970 (alors que les émissions de CO2 progressaient continûment sur la même période), puis progressé derechef jusqu'en 1998, avant de décroître à nouveau.

Climato-sceptiques, ceux qui émettent l'hypothèse selon laquelle le rôle de l'activité solaire dans les variations des températures aurait été sous-estimé. Climato-sceptiques encore, ceux qui, comme Richard Lindzen, estiment que la sensibilité de l'atmosphère au CO2 a jusqu'ici été surestimé. Climato-sceptiques en conséquence, ceux qui remettent en cause la part des activités humaines dans le réchauffement et ceux qui jugent déraisonnable la confiance accordée à la modélisation de l'évolution du climat alors que toutes les variables ne sont pas connues et que la pondération de celles dont nous disposons peut apparaître grandement incertaine.

Mais climato-sceptiques aussi ceux qui, prenant pour base de leur réflexion les conclusions du GIEC, jugent une réduction drastique de nos émissions de CO2 trop coûteuse, en particulier pour les pays en développement dont la croissance est plus gourmande en énergie, plus émettrice de CO2 et néanmoins plus urgente et plus indispensable que celle des pays développés. Climato-sceptiques, Bjorn Lomborg, qui juge improbable et peu efficiente la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour contenir le réchauffement à venir et juge plus opportun d'investir massivement dans les technologies vertes et de mettre davantage l'accent sur l'adaptation au phénomène du réchauffement que sur sa prévention.

Climato-sceptiques, ceux qui rappellent que les ressources engagées dans la lutte contre le changement climatique ne pourront être affectées à d'autres causes et que de nombreux défis (faim, malnutrition, éducation, émancipation des femmes, lutte contre le Sida, le paludisme etc.) se présentent à l'humanité - actuellement et non dans plusieurs décennies, certainement et non probablement.

Climato-sceptiques, ceux qui estiment que les scientifiques du GIEC ont peut-être tendance à noircir quelque peu le tableau dans le but - que certains jugeront estimables et que d'autres trouveront insultants, infantilisants, malhonnêtes et moralement condamnables - que les décideurs politiques et les opinions publiques se mobilisent à temps pour lutter contre le phénomène.

Climato-sceptique, Freeman Dyson, qui estime que le réchauffement du climat pourrait fort opportunément retarder l'arrivée d'un nouvel âge glaciaire et climato-sceptiques aussi ceux qui rappellent que le réchauffement aura certains effets positifs - réduction de la mortalité liée au froid, accès plus aisé aux hydrocarbures de l'Arctique, possibilité de relier l'Atlantique et le Pacifique par le nord, augmentation des rendements agricoles dans certains pays etc.

Enfin et paradoxalement, climato-sceptiques ceux qui, prenant la menace du réchauffement très au sérieux jugent que le recours à la géo-ingénierie ne serait pas seulement bon marché et beaucoup plus efficace que la réduction des émissions de CO2 mais permettrait aussi d'agir sur le processus de manière immédiate, avant l'éventuel «emballement  du climat, avant qu'il ne soit trop tard (notamment pour les écosystèmes de l'Arctique), que le réchauffement ne produise ses effets dévastateurs (déplacements de populations, inondations, sécheresses, ouragans plus fréquents et plus violents etc.)...

La liste est sans nul doute encore longue. Mais les opposants au «climatisme» de stricte obédience forment un ensemble si bigarré qu'ils ne constituent une famille que pour leurs adversaires. De sorte que l'on est climato-sceptique, pourrait-on dire, «par le regard de l'autre»... Il est assurément commode de rassembler sous une seule dénomination des gens qui n'ont parfois en commun que leur hostilité à l'une ou l'autre des dimensions du consensus actuel sur le climat. C'est qu'il y a toujours mille façons - plus ou moins convaincantes, estimables et intéressantes - d'être hérétique. Mais une seule de hurler avec les loups.

Baptiste Marsollat

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Image de Une: Des usines en Thaïlande, REUTERS/Sukree Sukplang

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